Géo­po­li­tique : le pa­no­ra­ma des risques mon­diaux en 2020

● Les foyers de conflits se mul­ti­plient, aux fron­tières, dans les ins­ti­tu­tions, et peut-être bien­tôt sur les mar­chés fi­nan­ciers. ● Des ques­tions qui se­ront abor­dées à la « World Po­li­cy Con­fe­rence » ce week-end, dont « Les Echos » sont par­te­naires.

Les Echos - - LA UNE - Vir­gi­nie Ro­bert @vir­gi­nierg

Les conflits se pro­pagent aux fron­tières, dans les ins­ti­tu­tions in­ter­na­tio­nales, et peut-être bien­tôt sur les mar­chés. Le chaos am­biant est une oc­ca­sion pour les Etats de s’éman­ci­per des vieilles al­liances et de ten­ter de construire un nou­vel ordre mon­dial. « Per­sonne ne peut comp­ter du­ra­ble­ment sur les Etats-Unis », constate Thier­ry de Mont­brial, fon­da­teur de l’Ifri dans une in­ter­view aux « Echos ». Au­tant de ques­tions qui se­ront abor­dées ce week-end à la World Po­li­cy Con­fe­rence à Mar­ra­kech.

Dif­fi­cile d’ima­gi­ner un en­vi­ron­ne­ment in­ter­na­tio­nal apai­sé dans les mois qui viennent. La ri­va­li­té entre les Etats-Unis et la Chine – entre droits ta­ri­faires et guerre tech­no­lo­gique – peut tou­jours at­teindre de nou­veaux som­mets. Com­ment le monde va-t-il se ré­or­ga­ni­ser au­tour de ces deux géants ? Sur­tout quand Wa­shing­ton nargue ses al­lié – l’Eu­rope no­tam­ment –, ou les aban­donne, comme les Kurdes –, et que Pé­kin fait la dé­mons­tra­tion de sa toute-puis­sance avec un dé­fi­lé mi­li­taire hors normes pour les 70 ans de la ré­vo­lu­tion maoïste. Les vieilles al­liances se dé­litent, mais sont pour l’ins­tant in­ca­pables de se re­com­po­ser. « Plus per­sonne ne peut faire con­fiance aux Etats-Unis », sou­ligne Thier­ry de Mont­brial, fon­da­teur de la « World Po­li­cy Con­fe­rence » (lire page 15), qui se tient ce week-end à Mar­ra­kech et dont « Les Echos » sont par­te­naires.

Il va fal­loir s’ha­bi­tuer à un nou­vel ordre mon­dial mar­qué par « la fin de l’hé­gé­mo­nie oc­ci­den­tale sur le monde » ex­pli­quait, fin août, Em­ma­nuel Ma­cron, lors de la confé­rence des am­bas­sa­deurs. Une fa­çon d’ex­pli­quer la main ten­due de la France vers la Rus­sie, l’Inde et la Chine. Par­tout, les gre­nades sont dé­gou­pillées : dans le dé­troit d’Or­muz – théâtre des ri­va­li­tés entre l’Ara­bie saou­dite et l’Iran –, au Ca­che­mire, dont l’Inde a ré­vo­qué l’au­to­no­mie, en Sy­rie, où la Tur­quie vient de faire en­trer ses chars. Ter­ro­risme et cy­ber­guerre vont conti­nuer à s’im­po­ser comme des me­naces la­tentes.

Les ins­ti­tu­tions mul­ti­la­té­rales sont, elles aus­si, en dan­ger : l’OMC est dans un état de qua­si-paralysie tan­dis que les Na­tions unies n’ont même plus un bud­get de fonc­tion­ne­ment suf­fi­sant. La course aux ar­me­ments a re­pris et elle n’est plus en­ca­drée de­puis que le pré­sident Trump a confir­mé sa dé­ci­sion de re­ti­rer les Etats-Unis du trai­té sur les forces nu­cléaires in­ter­mé­diaires (FNI). La di­plo­ma­tie brouillonn­e de Wa­shing­ton n’a fait qu’ou­vrir de nou­veaux fronts et s’est avé­rée in­ca­pable de fer­mer les cha­pitres ou­verts avec l’Iran et la Co­rée du Nord. Toutes ces in­cer­ti­tudes géo­po­li­tiques ont pe­sé sur les mar­chés et ra­len­ti les échanges comme la crois­sance mon­diale. La guerre com­mer­ciale que se livrent les deux géants pla­né­taires va coû­ter 0,8 % de crois­sance d’ici à 2020 a pré­ve­nu la nou­velle di­rec­trice gé­né­rale du FMI, Kris­ta­li­na Geor­gie­va. D’au­cuns pré­disent dé­jà une nou­velle crise fi­nan­cière, dans un monde où les taux d’in­té­rêt né­ga­tifs de­viennent la norme. Une sur­abon­dance de di­ri­geants au­to­ri­taires peut me­ner cer­tains pays à de vé­ri­tables crises hu­ma­ni­taires, comme au Ve­ne­zue­la. A Hong Kong où à Al­ger, la so­cié­té ci­vile se re­belle, tan­dis qu’en Eu­rope, le mou­ve­ment « Exc­tin­tion Re­bel­lion » tente de mo­bi­li­ser les po­li­tiques sur le cli­mat. Cette grande in­sta­bi­li­té va se pour­suivre en 2020. Le chan­ge­ment de lo­ca­taire à la Mai­son-Blanche en no­vembre, s’il se réa­lise, pour­rait di­mi­nuer les ten­sions et les dés­équi­libres. Mais il faut voir dans cette pé­riode une op­por­tu­ni­té pour se li­bé­rer des vieux sché­mas. L’an­cien chef de la di­plo­ma­tie Hu­bert Ve­drine dit sou­vent que le mo­ment est ve­nu de choi­sir les va­leurs qui im­portent et de se battre pour elles. C’est une oc­ca­sion unique pour la nou­velle Com­mis­sion eu­ro­péenne, une fois gé­ré l’épi­neux dos­sier du Brexit. Son éman­ci­pa­tion au monde bi­po­laire qui se des­sine pour­rait lui don­ner une at­trac­ti­vi­té nou­velle. ■

La guerre com­mer­ciale que se livrent les deux géants mon­diaux va coû­ter 0,8 % de crois­sance d’ici à 2020.

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