L’Etat es­père 2 mil­liards de la pri­va­ti­sa­tion de la FDJ

La mise en Bourse de la Fran­çaise des Jeux a été en­clen­chée jeu­di. L’Etat va cé­der jus­qu’à 52 % de son ca­pi­tal.

Les Echos - - LA UNE - Ch­ris­tophe Pa­lierse @cpa­lierse – Pro­pos recueillis par C. P.

Dé­ci­dée dé­but juin, la mise en Bourse de la Fran­çaise des Jeux (FDJ), et par là même sa pri­va­ti­sa­tion, a été en­clen­chée jeu­di avec le lan­ce­ment du pro­ces­sus condui­sant à sa co­ta­tion, à par­tir du 21 no­vembre, sur le mar­ché Eu­ro­next à Pa­ris. L’Etat cède jus­qu’à 52 % de son ca­pi­tal, abais­sant in fine sa par­ti­ci­pa­tion aux alen­tours de 20 %, comme at­ten­du. Le mon­tant de l’opé­ra­tion peut at­teindre jus­qu’à 1,9 mil­liard d’eu­ros, sur la base d’une va­lo­ri­sa­tion de l’opé­ra­teur de jeux de lo­te­rie et pa­ris spor­tifs com­prise entre 3,15 mil­liards et 3,8 mil­liards d’eu­ros. Le gou­ver­ne­ment joue sur deux ta­bleaux : le dé­ve­lop­pe­ment de l’ac­tion­na­riat po­pu­laire et le fi­nan­ce­ment de l’in­no­va­tion avec les re­cettes de pri­va­ti­sa­tion.

Dé­ci­dée dé­but juin, la mise en Bourse de la Fran­çaise des Jeux (FDJ) – et par là même sa pri­va­ti­sa­tion –, dont l’Etat dé­tient 72 % du ca­pi­tal, a été en­clen­chée avec le lan­ce­ment jeu­di du pro­ces­sus condui­sant à l’ad­mis­sion de ses ac­tions au mar­ché ré­gle­men­té d’Eu­ro­next à Pa­ris (Com­par­ti­ment A).

L’opé­ra­teur pu­blic de jeux d’ar­gent (jeux de lo­te­rie et pa­ris spor­tifs) a pré­ci­sé que l’opé­ra­tion consiste en la ces­sion par l’Etat d’un nombre maxi­mal de 99,3 mil­lions d’ac­tions exis­tantes, re­pré­sen­tant au plus 52 % de son ca­pi­tal, ce qui abaisse sa par­ti­ci­pa­tion aux alen­tours de 20 %.

Cette ces­sion de titres com­prend trois vo­lets. Le pre­mier consiste en un pla­ce­ment glo­bal, prin­ci­pa­le­ment des­ti­né aux in­ves­tis­seurs ins­ti­tu­tion­nels en France et à l’étran­ger. Le prix de l’ac­tion, qui reste à ca­ler, est com­pris entre 16,50 eu­ros et 19,90 eu­ros. Sur cette base-là, la FDJ est va­lo­ri­sée entre 3,15 mil­liards et 3,8 mil­liards d’eu­ros, la va­leur du bloc cé­dé par l’Etat pou­vant donc at­teindre jus­qu’à 1,9 mil­liard.

En pa­ral­lèle, l’opé­ra­tion com­porte une offre à prix ou­vert (OPO), prin­ci­pa­le­ment des­ti­née aux per­sonnes phy­siques et aux dé­taillants FDJ. La « four­chette » du prix uni­taire est de 16,17 à 19,50 eu­ros par ac­tion. Il en res­sort une ré­duc­tion de 2 % par rap­port au prix du pla­ce­ment glo­bal, confor­mé­ment à une pré­cé­dente an­nonce du mi­nistre de l’Eco­no­mie et des Fi­nances, Bru­no Le Maire, sou­cieux du dé­ve­lop­pe­ment d’un ac­tion­na­riat po­pu­laire. Une ac­tion com­plé­men­taire se­ra re­mise, sous cer­taines condi­tions, pour dix ac­tions ache­tées et conser­vées pen­dant 18 mois.

Par ailleurs, l’offre pré­voit une op­tion – clas­sique – de sur­al­lo­ca­tion por­tant sur la vente par l’Etat d’ac­tions sup­plé­men­taires, re­pré­sen­tant un maxi­mum de 15 % du nombre cu­mu­lé d’ac­tions cé­dées dans le cadre du pla­ce­ment glo­bal et de cette OPO. En­fin, une offre de titres est ré­ser­vée aux sa­la­riés de la FDJ qui ne sont pas au­jourd’hui ac­tion­naires par le biais d’un fonds com­mun de pla­ce­ment.

Pre­miers échanges le 21 no­vembre

Dans l’hy­po­thèse où l’op­tion de sur­al­lo­ca­tion se­rait exer­cée, l’Etat dé­tien­drait 21,6 % du ca­pi­tal et près de 29 % des droits de vote à l’is­sue de la sous­crip­tion. Il res­te­rait tou­jours et de loin le pre­mier ac­tion­naire de l’en­tre­prise. Sa part se­rait ra­me­née à 20 % avec la di­lu­tion in­hé­rente à l’at­tri­bu­tion des ac­tions gra­tuites. Dans l’im­mé­diat, le « pu­blic », soit les in­ves­tis­seurs ins­ti­tu­tion­nels et l’ac­tion­na­riat in­di­vi­duel, en re­pré­sen­te­rait 45,56 %, pour 30,46 % des droits de vote.

Le ca­len­drier in­di­ca­tif de l’opé­ra­tion est confir­mé avec une ou­ver­ture des di­verses offres à comp­ter de jeu­di. La clô­ture des offres à l’adresse du grand pu­blic et des sa­la­riés est pro­gram­mée le 19 no­vembre, le pla­ce­ment glo­bal s’ache­vant le len­de­main. Le prix de l’ac­tion se­ra fixé ce jour-là, par ar­rê­té du mi­nistre de l’Eco­no­mie et des Fi­nances après avis de la Com­mis­sion des par­ti­ci­pa­tions et des trans­ferts. Les né­go­cia­tions des ac­tions FDJ dé­bu­te­ront le 21 no­vembre, le rè­gle­ment li­vrai­son de l’OPO et du pla­ce­ment glo­bal étant pré­vu le 22 no­vembre. Pour les sa­la­riés, ce­lui-ci doit avoir lieu le 19 dé­cembre.

In­ter­ve­nant avant la pré­sen­ta­tion à la presse des mo­da­li­tés de l’opé­ra­tion, le mi­nistre de l’Eco­no­mie a re­mis en pers­pec­tive dans quel cadre po­li­tique elle s’ins­crit, en sou­li­gnant la « re­dé­fi­ni­tion du rôle de l’Etat dans l’éco­no­mie ».

S’agis­sant de la FDJ, Bru­no Le Maire a rap­pe­lé que sa mise en Bourse ser­vi­ra à ali­men­ter le fonds dé­dié au fi­nan­ce­ment de l’in­no­va­tion, le­quel doit être pour­vu à hau­teur de 10 mil­liards d’eu­ros par des re­cettes de pri­va­ti­sa­tion.

En tant qu’ex­pert des jeux d’ar­gent, que vous ins­pire la mise en Bourse de la FDJ ?

Je ne me pro­non­ce­rai pas sur son vo­let bour­sier. Sur le fond, il y a beau­coup de contra­dic­tions dans cette af­faire. On est dans le « en même temps ». L’Etat ne coupe pas le lien in­ces­tueux avec la FDJ, dont il reste ac­tion­naire, tan­dis que la ques­tion du mo­no­pole d’une FDJ pri­va­ti­sée pour­rait se po­ser. Autre contra­dic­tion : d’un cô­té, on a le dis­cours of­fen­sif de l’en­tre­prise, de l’autre, la pro­blé­ma­tique de la pré­ven­tion de l’ad­dic­tion et du jeu des mi­neurs. Tout ce­la ne fait pas une vé­ri­table po­li­tique des jeux, dont la Cour des comptes avait dé­plo­ré l’ab­sence dans un ex­cellent rap­port.

Il y a pour­tant une nou­velle ré­gu­la­tion avec l’au­to­ri­té in­dé­pen­dante cou­vrant l’en­semble des jeux d’ar­gent…

C’est une avan­cée no­table. Et je ne doute pas du sou­ci d’in­dé­pen­dance de l’ex-pré­si­dente de la CNIL et fu­ture pré­si­dente de l’Au­to­ri­té na­tio­nale des jeux (ANJ), la conseillèr­e d’Etat Isa­belle Fal­quePier­ro­tin. Mais la ques­tion est de sa­voir de quels moyens elle dis­po­se­ra. S’agit-il sim­ple­ment de s’ap­puyer sur l’ac­tuelle Au­to­ri­té de ré­gu­la­tion des jeux en ligne [ab­sor­bée par l’ANJ] ? Par ailleurs, il y a un pro­blème in­trin­sèque aux au­to­ri­tés ad­mi­nis­tra­tives in­dé­pen­dantes : elles sont, sur le pa­pier, in­dé­pen­dantes, mais elles doivent com­po­ser avec une ligne de conduite fixée par l’Etat. En outre, quel se­ra le rôle

« La ques­tion du mo­no­pole pour­rait se po­ser » JEAN-PIERRE MARTIGNONI-HUTIN So­cio­logue ex­pert des jeux d’ar­gent Uni­ver­si­té Lu­mière-Lyon-II

de la fu­ture ANJ ? De­vra-t-elle pri­vi­lé­gier le con­trôle de la pra­tique des jeux et la pré­ven­tion des risques ? Ou bien au­ra-t-elle une vo­ca­tion éco­no­mique afin de trou­ver un équi­libre entre les fi­lières ?

D’au­cuns disent que la pri­va­ti­sa­tion de la FDJ am­pli­fie­rait le dé­ve­lop­pe­ment du jeu. Qu’en pen­sez-vous ?

Le jeu est très en­ca­dré et ce­la n’a pas em­pê­ché son dé­ve­lop­pe­ment jusque-là. On a d’ailleurs af­faire à un Etat contra­dic­toire : il col­lecte les re­cettes fis­cales d’un cô­té et, de l’autre, sou­haite une pra­tique du jeu maî­tri­sée. Ce­ci dit, le joueur est d’une ma­nière gé­né­rale plu­tôt rai­son­nable. La fi­gure lit­té­raire du joueur de Dos­toïevs­ki ne cor­res­pond pas à la réa­li­té so­cio­lo­gique. Le jeu d’ar­gent est une pra­tique so­ciale et cultu­relle que cer­tains oc­cultent. Ce­la étant, il y a un tra­vail à faire au­près des per­sonnes vul­né­rables.

Quelles sont les ca­rac­té­ris­tiques de la pra­tique des Fran­çais ?

Il y a une ex­cep­tion fran­çaise de co­exis­tence de plu­sieurs seg­ments de jeu, plus ou moins por­teurs : les jeux de lo­te­rie, les ca­si­nos, les pa­ris hip­piques, les pa­ris spor­tifs. D’une cer­taine ma­nière, l’Etat a or­ga­ni­sé la concur­rence. Mais chaque pays a ses jeux de pré­di­lec­tion. On a, par exemple, une pra­tique du jeu en ligne très dé­ve­lop­pée en An­gle­terre. D’une ma­nière gé­né­rale, le jeu s’est lar­ge­ment dé­mo­cra­ti­sé dans les pays oc­ci­den­taux

« Sur le fond, il y a beau­coup de contra­dic­tions dans cette af­faire. »

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.