L’aver­tis­se­ment de Ma­cron à l’Eu­rope

● Pour le pré­sident fran­çais, le plus grand dé­fi éco­no­mique de l’Eu­rope est le sous-in­ves­tis­se­ment dans les ● Faute de chan­ger ses propres règles bud­gé­taires, l’Eu­rope pré­pa­re­rait « la pro­chaine crise ». tech­no­lo­gies.

Les Echos - - LA UNE - Ni­co­las Bar­ré @ni­co­las­bar­re_

● Le pré­sident dé­plore le manque de fi­nan­ce­ment dans les tech­no­lo­gies cri­tiques.

● Il mi­lite pour que l’Eu­rope change ses règles bud­gé­taires afin de trou­ver la sou­plesse né­ces­saire aux in­ves­tis­se­ments d’ave­nir.

● La crois­sance a for­te­ment ra­len­ti cette an­née.

IN­VES­TIS­SE­MENT Au risque d’être tra­gi­que­ment de­van­cée par les Etats-Unis et la Chine, l’Eu­rope doit ces­ser de sou­sin­ves­tir dans les tech­no­lo­gies du fu­tur que sont « le cloud, la 5G, l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle », es­time Em­ma­nuel Ma­cron. En ren­trant de sa vi­site en Chine, il a in­sis­té sur la né­ces­si­té de pré­pa­rer la crois­sance de de­main et de mo­di­fier le lo­gi­ciel éco­no­mique eu­ro­péen. La règle qui in­ter­dit aux dif­fé­rents pays membres de dé­pas­ser 3 % de dé­fi­cit pu­blic ne ré­pond pas aux be­soins de crois­sance et d’in­no­va­tion, es­time-t-il. A Bruxelles, la crois­sance du PIB de la zone eu­ro a été ré­vi­sée jeu­di à 1,1 % en 2019, contre 1,9 % en 2018. Un coup de froid qui de­vrait pous­ser les pays qui en ont les moyens à un sou­tien plus clair de l’ac­ti­vi­té, se­lon la Com­mis­sion.

L’Eu­rope sous-in­ves­tit et, faute de chan­ger pro­fon­dé­ment son lo­gi­ciel éco­no­mique, elle pré­pare la pro­chaine crise : telle est la convic­tion d’Em­ma­nuel Ma­cron qui fus­tige le dé­bat, se­lon lui dé­pas­sé, sur la règle des 3 % de dé­fi­cit pu­blic, dans un contexte de ra­len­tis­se­ment éco­no­mique et sur­tout de rup­tures tech­no­lo­giques qui né­ces­sitent des in­ves­tis­se­ments consi­dé­rables pour ne pas être dé­fi­ni­ti­ve­ment dis­tan­cée par les Etats-Unis et la Chine. « Au­jourd’hui, l’épargne nette des Eu­ro­péens fi­nance les dé­fi­cits amé­ri­cains. C’est ab­surde », nous a confié le pré­sident fran­çais au re­tour de sa vi­site en Chine. « C’est mau­vais pour nous au­jourd’hui et pour tout le monde de­main. Nous de­vrions uti­li­ser notre épargne ou nous en­det­ter pour faire les in­ves­tis­se­ments né­ces­saires dans le cloud, la 5G, l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle, pré­pa­rer la crois­sance, for­mer, édu­quer. » L’Eu­rope, en réa­li­té, n’a pas plei­ne­ment ti­ré les le­çons de la crise de 2008 et risque de le payer très cher. « Le plus gros su­jet éco­no­mique de­vant nous au­jourd’hui, c’est notre sous-in­ves­tis­se­ment », sou­ligne-t-il. Alors que, dans le même temps, les Etats-Unis et la Chine, qui ne sont pas sou­mis aux mêmes contrainte­s, misent des sommes co­los­sales dans les nou­velles tech­no­lo­gies pour prendre un avan­tage dé­ci­sif.

In­flexion al­le­mande

Si la thèse du pré­sident fran­çais de­meure hé­té­ro­doxe aux yeux de la droite al­le­mande, très at­ta­chée à la pré­ser­va­tion d’ex­cé­dents bud­gé­taires éle­vés, elle ren­contre un écho de plus en plus fa­vo­rable au sein du pa­tro­nat outre-Rhin et no­tam­ment des en­tre­prises du Mit­tel­stand, frap­pées de plein fouet par le ra­len­tis­se­ment chi­nois et le re­cul des ex­por­ta­tions. « Le dé­bat au­tour du 3 % dans les bud­gets na­tio­naux est d’un autre siècle », dit-il dans une longue in­ter­view au ma­ga­zine bri­tan­nique « The Eco­no­mist ». Comme s’ils n’avaient pas ti­ré les le­çons de la crise, les pays de la zone eu­ro mènent une po­li­tique por­teuse à terme de dés­équi­libres de plus en plus im­por­tants entre une Al­le­magne qui ac­cu­mule les ex­cé­dents et d’autres, comme l’Ita­lie ou le Por­tu­gal, qui sont contraints de li­mi­ter leurs in­ves­tis­se­ments par les règles bud­gé­taires ac­tuelles.

Les Al­le­mands ont néan­moins des rai­sons d’in­flé­chir leur ligne, es­time-t-on cô­té fran­çais en rap­pe­lant que, lors de la crise de la zone eu­ro, l’Al­le­magne ex­por­tait da­van­tage hors d’Eu­rope. Mais ce n’est plus le cas. Au­jourd’hui, la pre­mière éco­no­mie eu­ro­péenne est da­van­tage dé­pen­dante du des­tin de ses voi­sins. L’Al­le­magne vit la fin d’un cycle, ce­lui de l’ex­por­ta­tion grand large, un mo­dèle qui touche ses li­mites.

« Au­jourd’hui, l’épargne nette des Eu­ro­péens fi­nance les dé­fi­cits amé­ri­cains.

C’est ab­surde. »

EM­MA­NUEL MA­CRON

Pho­to Bo­ris Roess­ler/Zu­ma Press/Zu­ma/R

Le pré­sident fran­çais, Em­ma­nuel Ma­cron, entre Ch­ris­tine La­garde, nou­velle pré­si­dente de la BCE, et la chan­ce­lière al­le­mande, An­ge­la Mer­kel.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.