Elections lé­gis­la­tives ten­dues en Es­pagne

● Les so­cia­listes sont don­nés fa­vo­ris aux lé­gis­la­tives de di­manche. ● Les son­dages montrent une re­mon­tée de la droite et de l’ex­trême droite.

Les Echos - - LA UNE - Cé­cile Thi­baud @Ce­ci­leT­hi­baud — Cor­res­pon­dante à Ma­drid

L’Es­pagne re­tourne aux urnes. En­core en tête dans les son­dages, le Par­ti so­cia­liste a per­du son élan ces der­nières se­maines. Les ten­sions en Ca­ta­logne de­vraient pro­fi­ter aux conser­va­teurs et à l’ex­trême droite, qui pour­rait s’im­po­ser comme la troi­sième force po­li­tique du pays.

Sept mois après les lé­gis­la­tives d’avril, l’Es­pagne vote à nou­veau, dans un cli­mat mar­qué par les fortes ten­sions en Ca­ta­logne. Faute d’ac­cord entre les forces po­li­tiques pour consti­tuer un gou­ver­ne­ment, le pays a été ac­cu­lé à de nou­velles élec­tions. Mais c’est un re­tour à la case dé­part. Re­voi­là les mêmes can­di­dats et les mêmes par­tis avec les mêmes pro­grammes, face à un élec­to­rat fa­ti­gué et exas­pé­ré par une am­biance de cam­pagne élec­to­rale per­ma­nente.

Le pré­sident du gou­ver­ne­ment sor­tant, le so­cia­liste Pe­dro Sán­chez, est en tête. Mais s’il es­pé­rait trou­ver dans les urnes la confor­table ma­jo­ri­té que lui pro­met­taient les son­dages il y a quelques mois à peine, il risque d’être dé­çu. Les vents ont tour­né et, à quelques jours du scru­tin, non seule­ment les der­niers pro­nos­tics confirment la frag­men­ta­tion du pay­sage po­li­tique, mais ils in­diquent une perte d’élan de son par­ti, le PSOE : après avoir ob­te­nu 123 sièges en avril (sur un to­tal de 350 au Par­le­ment), il pour­rait bien des­cendre en de­çà de 120 sièges. « Nous sommes la seule al­ter­na­tive au blo­cage », a-t-il ré­pé­té dans les mee­tings ces der­niers jours en es­sayant de re­mo­bi­li­ser un élec­to­rat dé­mo­ti­vé et en lan­çant un ap­pel à « un vote cou­ra­geux face à une droite qui s’écrase de­vant le dis­cours de l’ex­trême droite ». Les son­dages in­diquent que, dans un contexte for­te­ment po­la­ri­sé par les ten­sions ces der­nières se­maines en Ca­ta­logne, les urnes de­vraient pro­fi­ter aux conser­va­teurs du Par­ti po­pu­laire (PP), qui re­montent après leur dé­ban­dade d’avril der­nier.

Guê­pier ca­ta­lan

« Je ne de­mande pas un vote utile, je de­mande un vote urgent pour sau­ver l’Es­pagne de ceux qui veulent la bri­ser », af­firme le can­di­dat du PP, Pa­blo Ca­sa­do, qui pour­rait voir son par­ti pas­ser de 66 sièges à plus de 80 se­lon les der­niers pro­nos­tics. De son cô­té, le par­ti d’ex­trême droite Vox pour­rait s’im­po­ser comme la troi­sième force de l’échi­quier po­li­tique. Il pas­se­rait de 24 élus à plus de 50 se­lon les der­nières es­ti­ma­tions.

Rien n’a fonc­tion­né comme pré­vu pour Pe­dro Sán­chez. Le lea­der so­cia­liste avait fait le pa­ri de re­ve­nir aux urnes pour s’épar­gner des né­go­cia­tions d’al­liances com­pli­quées. Mais il est tom­bé à pieds joints dans le guê­pier ca­ta­lan. Le ver­dict du pro­cès condam­nant à de lourdes peines de pri­son les chefs de file in­dé­pen­dan­tistes res­pon­sables de la ten­ta­tive de sé­ces­sion de 2017 a in­cen­dié l’opi­nion pu­blique ca­ta­lane.

Les images de vio­lence et d’af­fron­te­ments avec la po­lice, ces der­nières se­maines dans les rues de Bar­ce­lone, ont élec­tri­sé l’opi­nion pu­blique dans le reste du pays et em­bar­qué les par­tis de droite dans une sur­en­chère de pro­messes sé­cu­ri­taires. Pe­dro Sán­chez es­pé­rait mal­gré tout re­mo­bi­li­ser son élec­to­rat après le coup d’éclat de l’ex­hu­ma­tion de Fran­co. La sor­tie du dic­ta­teur du mau­so­lée où il re­po­sait avec tous les hon­neurs de­puis 44 ans était une vieille re­ven­di­ca­tion de gauche, mais elle n’a pas eu l’ef­fet eu­pho­ri­sant es­pé­ré sur l’élec­to­rat pro­gres­siste, per­çue par beau­coup comme une simple ma­noeuvre élec­to­ra­liste de der­nière mi­nute.

« Un échec »

« La par­tie de po­ker s’est re­tour­née contre Pe­dro Sán­chez. Elle fa­vo­rise les pôles les plus ex­trêmes, en of­frant une nou­velle plate-forme à Vox d’un cô­té et en pro­pul­sant de l’autre cô­té les ra­di­caux in­dé­pen­dan­tistes ca­ta­lans de la CUP, qui vont faire leur en­trée au Par­le­ment pour la pre­mière fois », es­time le chro­ni­queur po­li­tique Jo­sé An­to­nio Zar­za­le­jos. « C’est un échec pour les so­cia­listes, mais aus­si sans doute pour toute la dé­mo­cra­tie es­pa­gnole », constate-t-il. ■

Pho­to Ma­ris­cal/EFE/Sipa

Faute d’ac­cord entre les forces po­li­tiques pour consti­tuer un gou­ver­ne­ment, le pays a été ac­cu­lé à de nou­velles élec­tions.

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