As­su­rance-vie : Al­lianz veut ti­rer pro­fit du ma­rasme

La fi­liale fran­çaise du géant al­le­mand de l’as­su­rance fait va­loir sa so­li­di­té dans un contexte de fra­gi­li­té du sec­teur sur fond de taux né­ga­tifs.

Les Echos - - LA UNE - Na­tha­lie Stei­wer — Cor­res­pon­dante à Ber­lin et Thi­baut Ma­de­lin

AS­SU­RANCE Face aux taux bas, qui fra­gi­lisent le sec­teur de l’as­su­rance-vie, Al­lianz se po­si­tionne comme conso­li­da­teur sur le mar­ché fran­çais. « Il peut

y avoir des op­por­tu­ni­tés », a dé­cla­ré lun­di Jacques Ri­chier, PDG d’Al­lianz France. Ge­ne­ra­li a, de son cô­té, an­non­cé un taux de ren­de­ment de 1 % pour ses fonds en eu­ros.

Face aux taux bas qui fra­gi­lisent le sec­teur de l’as­su­rance-vie, Al­lianz se po­si­tionne comme un conso­li­da­teur sur le mar­ché fran­çais. « Toutes les pé­riodes de chan­ge­ment bru­tal dans la pe­tite tranquilli­té qui est la nôtre, ça peut créer des mo­ments où les gens se posent des ques­tions, a dé­cla­ré lun­di Jacques Ri­chier, pré­sident-di­rec­teur gé­né­ral d’Al­lianz France. Il peut y avoir des op­por­tu­ni­tés. » Se­lon lui, il est trop tôt pour sa­voir com­ment le mar­ché va ré­agir aux taux né­ga­tifs qui ont contraint cer­tains ac­teurs à se re­ca­pi­ta­li­ser. Mais le géant de l’as­su­rance se tient prêt, à la fois pour in­té­grer d’éven­tuels ac­teurs dans un mar­ché fran­çais en­core très frag­men­té et des clients qui s’in­ter­ro­ge­raient sur la so­li­di­té de leur as­su­reur.

« Nous rap­pe­lons en ce mo­ment que nous avons un “AA” qui est dis­po­nible », a dé­cla­ré Jacques Ri­chier, en ré­fé­rence à la bonne no­ta­tion fi­nan­cière dont dis­pose Al­lianz chez Stan­dard & Poors. Le groupe al­le­mand se dé­marque d’ailleurs de ses concur­rents fran­çais, qui ont de­man­dé à Ber­cy un as­sou­plis­se­ment des règles de calcul des ra­tios de sol­va­bi­li­té à cause des taux bas.

« Ce n’est pas parce que les Fran­çais veulent chan­ger ce­ci ou ce­la que ça va se faire, a dé­cla­ré Jacques Ri­chier. C’est notre de­voir d’en­tre­prise de nous adap­ter en per­ma­nence et de ne pas at­tendre un chan­ge­ment de la ré­gle­men­ta­tion. » Plus lar­ge­ment, le di­ri­geant note que les mou­ve­ments pour­raient in­ter­ve­nir ailleurs qu’en as­su­rance-vie. « Je lis plus de choses sur l’im­pact que les taux né­ga­tifs peuvent avoir sur la pré­voyance », a-t-il glis­sé.

En Al­le­magne, le lea­der baisse les ren­de­ments

Alors que Swiss Life et Ge­ne­ra­li ont tous deux ré­duit à 1 % le ren­de­ment de leurs contrats d’as­su­rance-vie en eu­ros (lire ci-des­sous), ces pro­duits tra­di­tion­nels au ca­pi­tal ga­ran­ti, Al­lianz n’a pas en­core ar­rê­té sa dé­ci­sion. Mais le groupe en­tend ré­per­cu­ter les taux né­ga­tifs aux clients. Sur­tout, il compte ac­cep­ter les nou­veaux clients à deux condi­tions : ceux-ci de­vront ap­por­ter un ca­pi­tal mi­ni­mal de 30.000 eu­ros et en pla­cer au moins 30 % en uni­tés de compte, des pla­ce­ments ac­tions plus ris­qués.

En Al­le­magne, où il est lea­der du mar­ché, le groupe mu­ni­chois a an­non­cé lun­di une baisse des ren­de­ments, tout en res­tant à des ni­veaux éle­vés. L’as­su­reur of­fri­ra un ren­de­ment to­tal moyen de 3,1 % pour les contrats clas­siques, in­cluant un taux d’in­té­rêt ga­ran­ti de 2,5 %, et de 3,4 % pour les contrats à par­ti­ci­pa­tion ga­ran­tie Pers­pek­tive, in­cluant un taux de 2,6 %.

« Après ce qui s’est pas­sé cet été sur les taux, Al­lianz ne pou­vait faire au­tre­ment que s’adap­ter aus­si », a com­men­té Vol­ker Priebe, di­rec­teur d’Al­lianz Le­ben pour la clien­tèle pri­vée dans le « Han­dels­blatt ». Cette re­la­tive sta­bi­li­té est d’au­tant mieux ac­cueillie par les quelque 84 mil­lions de sous­crip­teurs d’une as­su­rance-vie al­le­mands que la concur­rence de­vra suivre ou plier. AXA pro­pose dé­jà des taux de 3,4 % – bé­né­fice et par­ti­ci­pa­tion aux ré­serves in­clus.

Leur point com­mun est d’avoir in­ves­ti très tôt dans les in­fra­struc­tures. Près d’un quart des 302 mil­liards de primes gé­rées par Al­lianz Le­ben s’ap­puient sur des in­ves­tis­se­ments dans l’im­mo­bi­lier com­mer­cial, les in­fra­struc­tures et les éner­gies re­nou­ve­lables.

Faute d’avoir les reins aus­si so­lides, les pe­tits as­su­reurs et mu­tua­listes, soit 29 % des primes en Al­le­magne, risquent de cour­ber l’échine.

L’au­to­ri­té fé­dé­rale de su­per­vi­sion fi­nan­cière, la BaFin, a dé­ci­dé de ren­for­cer les contrôles. Spé­cia­liste du sec­teur, Her­mann Wein­mann de l’uni­ver­si­té de Lud­wig­sha­fen, s’alarme de la san­té des mu­tua­listes. « L’as­su­rance-vie al­le­mande est dans une phase de bou­le­ver­se­ment qui im­pose une trans­for­ma­tion du mo­dèle éco­no­mique, pro­nos­tique-t-il. Il y au­ra des ga­gnants et des per­dants. » ■

Pho­to Shut­ter­stock

Le groupe al­le­mand se dé­marque de ses concur­rents fran­çais, qui ont de­man­dé à Ber­cy un as­sou­plis­se­ment des règles de calcul des ra­tios de sol­va­bi­li­té à cause des taux bas.

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