Re­traites : l’exé­cu­tif tente de ras­su­rer avant la grève

Avant la grève de jeu­di, l’exé­cu­tif, tout en res­tant ferme sur la vo­lon­té de faire la ré­forme, es­saie d’en­voyer des si­gnaux aux en­sei­gnants et sur les droits fa­mi­liaux.

Les Echos - - LA UNE - Isabelle Fi­cek @Isa­bel­leFi­cek et Leï­la de Co­mar­mond @Lei­la­de­co

Avant le mou­ve­ment de grève du 5 dé­cembre et dans la ba­taille d’opi­nion qui s’en­clenche dé­sor­mais sur la ré­forme des re­traites, le gou­ver­ne­ment tente de ras­su­rer sans pour au­tant don­ner l’im­pres­sion de re­cu­ler face à la mo­bi­li­sa­tion.

Ras­su­rer sans don­ner l’im­pres­sion de re­cu­ler face au mou­ve­ment de grève de jeu­di. C’est le dif­fi­cile exer­cice de com­mu­ni­ca­tion au­quel se livre le gou­ver­ne­ment, ac­cu­sé par les op­po­si­tions si­non « d’opa­ci­té to­tale », à l’ins­tar du pré­sident LR du Sé­nat, Gé­rard Lar­cher, du moins de grand flou. Ce week-end, le mi­nistre de l’Ac­tion et des Comptes pu­blics, Gé­rald Dar­ma­nin, mar­te­lait dans le « JDD » que la ré­forme des re­traites se fe­rait et poin­tait au pas­sage les « 8 mil­liards d’eu­ros pré­le­vés sur nos im­pôts ! » chaque an­née pour les ré­gimes spé­ciaux.

Dans la ba­taille d’opi­nion qui s’en­clenche, le gou­ver­ne­ment ne veut évi­dem­ment pas perdre son élec­to­rat qui veut voir les ré­formes – au pre­mier rang des­quelles les re­traites – se pour­suivre. Il veut croire qu’il n’y au­ra pas, contrai­re­ment à 1995, de grève par pro­cu­ra­tion. « La grande dif­fé­rence par rap­port à 1995, c’est que les ré­gimes spé­ciaux sont hon­nis », es­time une source gou­ver­ne­men­tale.

Ne pas jouer l’usure

Autre ton lun­di, avec un Bru­no Le Maire qui, sur France In­ter, a dit ne pas vou­loir par­ler de « cor­po­ra­tismes ». « Ces ré­gimes spé­ciaux, on ne veut pas les gar­der parce qu’ils sont in­éga­li­taires par rap­port au reste de la so­cié­té, mais ce n’est pas une rai­son pour les stig­ma­ti­ser », a pour­sui­vi le mi­nistre de l’Eco­no­mie et des Finances, avant de ré­pé­ter vou­loir « ras­su­rer les Fran­çais ».

Le gou­ver­ne­ment « doit être ca­pable d’une conduite spor­tive, à la fois ner­veuse et souple », jus­ti­fie Ma­ti­gnon. Les mi­nistres doivent se dé­ployer cette se­maine dans les médias et sur le ter­rain pour « ex­pli­quer » – et ten­ter d’em­bar­quer la part im­por­tante de Fran­çais in­dé­cis face à la ré­forme –, mais aus­si « es­sayer d’ai­der » face aux blo­cages, in­dique l’en­tou­rage du Pre­mier mi­nistre. Ce der­nier doit lui aus­si in­ter­ve­nir jeu­di sur le su­jet, sur le ter­rain. Ne sur­tout pas don­ner l’im­pres­sion « d’être en­fer­mé, bun­ké­ri­sé et de jouer l’usure », avance un proche.

Les en­sei­gnants – qui de­vraient être très for­te­ment mo­bi­li­sés – sont au coeur des at­ten­tions. Le mi­nistre de l’Edu­ca­tion na­tio­nale, Jean-Mi­chel Blan­quer, a rap­pe­lé lun­di sur RTL le « tra­vail » en­ga­gé avec les syn­di­cats sur les re­va­lo­ri­sa­tions des sa­laires. Une ren­contre est pré­vue ce mar­di. « C’est à par­tir de 2021 que nous vou­lons une mon­tée pro­gres­sive, sa­chant qu’il y a tout une classe d’âge qui ne se­ra pas concer­née par la ré­forme […]. C’est du cô­té des plus jeunes qu’on doit tra­vailler la ré­mu­né­ra­tion et faire en sorte qu’ils n’y perdent pas sur leur re­traite fu­ture », a-t-il in­sis­té. Bru­no Le Maire a, lui, ten­té de dé­mi­ner le su­jet des droits fa­mi­liaux. « Je ne sou­tien­drai pas une ré­forme dans la­quelle il y au­rait des ga­gnants et des per­dants », a même as­su­ré le mi­nistre de l’Eco­no­mie. Mais la tâche est dif­fi­cile, s’agis­sant par exemple des en­sei­gnants, quand des si­mu­la­teurs mis en place par des syn­di­cats, no­tam­ment le SNES, ren­contrent un franc suc­cès. Le gou­ver­ne­ment veut là « com­battre les fake news ».

Il ne veut pas pa­raître seul face au mou­ve­ment so­cial. Le mi­nistre de l’Eco­no­mie es­time re­joindre la CFDT « sur tous les su­jets fon­da­men­taux » et mi­ni­mise les désac­cords sur des me­sures d’équi­libre. « Bru­no Le Maire dit qu’on est d’ac­cord sur tout, sauf sur quoi on n’est pas d’ac­cord », ré­sume, un brin aga­cé, Frédéric Sève, le res­pon­sable du dos­sier re­traites à la CFDT.

Il concède que la cen­trale sou­haite, comme le gou­ver­ne­ment, un ré­gime uni­ver­sel par points. Mais il pointe les désac­cords im­por­tants qui per­sistent sur ses pa­ra­mètres. Sur­tout, « la CFDT est fa­rou­che­ment op­po­sée » à tout nou­vel al­lon­ge­ment de la du­rée du tra­vail. Le su­jet est ex­plo­sif pour les troupes de Laurent Ber­ger. « Beau­coup sont per­sua­dés,

ré­sume un cédétiste, que l’exé­cu­tif va nous faire une en­tour­loupe. » ■

« Beau­coup sont per­sua­dés que l’exé­cu­tif va nous faire une en­tour­loupe. »

UN CÉDÉTISTE

Pho­to Philippe Lo­pez/AFP

Le Pre­mier mi­nistre doit in­ter­ve­nir jeu­di, jour de grève.

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