Le pré­sident d’Au­chan s’ex­plique sur les sup­pres­sions d’ef­fec­tifs et sa stra­té­gie

Ed­gard Bonte af­firme que le groupe n’a pas in­ves­ti de­puis vingt ans dans son mo­dèle en France. Il lance un plan de dé­parts pour ac­cueillir de nou­veaux pro­fils.

Les Echos - - LA UNE - P. B.

C’est une pe­tite ré­vo­lu­tion dans l’em­pire fon­dé par Gé­rard Mul­liez. Au­chan lance son pre­mier plan de dé­parts vo­lon­taires. Quelque 677 an­ciens postes sont sup­pri­més et 135 créés, no­tam­ment, dans les mé­tiers du nu­mé­rique et des don­nées. « Au­chan a vieilli avec ses clients », dé­clare aux « Echos » son pré­sident, Ed­gard Bonte. Pour le membre de l’As­so­cia­tion fa­mi­liale Mul­liez, l’hy­per­mar­ché doit se re­cen­trer sur une offre plus courte et plus ex­clu­sive avec des pro­duits lo­caux et moins in­dus­triels.

« Nos or­ga­ni­sa­tions ne sont plus ef­fi­caces », ex­plique le di­ri­geant, qui an­nonce une ré­duc­tion du nombre de ré­fé­rences de pro­duits de grande consom­ma­tion et l’ac­cueil de pro­duc­teurs in­dé­pen­dants dans ses ma­ga­sins. Il compte aus­si mul­ti­plier les sy­ner­gies avec les en­seignes « cou­sines » comme De­cath­lon, Bou­lan­ger ou Le­roy Mer­lin. Pour fi­nan­cer sa trans­for­ma­tion, Au­chan compte vendre des ac­tifs im­mo­bi­liers non stra­té­giques dé­te­nus par sa fon­cière Cee­trus.

● Le dis­tri­bu­teur veut sup­pri­mer 677 postes dans ses struc­tures cen­trales et pré­voit l’em­bauche de 135 nou­velles per­sonnes dans la ges­tion des don­nées et le di­gi­tal, no­tam­ment.

● Ce qui fait que les ef­fec­tifs se­ront ré­duits de 517 per­sonnes en solde net.

Le chiffre est tom­bé. Ce ne se­ra pas 1.000 comme l’avaient lais­sé en­tendre cer­tains syn­di­cats. Mais ce se­ra tout de même plus de la moi­tié. Et sur­tout le pre­mier plan de dé­parts vo­lon­taires de son his­toire. Au­chan a an­non­cé mar­di ma­tin aux co­mi­tés so­ciaux et éco­no­miques (la nou­velle forme des co­mi­tés d’en­tre­prise) de trois en­ti­tés cen­trales du groupe un pro­jet de plan de dé­parts vo­lon­taires qui vise la sup­pres­sion de 677 postes. Sont concer­nées les fonc­tions « siège » et « pro­duits » d’Au­chan Re­tail – le groupe à l’échelle mon­diale –, d’Au­chan Re­tail France ain­si que des postes au sein de l’or­ga­ni­sa­tion com­mer­ciale de la France, lo­gée dans une autre en­ti­té.

La di­rec­tion mi­nore le chiffre. Elle ex­plique que 25 postes sont dé­jà dé­pour­vus de ti­tu­laires au gré du tur­no­ver na­tu­rel de l’en­tre­prise et de non-rem­pla­ce­ments. Elle ajoute que 135 postes se­ront créés dans les nou­veaux mé­tiers que sont la ges­tion des don­nées et le di­gi­tal, ain­si que dans la concep­tion des pro­duits à marque propre. Les ef­fec­tifs se­ront ré­duits de 517 postes en solde net. « Ce ne sont pas les 1.000 qu’on avait at­ten­dus, donc c’est moins pire que pré­vu », a ré­agi au­près de l’AFP Guy La­pla­tine, dé­lé­gué CFDT, mais « on est in­quiet ». Bru­no De­laye, dé­lé­gué syn­di­cal de la CFTC chez Au­chan France, a qua­li­fié quant à lui le pro­jet de « bru­tal » et ap­pe­lant des « éclair­cis­se­ments » lors d’un CSE ex­tra­or­di­naire, le 28 jan­vier.

« Les nou­velles at­tentes des consom­ma­teurs né­ces­sitent d’évo­luer vers un fonc­tion­ne­ment et des modes de tra­vail plus simples, plus ou­verts, plus per­méables au flux cons­tant d’in­no­va­tions », in­dique le com­mu­ni­qué du groupe nor­diste. « La dis­tri­bu­tion s’est dé­ve­lop­pée sur un mo­dèle puis­sant de­ve­nu au­jourd’hui

in­adap­té », ré­sume le pré­sident, Ed­gard Bonte. Au­chan a per­du près de 1 mil­liard en 2018, en rai­son des dé­pré­cia­tions liées à la ces­sion de sa fi­liale ita­lienne. Les ma­ga­sins ne sont pas tou­chés. Il faut dire que 21 ont dé­jà été mis en vente. Quelque 800 per­sonnes sont concer­nées par cette ma­noeuvre.

« Concep­teur sé­lec­tion­neur »

L’ob­jec­tif du plan est de mettre en oeuvre la « vi­sion Au­chan 2025 » écrite il y a deux ans, à sa­voir une tran­si­tion vers une offre de pro­duits qui conci­lie « le bon, le sain et le lo­cal ». Au­chan veut pas­ser du sta­tut de dis­tri­bu­teur de masse, le mo­dèle des an­nées 1970, à ce­lui de « concep­teur sé­lec­tion­neur ». Une plus grande au­to­no­mie doit être don­née aux di­rec­teurs de ma­ga­sin et aux chefs de rayon, qui de­vront ac­cueillir dans leur point de vente un as­sor­ti­ment lo­cal et res­pon­sable. Des es­paces pris sur les rayons non ali­men­taires pour­ront même ac­cueillir des pro­duc­teurs lo­caux.

Des ef­forts sup­plé­men­taires pour­raient tou­cher l’or­ga­ni­sa­tion de la chaîne lo­gis­tique. Une étude sur le su­jet a été lan­cée.

De­puis sa fon­da­tion par Gé­rard Mul­liez, le groupe Au­chan af­firme sa res­pon­sa­bi­li­té so­ciale. La di­rec­tion ac­tuelle pro­met un ac­com­pa­gne­ment « exem­plaire » pour les sa­la­riés qui choi­si­ront de par­tir. Le plan de dé­parts vo­lon­taires, qui suit la sup­pres­sion de 400 postes en­vi­ron au fil de plu­sieurs ré­or­ga­ni­sa­tions ces der­nières an­nées, marque néan­moins, à bien des égards, un chan­ge­ment d’époque. —

Pho­to Pas­cal Sit­tler/RÉA

Les ma­ga­sins du groupe ne sont pas tou­chés par le plan de dé­parts vo­lon­taires. Il faut dire que 21 ont dé­jà été mis en vente.

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