Comment le géant Bla­ckRock se met au vert

● Cri­ti­quée pour son in­ac­tion sur le cli­mat, la firme mise sur l’in­ves­tis­se­ment du­rable. ● Bla­ckRock va sor­tir de quelques so­cié­tés ex­po­sées au char­bon ther­mique.

Les Echos - - LA UNE - Lau­rence Bois­seau @bois­seaul et B. B.

Lar­ry Fink, le pa­tron du plus grand gé­rant d’ac­tifs au monde, a en­voyé sa lettre an­nuelle aux di­ri­geants des en­tre­prises dans les­quelles il in­ves­tit. Long­temps cri­ti­qué pour son in­ac­tion sur le cli­mat, no­tam­ment par un ordre de re­li­gieuses amé­ri­caines, il a dé­ci­dé de faire de l’in­ves­tis­se­ment du­rable sa prio­ri­té.

Lar­ry Fink, le pa­tron du plus grand gé­rant d’ac­tifs au monde avec 7.000 mil­liards de dol­lars d’en­cours, a en­voyé sa lettre an­nuelle aux di­ri­geants d’en­tre­prises. Cette an­née, Bla­ckRock a aus­si écrit à ses clients pour an­non­cer des trans­for­ma­tions fon­da­men­tales dans la ma­nière de gé­rer les fonds. Le géant de la fi­nance a dé­ci­dé d’ins­crire la du­ra­bi­li­té comme « notre norme en ma­nière d’in­ves­tis­se­ment ».« Le chan­ge­ment cli­ma­tique consti­tue dé­sor­mais un facteur dé­ter­mi­nant dans les pers­pec­tives long terme des en­tre­prises », sou­ligne Lar­ry Fink. Le PDG de la firme exige des en­tre­prises qu’elles com­mu­niquent dé­sor­mais des in­for­ma­tions nor­mées sur les risques liés au cli­mat. Ces der­nières doivent in­di­quer comment elles en­tendent res­pec­ter les Ac­cords de Pa­ris afin de li­mi­ter le ré­chauf­fe­ment de la pla­nète à moins de deux de­grés.

« Nous vé­ri­fie­rons que les en­tre­prises gèrent et sur­veillent cor­rec­te­ment ces risques dans le cadre de leur ac­ti­vi­té. En l’ab­sence de rap­ports pré­cis, les in­ves­tis­seurs se­ront de plus en plus en­clins à conclure que les en­tre­prises ne gèrent pas les risques de fa­çon ap­pro­priée », écrit-il. Et les sanc­tions tom­be­ront. En 2019, Bla­ckRock avait dé­jà vo­té contre ou s’était abs­te­nu de vo­ter pour 4.800 ad­mi­nis­tra­teurs. A l’ave­nir, « nous vo­te­rons plus vo­lon­tiers contre la di­rec­tion et les ad­mi­nis­tra­teurs des en­tre­prises ne fai­sant pas as­sez de pro­grès en ma­tière de rap­ports sur le dé­ve­lop­pe­ment du­rable ». Car ces der­niers se­ront te­nus res­pon­sables de cette in­ac­tion.

Ces an­nonces in­ter­viennent alors que la so­cié­té amé­ri­caine est très cri­ti­quée. Le groupe, de­ve­nu un sym­bole du sec­teur fi­nan­cier dans son en­semble, a ain­si vu des ma­ni­fes­tants pro­tes­ter de­vant ses bu­reaux à Londres, New-York ou San Fran­cis­co contre son in­ac­tion face à la crise cli­ma­tique.

Cette fois, le gé­rant ne s’est pas conten­té de faire la le­çon aux autres. Il a mul­ti­plié les an­nonces sur sa po­li­tique de ges­tion. Bla­ckRock pré­pare ain­si l’ex­ten­sion de sa gamme de fonds in­di­ciels co­tés (ETF) du­rables, avec la créa­tion de fonds « ju­meaux » pour les pro­duits les plus po­pu­laires, mais aus­si une in­té­gra­tion sys­té­ma­tique de l’ana­lyse des risques ESG dans la com­po­si­tion de tous les por­te­feuilles ou en­core l’ex­clu­sion des por­te­feuilles de ges­tion ac­tive des en­tre­prises réa­li­sant plus de 25 % de leur chiffre d’af­faires dans l’ex­trac­tion du char­bon ther­mi­queen 2020.

« C’est un pre­mier pas dans la bonne di­rec­tion, mais cette ap­proche des pe­tits pas ne ré­pond pas à l’ur­gence ac­tuelle », es­time Lu­cie Pin­son, porte-pa­role des Amis de la Terre, se­lon qui Bla­ckRock a « pris le train en marche ». L’ex­clu­sion du char­bon ther­mique est ain­si li­mi­tée à la ges­tion ac­tive de Bla­ckRock, soit en­vi­ron 1.800 mil­liards d’en­cours, quand les deux tiers de ses ac­tifs sont in­ves­tis dans des ETF, qui ne sont pas concer­nés. Par ailleurs, « le seuil re­te­nu ne re­couvre pas cer­tains des plus gros pro­duc­teurs de char­bon, dont plus de 100 en­tre­prises qui pré­voient de nou­velles mines », re­grette Lu­cie Pin­son. L’im­pact de ce dés­in­ves­tis­se­ment de­vrait de fait être très li­mi­té, un peu plus d’un de­mi-mil­liard de dol­lars d’après l’« Aus­tra­lian Fi­nan­cial Re­view ».

Au-de­là, le groupe compte en­cou­ra­ger ses clients à adop­ter la ver­sion « du­rable » de ses ETF, qui se­ra pro­po­sée « à un prix com­pa­rable », et tra­vailler avec les four­nis­seurs d’in­dices pour amé­lio­rer les offres de pro­duits. Mais ce se­ra bien aux clients de faire la dé­marche.

« L’in­ves­tis­se­ment du­rable re­pré­sente dé­sor­mais le meilleur gage de ro­bus­tesse pour les por­te­feuilles des clients », in­siste Bla­ckRock dans sa lettre aux clients, et c’est à l’aune de l’im­pact sur la va­leur à long terme des en­tre­prises que le groupe se po­si­tion­ne­ra sur les en­jeux.

Le PDG de la firme exige des en­tre­prises qu’elles com­mu­niquent dé­sor­mais des in­for­ma­tions nor­mées sur les risques liés au cli­mat.

Pho­to AFP

Bla­ckRock compte en­cou­ra­ger ses clients à adop­ter la ver­sion « du­rable » de ses ETF.

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