Les re­cettes d’Air­bus dé­passent celles de Boeing pour la pre­mière fois

L’avion­neur eu­ro­péen a réa­li­sé en 2019 un chiffre d’af­faires de 70,5 mil­liards d’eu­ros, lé­gè­re­ment au-des­sus de ce­lui de Boeing. Une pre­mière his­to­rique.

Les Echos - - LA UNE - Anne Bauer @an­ne­bauer­brux et Lu­cas Me­dia­villa @Lu­cas_Medv

Air­bus a mis en ap­pli­ca­tion le prin­cipe qui veut qu’on ré­pare son toit quand il fait beau. Le groupe a pro­fi­té de ré­sul­tats re­cord en 2019 pour sol­der ses af­faires en souf­france. A com­men­cer par les af­faires de cor­rup­tion et le paie­ment de 3,6 mil­liards d’eu­ros d’amendes. A ce­la s’ajoute une longue liste de charges ex­cep­tion­nelles, pour l’avion mi­li­taire A400M, pour l’A380 dont la fa­bri­ca­tion s’achè­ve­ra en 2021 et d’autres dos­siers comme les ventes d’armes à l’Ara­bie saou­dite. Air­bus a aus­si dé­bour­sé 591 mil­lions de dol­lars pour ra­che­ter la part de Bom­bar­dier dans le pro­gramme A220 et pou­voir pas­ser à l’étape su­pé­rieure. Au fi­nal, le ré­sul­tat d’ex­ploi­ta­tion re­cord abou­tit à une perte nette de 1,4 mil­liard d’eu­ros. Mais le ménage est fait et le groupe de­vrait en ti­rer tous les bé­né­fices en 2020.

● Le construc­teur eu­ro­péen, plom­bé par des charges ex­cep­tion­nelles, a pu­blié une perte nette de 1,4 mil­liard d’eu­ros sur l’an­née 2019.

● Le chiffre d’af­faires est en hausse de 11 %, à 70,5 mil­liards d’eu­ros, soit le même ni­veau que Boeing, une pre­mière his­to­rique.

Après un dé­but d’an­née ca­non, le ciel s’est as­som­bri pour Air­bus sur la fin 2019. Le construc­teur eu­ro­péen a pu­blié jeu­di ma­tin une perte de 1,4 mil­liard d’eu­ros au titre de son exer­cice écou­lé, la pre­mière de­puis dix ans, contre un bé­né­fice de 3 mil­liards l’an pas­sé.

Mal­gré un nou­veau re­cord de pro­duc­tion (863 avions com­mer­ciaux li­vrés en 2019), l’avion­neur a vu son ré­sul­tat plom­bé par les 3,6 mil­liards d’amendes éco­pées dans le cadre de l’ac­cord pas­sé avec les jus­tices fran­çaise, bri­tan­nique et amé­ri­caine pour ses af­faires de cor­rup­tion. Air­bus a aus­si pas­sé en 2019 une nou­velle pro­vi­sion de 1,2 mil­liard sur l’avion-car­go mi­li­taire du groupe, A400M, pour te­nir compte des faibles perspectiv­es d’ex­por­ta­tion de l’ap­pa­reil à moyen terme.

Et c’est ain­si qu’Air­bus af­fiche, en 2019, une hausse de chiffre d’af­faires de 11 %, à 70,5 mil­liards d’eu­ros, éga­lant ain­si (et même sur­pas­sant) pour la pre­mière fois de son his­toire le ni­veau d’ac­ti­vi­té de Boeing (76,6 mil­liards de dol­lars, soit 70,4 mil­liards d’eu­ros). Une si­tua­tion conjonc­tu­relle : l’avion­neur amé­ri­cain a connu une an­née noire l’an der­nier avec la crise du 737 MAX, qui a pro­vo­qué une perte de 636 mil­lions de dol­lars (584 mil­lions d’eu­ros) et une baisse d’en­vi­ron 25 % du chiffre d’af­faires.

D’ailleurs, le pré­sident d’Air­bus, Guillaume Fau­ry, a ré­pé­té qu’Air­bus ne bé­né­fi­ciait pas de la crise du 737 MAX, contrai­re­ment à ce que l’opi­nion pense. Le groupe a un car­net de com­mandes si plein qu’il ne peut vendre en ur­gence des A320 aux clients dé­çus du 737 MAX. « Nous n’avons au­cune dis­po­ni­bi­li­té sup­plé­men­taire avant 2025 », a pré­ci­sé le pré­sident. Ar­ri­vé aux ma­nettes en avril, il semble avoir choi­si la voie de tous les nou­veaux pa­trons : char­ger les comptes 2019 pour mieux re­bon­dir.

La liste des charges ex­cep­tion­nelles est ain­si longue : 221 mil­lions dus à l’em­bar­go al­le­mand sur les ex­por­ta­tions en Ara­bie saou­dite, 202 mil­lions liés à la ges­tion de la fin du pro­gramme A380 et 103 mil­lions pour la re­struc­tu­ra­tion du spé­cia­liste du fu­se­lage Pre­mium Ae­ro­tec, et quelques autres lignes.

Com­mandes re­cord

C’est pour­quoi le groupe passe d’un vert in­tense avec un ré­sul­tat d’ex­ploi­ta­tion re­cord de 6,9 mil­liards, en hausse de 19 % par rap­port à l’an pas­sé, au rouge. Comme le groupe est en forte crois­sance dans l’avia­tion ci­vile avec des com­mandes nettes de 768 avions (contre 747 en 2018), d’une va­leur de 81,1 mil­liards soit 46 % de mieux qu’en 2018, il a dé­ci­dé de main­te­nir une hausse du di­vi­dende à 1,80 eu­ro par ac­tion (+9 %). Air­bus dé­clare avoir dé­sor­mais 7.482 ap­pa­reils ins­crits dans ses car­nets de com­mandes.

Autre mo­tif de sa­tis­fac­tion, la branche hé­li­co­ptère se dé­fend bien dans un mar­ché en baisse, avec une sta­bi­li­sa­tion de son chiffre d’af­faires à 6 mil­liards et une amé­lio­ra­tion de sa marge d’ex­ploi­ta­tion de 11 % à 422 mil­lions.

En re­vanche, Guillaume Fau­ry a confir­mé le lan­ce­ment d’un plan de re­struc­tu­ra­tion pour Air­bus De­fence and Space, dont la ren­ta­bi­li­té ne cesse de bais­ser. Les prises de com­mande stag­nent à 8,52 mil­liards pour un chiffre d’af­faires de 10,9 mil­liards en 2019 et un ré­sul­tat d’ex­ploi­ta­tion en chute de 40 % à 565 mil­lions.

Te­nir les dé­lais de pro­duc­tion

A plus court terme, le groupe reste concen­tré sur sa ca­pa­ci­té à li­vrer dans les temps. Air­bus dit pou­voir li­vrer 880 ap­pa­reils com­mer­ciaux en 2020. Une cible dé­jà vi­sée en 2019, mais qu’il avait dû aban­don­ner en cours d’an­née, ra­len­ti par les re­tards sur ses chaînes de pro­duc­tion. Dans l’im­mé­diat, le groupe n’a pas ré­vi­sé ses ob­jec­tifs à cause du co­ro­na­vi­rus, du Brexit ou en­core du conflit com­mer­cial avec les Etats-Unis.

Autre mo­tif de sa­tis­fac­tion, la branche hé­li­co­ptère se dé­fend bien dans un mar­ché en baisse avec une sta­bi­li­sa­tion de son chiffre d’af­faires à 6 mil­liards

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