La de­mande de pé­trole re­cule

La pla­nète va ré­duire sa consom­ma­tion de brut ce tri­mestre, pour la pre­mière fois de­puis plus de dix ans, pré­voit l’Agence in­ter­na­tio­nale de l’éner­gie.

Les Echos - - LA UNE - Vincent Col­len @Vin­centCol­len

Pour la pre­mière fois de­puis dix ans, la consom­ma­tion de brut va bais­ser au 1er tri­mestre, consé­quence de l’épi­dé­mie de co­ro­na­vi­rus.

L’épi­dé­mie de co­ro­na­vi­rus pro­voque une onde de choc sur le mar­ché du pé­trole. Pour la pre­mière fois de­puis la crise fi­nan­cière, il y a plus de dix ans, la crise sa­ni­taire chi­noise va pro­vo­quer un re­cul de la consom­ma­tion mon­diale d’or noir au pre­mier tri­mestre. L’Agence in­ter­na­tio­nale de l’éner­gie (AIE) pré­voit une con­trac­tion de 435.000 ba­rils par jour pour la pé­riode jan­vier-mars. « La de­mande mon­diale a été du­re­ment frap­pée par le co­ro­na­vi­rus et ses consé­quences sur l’éco­no­mie chi­noise », écrit l’agence dans son rap­port men­suel pu­blié jeu­di ma­tin.

14 % de la consom­ma­tion mon­diale

Sur l’en­semble de l’an­née, la de­mande mon­diale ne de­vrait aug­men­ter que de 825.000 ba­rils par jour, au lieu de 1,2 mil­lion pré­vu avant le dé­but de l’épi­dé­mie. Plu­sieurs ana­lystes ont re­vu leurs perspectiv­es dans une am­pleur com­pa­rable ces der­niers jours. Rys­tad Ener­gy pré­voit ain­si une de­mande de 820.000 ba­rils jour, tout en pré­ci­sant qu’elle tom­be­rait à 650.000 dans un « scé­na­rio noir » pour l’épi­dé­mie. Si la pré­vi­sion de l’AIE se confirme, il fau­drait re­mon­ter à 2011 pour re­trou­ver une pro­gres­sion aus­si faible. La de­mande de pé­trole se­rait tou­jours af­fec­tée, dans une moindre me­sure, au deuxième tri­mestre, ex­plique l’agence, et ne re­vien­drait à la nor­male qu’à l’été. « Le re­bond de la de­mande se­ra cer­tai­ne­ment lent », pré­viennent eux aus­si les ana­lystes d’Ener­gy As­pects. L’agence sou­ligne qu’il est en­core « difficile » de cal­cu­ler l’im­pact pré­cis de la crise. Pour ses pré­vi­sions, elle table à ce stade sur un « re­tour pro­gres­sif à la nor­male » de l’ac­ti­vi­té éco­no­mique au deuxième tri­mestre. La Chine est plus que ja­mais le mo­teur du monde lors­qu’il s’agit de pé­trole. Le pays a re­pré­sen­té à lui seul 14 % de la consom­ma­tion mon­diale l’an der­nier et les trois quarts de la crois­sance de la de­mande.

Au dé­but de l’épi­dé­mie, beau­coup d’ana­lystes pen­saient que les consé­quences se­raient cir­cons­crites au sec­teur des trans­ports en rai­son des me­sures de confinemen­t dé­cré­tées par Pé­kin. Elles s’étendent dé­sor­mais à l’in­dus­trie chi­noise, avant de frap­per les ex­por­ta­tions, le tou­risme et l’éco­no­mie mon­diale tout en­tière. La crise pour­rait ain­si coû­ter 0,1 point de crois­sance à la France cette an­née, a an­non­cé jeu­di le mi­nistre de l’Eco­no­mie, Bru­no Le Maire.

Baisse des prix à la pompe

Sur les mar­chés, les cours du brut sont tom­bés au plus bas de­puis plus d’un an. Le brent s’échan­geait aux alen­tours de 56 dol­lars le ba­ril jeu­di en dé­but d’après-mi­di, en hausse de 0,5 %. C’est une bonne nou­velle pour les au­to­mo­bi­listes. En France, les prix à la pompe sont re­ve­nus à leur ni­veau de jan­vier 2019 : 1,40 eu­ro en moyenne le litre de ga­zole la se­maine der­nière, se­lon le mi­nis­tère de la Tran­si­tion éco­lo­gique.

L’Ara­bie saou­dite tente d’avan­cer la réunion de l’Opep et de la Rus­sie pré­vue pour le 5 mars. Mais Mos­cou s’y est op­po­sé jus­qu’à pré­sent. Le car­tel et son al­lié russe pour­raient étendre les quo­tas de pro­duc­tion qui sont en place de­puis trois ans pour sou­te­nir les cours. Le co­mi­té tech­nique de l’Opep qui s’est réuni la se­maine der­nière re­com­mande de pro­lon­ger la ré­duc­tion de pro­duc­tion de 1,7 mil­lion de ba­rils par jour en vi­gueur jus­qu’à la fin de l’an­née et de sous­traire 600.000 ba­rils sup­plé­men­taires sur le seul deuxième tri­mestre. ■

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