Fiat-PSA, Co­véaPart­nerRe : ces opé­ra­tions me­na­cées par la crise

● Les mar­chés s’in­ter­rogent sur l’exé­cu­tion des der­nières grandes tran­sac­tions eu­ro­péennes comme Al­stomBom­bar­dier, ou Co­véa-Part­nerRe. ● Mais des in­ves­tis­seurs sont dé­jà sur le pied de guerre pour sai­sir des op­por­tu­ni­tés d’ac­qui­si­tions.

Les Echos - - LA UNE - Anne Drif @ANNDRIF

FUSIONS-AC­QUI­SI­TIONS PSAFiat, Co­véa-Part­nerRe, Al­stomBom­bar­dier… Jus­qu’ici, les grandes opé­ra­tions de fu­sion-ac­qui­si­tion an­non­cées avant la crise n’ont pas été re­mises en cause. Mais la vo­la­ti­li­té des mar­chés et la dé­té­rio­ra­tion des pers­pec­tives économique­s sus­citent des in­quié­tudes. A mi­ni­ma, les ac­teurs pour­raient être ame­nés à re­voir les prix. Et cer­tains deals an­non­cés pour­raient être sus­pen­dus, re­né­go­ciés, voire an­nu­lés, même s’il est trop tôt pour l’af­fir­mer. In­ver­se­ment, cer­tains ac­teurs pour­raient pro­fi­ter de la si­tua­tion pour sai­sir des op­por­tu­ni­tés.

Co­véa-Part­nerRe, PSA-Fiat Chrysler, Bom­bar­dier-Al­stom, In­ge­ni­coWorld­line… le­quel de ces mé­ga­deals cé­de­ra le pre­mier ? Le krach bour­sier a plon­gé les in­ves­tis­seurs dans l’in­quié­tude. « Les deals les plus avan­cés, comme In­ge­ni­co et l’ac­qui­si­tion de Tif­fa­ny par LVMH se fe­ront. Les plus ré­cents sont en risque s’ils font moins de sens in­dus­triel et si leur va­lo­ri­sa­tion est ex­ces­sive », ana­lyse le pa­tron d’une banque d’af­faires. Si cer­taines com­pre­naient des clauses de rup­ture, les mon­tants ne sont pas un frein en soi. Jus­qu’au 25 mars, au­cun deal n’a of­fi­ciel­le­ment été an­nu­lé sur une cible fran­çaise de­puis jan­vier, se­lon Re­fi­ni­tiv. Ca­si­no a même an­non­cé le 20 mars avoir cé­dé son en­seigne dis­count Lea­der Price à Al­di pour 735 mil­lions d’eu­ros. Mais au ni­veau eu­ro­péen, 26 tran­sac­tions ont été an­nu­lées (8,6 mil­liards de dol­lars), moins que l’an der­nier (41 deals pour 23,2 mil­liards).

Re­vue des va­lo­ri­sa­tions

« Les en­tre­prises en­ga­gées sur des tran­sac­tions si­gnées de­vraient les fi­na­li­ser, note Ber­trand Pey­re­longue, res­pon­sable mon­dial du M&A de Cré­dit Agri­cole. Mais la plu­part des opé­ra­tions qui n’ont pas at­teint le stade des offres fi­nales sont mises en sus­pens. Les ven­deurs at­tendent d’avoir une meilleure vi­si­bi­li­té sur l’im­pact de la crise et les le­viers de fi­nan­ce­ment qu’ils pour­ront en­vi­sa­ger pour ap­pré­cier l’effet sur les va­lo­ri­sa­tions et le ca­len­drier. » Un tiers des tran­sac­tions se pour­suivent, au­tant sont dé­ca­lées à la fin de l’an­née et les autres sont sus­pen­dues, dé­taille George Hol­st, res­pon­sable de la clien­tèle en­tre­prises de BNP Pa­ri­bas. « Les va­lo­ri­sa­tions boursières res­tent très vo­la­tiles. Les mar­chés ac­tions am­pli­fient la ner­vo­si­té des in­ves­tis­seurs. La perte de chiffre d’af­faires ac­tuelle et à ve­nir, et l’ac­cu­mu­la­tion de tré­so­re­rie né­ga­tive ont un im­pact si­gni­fi­ca­tif en termes de M&A », ju­get-il aussi. Mais des op­por­tu­ni­tés se pro­filent. « Nous com­men­çons à voir des ache­teurs qui se ma­ni­festent pour prendre des par­ti­ci­pa­tions dans des en­tre­prises so­lides mais dé­co­tées en Bourse », note Ber­trand Pey­re­longue. Des groupes pour­ront aussi avoir be­soin de réa­li­ser des aug­men­ta­tions de ca­pi­tal et être in­té­res­sés par l’en­trée à leur ca­pi­tal d’in­ves­tis­seurs de long terme. Même constat chez BNP Pa­ri­bas : « Cer­tains in­ves­tis­seurs ma­ni­festent un in­té­rêt pour prendre des par­ti­ci­pa­tions de long terme pro­gres­sives, voire de contrôle, bien que ce­la ne soit pas en­core vi­sible dans les pas­sages de seuil. Et ces ap­proches trouvent par­fois le sou­tien d’équipes de di­rec­tion », in­dique George Hol­st. L’après-crise est dé­jà à l’étude. « Des en­tre­prises et in­ves­tis­seurs dis­posent de beau­coup de li­qui­di­té et vont en ti­rer par­ti, ob­serve Lui­gi de Vec­chi, pré­sident de la banque d’in­ves­tis­se­ment pour l’Eu­rope conti­nen­tale de Ci­ti. De nom­breux su­jets se pré­parent. La re­prise du mar­ché chi­nois montre qu’il faut an­ti­ci­per la re­prise, même si elle pour­ra prendre plus de temps en Eu­rope. » ■

Pho­to Pa­trick Hert­zog/AFP

L’in­cer­ti­tude plane sur le deal entre Al­stom et Bom­bar­dier.

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