« Chez En­gie, de nom­breux sa­la­riés sont tou­jours sur le ter­rain »

Les Echos - - LA UNE - Pro­pos re­cueillis par Vincent Col­len @Vin­centCol­len

INTERVIEW Mal­gré la pan­dé­mie et un manque de masques, une par­tie des 170.000 sa­la­riés d’En­gie conti­nuent à as­su­rer des ser­vices consi­dé­rés comme es­sen­tiels sur le ter­rain. Four­ni­ture d’élec­tric­té et de gaz, dé­pan­nage de chau­dières, chauf­fage ur­bain, chaîne du froid…. « Cer­taines ac­ti­vi­tés sont ab­so­lu­ment cru­ciales », ex­plique dans une interview aux « Echos » Claire Way­sand, la di­rec­trice gé­né­rale d’En­gie par in­té­rim. Le con­seil d’ad­mi­nis­tra­tion dé­ci­de­ra s’il faut sup­pri­mer le di­vi­dende du groupe dont l’Etat est ac­tion­naire, comme le de­mandent les syn­di­cats.

Com­ment En­gie as­sure-t-il la conti­nui­té d’ac­ti­vi­té pour les ser­vices consi­dé­rés comme es­sen­tiels ?

Plus de 80 % de nos 170.000 sa­la­riés étant en Eu­rope, le conti­nent le plus af­fec­té au­jourd’hui, nous sommes par­ti­cu­liè­re­ment tou­chés par la pan­dé­mie. La ma­jo­ri­té d’entre eux tra­vaille ha­bi­tuel­le­ment sur le ter­rain, et ils sont nom­breux à as­su­rer des mé­tiers ab­so­lu­ment es­sen­tiels.

Je veux sa­luer et re­mer­cier ici les femmes et les hommes d’En­gie dont la qua­li­té pro­fes­sion­nelle et le sens des res­pon­sa­bi­li­tés per­mettent chaque jour d’as­su­rer le main­tien de ces ac­ti­vi­tés. En France, c’est le cas bien sûr pour l’ap­pro­vi­sion­ne­ment en gaz et en élec­tri­ci­té de nos 11 mil­lions de clients. C’est aussi tous les ser­vices qui y sont as­so­ciés, par exemple le dé­pan­nage des chau­dières dé­fec­tueuses. La se­maine der­nière, mal­gré la crise, nous avons réa­li­sé plus de 18.000 dé­pan­nages. Par­mi nos autres mis­sions, éga­le­ment très im­por­tantes au main­tien de la vie quo­ti­dienne, nous gé­rons le chauf­fage ur­bain à Pa­ris via notre fi­liale CPCU, et dans de grandes villes comme Nantes, Rennes ou Reims. Cer­taines ac­ti­vi­tés sont ab­so­lu­ment cru­ciales. Par exemple, nous comp­tons plus de 80 éta­blis­se­ments de san­té par­mi nos clients en Ita­lie, plus de 330 en France. Il faut conti­nuer à leur four­nir du chauf­fage, de l’eau sa­ni­taire ou en­core de la va­peur pour sté­ri­li­ser les équi­pe­ments. Nous as­su­rons aussi la chaîne du froid pour des pro­duc­teurs et dis­tri­bu­teurs de pro­duits ali­men­taires.

Pour les autres sa­la­riés, c’est le té­lé­tra­vail ?

Le tra­vail à domicile concerne ac­tuel­le­ment 35 % de notre ef­fec­tif dans le monde, soit 55.000 per­sonnes. Cer­tains bâ­ti­ments sont qua­si­ment vides. Au sein de la tour En­gie de la Dé­fense, le siège du groupe, il reste moins de 40 per­sonnes, es­sen­tiel­le­ment pour les ac­ti­vi­tés de tra­ding du gaz et de l’élec­tri­ci­té, contre 4.000 en temps nor­mal.

Com­ment ga­ran­tir la sé­cu­ri­té des em­ployés qui ne res­tent pas chez eux ? Chez GRDF, fi­liale d’En­gie, la CGT dé­nonce un manque de masques…

Notre prio­ri­té est d’as­su­rer la sé­cu­ri­té de nos col­la­bo­ra­teurs et de leurs proches. Comme toutes les en­tre­prises, nous sommes confron­tés à une dif­fi­cul­té d’ap­pro­vi­sion­ne­ment de masques que nous nous at­ta­chons à ré­soudre. Notre bu­reau en Chine est, par exemple, mo­bi­li­sé pour s’en pro­cu­rer au­près de fa­bri­cants sur place et les ex­pé­dier dans les fi­liales du groupe par­tout dans le monde. Pour la France, les res­tric­tions im­po­sées par le gou­ver­ne­ment dans un pre­mier temps ont été le­vées, et nous pas­sons des com­mandes en grande quan­ti­té.

Qui est concer­né par le chô­mage par­tiel ?

D’abord, nous as­su­rons la conti­nui­té des ac­ti­vi­tés es­sen­tielles. En­suite, beau­coup dé­pend de nos clients. Lors­qu’ils main­tiennent leur ac­ti­vi­té, nous pour­sui­vons la nôtre à leurs cô­tés, en sou­tien. Mais nous ne pou­vons pas in­ter­ve­nir sur un chan­tier de construc­tion de bâ­ti­ment si ce­lui-ci est in­ter­rom­pu par le maître d’ou­vrage. Même chose pour les ser­vices as­su­rés dans une usine si cette der­nière est fer­mée. En­fin, la dé­ci­sion de pour­suivre l’ac­ti­vi­té ou de l’in­ter­rompre lors­qu’elle n’est pas es­sen­tielle et dé­pend de nous est dé­ci­dée au cas par cas, par les ma­na­gers.

Au to­tal, en­vi­ron 10.000 des 75.000 sa­la­riés fran­çais sont en chô­mage par­tiel au­jourd’hui, mais ce chiffre est ame­né à évo­luer se­lon l’ac­ti­vi­té. Sur tous ces su­jets comme sur la ques­tion des congés ou RTT pen­dant la crise, nous dis­cu­tons avec nos or­ga­ni­sa­tions syn­di­cales.

En­gie pour­ra-t-il main­te­nir ses pré­vi­sions de bé­né­fices pour cette an­née ?

L’éva­lua­tion des consé­quences de la chute des prix de mar­ché de l’élec­tri­ci­té et du gaz, des va­ria­tions de taux de change pour nos fi­liales en de­hors de la zone eu­ro, du re­cul de l’ac­ti­vi­té pour cer­tains mé­tiers, de re­tards de cer­tains pro­jets, est en cours, comme les plans d’ac­tion sur les­quels nous tra­vaillons. Il est en­core trop tôt pour chif­frer l’im­pact de la crise sur notre ac­ti­vi­té.

L’in­ves­tis­se­ment de vos clients dans les éco­no­mies d’éner­gie et les re­nou­ve­lables ne risque-t-il pas de pas­ser au se­cond plan ?

Je ne le pense pas une se­conde, bien au contraire. Ces in­ves­tis­se­ments se­ront tout au­tant né­ces­saires. La convic­tion de nos clients sur la né­ces­si­té de ré­duire leur em­preinte car­bone est in­tacte, qu’il s’agisse des en­tre­prises, des col­lec­ti­vi­tés lo­cales, des uni­ver­si­tés ou des par­ti­cu­liers. La prise de conscience que notre mo­dèle de dé­ve­lop­pe­ment col­lec­tif n’était pas sou­te­nable ne s’ar­rê­te­ra pas avec cette crise. L’en­jeu est que la re­prise de l’ac­ti­vi­té éco­no­mique se fasse dans une pers­pec­tive de tran­si­tion vers la neu­tra­li­té car­bone. En­gie est bien po­si­tion­né pour y ré­pondre.

Les syn­di­cats d’En­gie ont écrit à Bru­no Le Maire pour de­man­der la sus­pen­sion du di­vi­dende afin de pré­ser­ver le bi­lan et la ca­pa­ci­té d’in­ves­tis­se­ment du groupe. Que leur ré­pon­dez-vous ?

Les points de vi­gi­lance ex­pri­més par les or­ga­ni­sa­tions syn­di­cales – as­su­rer la so­li­di­té de la li­qui­di­té du groupe et sa ca­pa­ci­té d’in­ves­tis­se­ment après la crise – sont évi­dem­ment par­ta­gés par la di­rec­tion gé­né­rale. Nous sommes at­ta­chés à pré­ser­ver la so­li­di­té de notre bi­lan et En­gie a une si­tua­tion de tré­so­re­rie so­lide.

La se­maine der­nière, nous avons été l’une des pre­mières en­tre­prises à sor­tir à nou­veau sur les mar­chés obli­ga­taires, qui s’étaient re­fer­més pen­dant quelques jours, en émet­tant 2,5 mil­liards d’eu­ros. Ce­la té­moigne de la confiance des in­ves­tis­seurs. S’agis­sant du di­vi­dende, la dé­ci­sion ap­par­tient au con­seil d’ad­mi­nis­tra­tion. ■

« Au to­tal, en­vi­ron 10.000 des 75.000 sa­la­riés fran­çais sont en chô­mage par­tiel au­jourd’hui. »

Pho­to Ro­muald Mei­gneux/Si­pa

Claire Way­sand a pris la di­rec­tion gé­né­rale d’En­gie par in­té­rim de­puis le dé­part d’Isa­belle Ko­cher le mois der­nier.

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