L’épi­dé­mie a aussi des ef­fets cli­ma­tiques

Les Echos - - LA UNE - Le Point de vue de Ch­ris­tian de Per­thuis

En Chine, le ra­len­tis­se­ment éco­no­mique a pro­vo­qué un fort re­cul des émis­sions de gaz à effet de serre. La sor­tie de crise si­gni­fie­ra-t-elle un re­tour à la hausse ? Pas sûr. La crise sa­ni­taire nous contraint à ex­pé­ri­men­ter de nou­veaux mo­dèles d’or­ga­ni­sa­tion du tra­vail. Et les pé­nu­ries in­dus­trielles consta­tées in­ter­rogent.

Les ré­ces­sions sur­viennent ha­bi­tuel­le­ment pour cor­ri­ger des dés­équi­libres an­té­rieurs, par exemple un sur­en­det­te­ment ini­tial comme en 2009. La si­tua­tion ac­tuelle est très dif­fé­rente : les éco­no­mies entrent bru­ta­le­ment en ré­ces­sion à la suite des res­tric­tions à la mo­bi­li­té des per­sonnes. L’ima­ge­rie sa­tel­lite té­moigne de l’am­pleur du mou­ve­ment en Chine et en Ita­lie où les pol­lu­tions lo­cales ont chu­té à la suite du con­fi­ne­ment des po­pu­la­tions.

En Chine, les me­sures de con­fi­ne­ment ont pro­vo­qué un re­cul violent de l’ac­ti­vi­té éco­no­mique, at­tes­tée par la baisse de 20 % des ventes de dé­tail et de 16 % de la pro­duc­tion ma­nu­fac­tu­rière en jan­vier-fé­vrier. D’après les pre­mières ana­lyses, le choc au­rait pro­vo­qué un re­cul de 200 mil­lions de tonnes des émis­sions de CO2 en fé­vrier (–25 %), soit l’équi­valent de deux-tiers de ce qu’émet la France en un an ! La re­prise éco­no­mique pa­ti­nant mal­gré les me­sures de re­lance, la Chine, à l’ori­gine de 27 % des émis­sions mon­diales, de­vrait connaître en 2020 une forte di­mi­nu­tion de ses émis­sions de CO2.

En 2009, une ré­ces­sion ma­jeure avait pro­vo­qué un re­cul des re­jets mon­diaux de CO2 de 500 mil­lions de tonnes. En 2020, la baisse de­vrait être net­te­ment plus pro­non­cée. Sur l’an­née, elle pour­rait se si­tuer dans une four­chette de l’ordre de 1.000 mil­lions de tonnes à 5.000 mil­lions de tonnes, de deux à dix fois su­pé­rieurs à ce qui a été ob­ser­vé en 2009. Mais une fois sor­ti de la crise sa­ni­taire, le monde va-t-il re­prendre sa tra­jec­toire haus­sière d’émis­sion ?

De­puis 1959, les émis­sions mon­diales de CO2 ont re­cu­lé à trois re­prises, en ré­ac­tion à un choc ex­té­rieur. Pas­sé ce choc, la courbe glo­bale d’émis­sion a bien re­dé­mar­ré. Mais à chaque fois, le choc a lais­sé des traces du­rables dans une ré­gion du monde.

Au len­de­main du ré­ali­gne­ment du prix du pé­trole en 1980, les émis­sions mon­diales baissent pour la pre­mière fois pen­dant deux an­nées d’af­fi­lée. C’est aussi le mo­ment où l’Union eu­ro­péenne à 28 at­teint son pic d’émis­sion. La se­conde baisse, ob­ser­vée au dé­but des an­nées 1990, se su­per­pose avec le pic d’émis­sion at­teint en 1990 pour l’en­semble des pays de l’ex-bloc so­vié­tique. Le choc de 2009 n’a guère af­fec­té la tra­jec­toire chi­noise, mais il se su­per­pose avec le pic des Etats-Unis, at­teint en 2007.

Le choc de 2020 pour­rait faire de l’an­née 2019 le pic mon­dial des émis­sions de CO2. La crise sa­ni­taire ré­vèle la fra­gi­li­té des or­ga­ni­sa­tions pro­duc­tives qui dopent ces émis­sions et son trai­te­ment de choc va contraindr­e à des ex­pé­ri­men­ta­tions por­teuses d’al­ter­na­tives plus res­pec­tueuses du cli­mat. La Chine, pre­mier émet­teur mon­dial, se­ra en pre­mière ligne.

Mais cer­taines forces vont jouer à re­bours de ce mou­ve­ment : la baisse du pé­trole va sti­mu­ler sa de­mande et ren­ché­rir les coûts re­la­tifs des in­ves­tis­se­ments dans l’éner­gie verte ; la crise sa­ni­taire a en­va­hi tout l’es­pace po­li­tique, au dé­tri­ment de la pré­oc­cu­pa­tion cli­ma­tique des gou­ver­ne­ments ; la fin des pé­riodes de con­fi­ne­ment ver­ra un énorme be­soin de re­nouer avec les ren­contres et les mul­tiples consom­ma­tions qui s’y as­so­cient.

En contre­point, la crise sa­ni­taire va nous contraindr­e à ex­pé­ri­men­ter des modes d’or­ga­ni­sa­tion in­no­vants. Le té­lé­tra­vail à grande échelle en consti­tue une brique ma­jeure. Il va nous faire dé­cou­vrir les pos­si­bi­li­tés de ré­duire de mul­tiples formes de mo­bi­li­tés contrainte­s, ac­crois­sant in­uti­le­ment nos em­preintes cli­ma­tiques pour de faibles bé­né­fices économique­s. Con­cer­nant les mar­chan­dises, les ac­teurs économique­s vont être obli­gés de tes­ter la di­ver­si­fi­ca­tion de leurs sources d’ap­pro­vi­sion­ne­ment et le rac­cour­cis­se­ment de leurs chaînes d’ap­pro­vi­sion­ne­ment. Dans ces deux cas, il s’agit d’ex­pé­ri­men­ter de nou­velles formes d’or­ga­ni­sa­tions pro­duc­tives qui non seule­ment li­mitent les risques épi­dé­miques mais fa­ci­litent la ré­duc­tion de nos re­jets de gaz à effet de serre.

La Chine, à l’ori­gine de 27 % des émis­sions mon­diales, de­vrait connaître en 2020 une forte di­mi­nu­tion de ses émis­sions de CO2 .

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