Le vi­rus s’abat sur l’Amé­rique

● A l’is­sue de plu­sieurs jours de né­go­cia­tions entre ré­pu­bli­cains et dé­mo­crates, un ac­cord a été trou­vé et le Sé­nat de­vait adopter ce mer­cre­di un plan de sau­ve­tage de 2.000 mil­liards de dol­lars pour sou­te­nir les mé­nages et les en­tre­prises. ● Les Etats-Un

Les Echos - - LA UNE - Vé­ro­nique Le Billon @VLeBillon —Bu­reau de New York

● A New York, les hô­pi­taux dé­jà dé­bor­dés.

● Les Etats-Unis, pro­chain épi­centre de l’épi­dé­mie mon­diale se­lon l’OMS.

● Ac­cord sur un plan de sau­ve­tage éco­no­mique de 2.000 mil­liards de dol­lars.

● Chèques di­rects, prêts, baisses de charges : l’ar­se­nal de la Mai­son-Blanche.

● La « di­plo­ma­tie du masque » de Pé­kin fus­ti­gée par Wa­shing­ton.

2.000 mil­liards de dol­lars. Pour évi­ter l’ef­fon­dre­ment de l’éco­no­mie amé­ri­caine, le Sé­nat de­vait adopter mer­cre­di un plan de sau­ve­tage équi­valent à près de 10 % de la ri­chesse an­nuelle pro­duite aux Etats-Unis, un mon­tant qui pour­rait presque se com­pa­rer au pro­duit in­té­rieur brut an­nuel de la France. Une in­jec­tion de ca­pi­taux pu­blics pour « temps de guerre », l’a qua­li­fiée le chef de file ré­pu­bli­cain du Sé­nat Mitch McCon­nell, et de fait ja­mais éga­lée aux Etats-Unis, pas même pen­dant la crise fi­nan­cière de 2008.

Il y a tout juste un mois, Do­nald Trump, dé­dra­ma­ti­sant les risques de l’épi­dé­mie, de­man­dait seule­ment au Con­grès… 2,5 mil­liards de dol­lars, pour ache­ter des équi­pe­ments de pro­tec­tion et sur­veiller la pro­gres­sion du vi­rus. Les Etats-Unis sont de­ve­nus entre-temps le troi­sième foyer mon­dial de l’épi­dé­mie de co­ro­na­vi­rus der­rière la Chine et l’Ita­lie, avec plus de 55.000 cas de conta­mi­na­tion, et plus de 800 dé­cès, se­lon le dé­compte de l’uni­ver­si­té Johns Hop­kins.

Aides di­rectes et prêts

Après plu­sieurs jours de né­go­cia­tions ten­dues au Con­grès et avec la Mai­son-Blanche, dé­mo­crates et ré­pu­bli­cains ont trou­vé un ac­cord dans la nuit de mar­di à mer­cre­di pour ai­der mas­si­ve­ment mé­nages et en­tre­prises. Une aide di­recte sous forme d’un chèque de 1.200 dol­lars par adulte et 500 dol­lars par en­fant se­ra ver­sée sous condi­tion de re­ve­nus, tan­dis que l’in­dem­ni­sa­tion chô­mage se­ra amé­lio­rée pour plu­sieurs mil­lions de sa­la­riés. Les PME bé­né­fi­cie­ront de prêts et d’aides à hau­teur de 350 mil­liards de dol­lars, et les grandes en­tre­prises de 500 mil­liards. Les hô­pi­taux, en pre­mière ligne pour gé­rer la crise sa­ni­taire, et les col­lec­ti­vi­tés lo­cales, dont les re­cettes fis­cales chutent, se ver­ront al­louer une part du plan de sou­tien. Wall Street, qui avait bon­di mar­di dans l’es­poir de cet ac­cord, hé­si­tait tou­te­fois sur la di­rec­tion à prendre mer­cre­di ma­tin.

Les dé­mo­crates, qui avaient fait bar­rage à un vote di­manche et lun­di pour im­po­ser da­van­tage de contrôles et condi­tion­ner l’oc­troi des aides, au­ront eu par­tiel­le­ment gain de cause : les en­tre­prises bé­né­fi­ciant de prêts ne pour­ront pas réa­li­ser de ra­chat d’ac­tions en Bourse pen­dant la du­rée du prêt aug­men­tée d’un an. Elles de­vront aussi en­ca­drer plus stric­te­ment la ré­mu­né­ra­tion des dirigeants et pro­té­ger l’em­ploi. Ces 2.000 mil­liards de dol­lars ne re­pré­sentent pas la fac­ture glo­bale de la crise : de­puis trois se­maines, la Ré­serve fé­dé­rale a mul­ti­plié les in­ter­ven­tions pour as­su­rer la li­qui­di­té sur les mar­chés fi­nan­ciers, bais­sant ses taux di­rec­teurs d’un point et de­mi en l’es­pace de trois se­maines, dé­ci­dant aussi d’ache­ter, « en quan­ti­tés né­ces­saires », les bons du Tré­sor et dé­sor­mais des obli­ga­tions d’en­tre­prises.

Une éco­no­mie à l’ar­rêt

Le Con­grès avait aussi adop­té dé­but mars un pre­mier vo­let d’aides de 8 mil­liards de dol­lars puis un plan de 100 mil­liards de dol­lars pour amé­lio­rer la cou­ver­ture des sa­la­riés en cas d’ar­rêt-ma­la­die, peu gé­né­reux aux Etats-Unis.

Avec ce plan de sau­ve­tage mas­sif, les Etats-Unis es­pèrent évi­ter des dé­faillances d’en­tre­prise en sé­rie, pour que l’éco­no­mie puisse re­dé­mar­rer le plus ra­pi­de­ment pos­sible, et rem­bour­ser in fine une par­tie des fonds in­jec­tés.

Alors que Do­nald Trump re­doute dé­sor­mais que « le re­mède » – une éco­no­mie à l’ar­rêt – soit « pire que le mal » et en­tend le­ver ra­pi­de­ment les res­tric­tions, les éco­no­mistes de Mor­gan Stan­ley tablent sur une chute de l’ac­ti­vi­té qui pour­rait at­teindre 30 % en rythme an­nua­li­sé au deuxième tri­mestre (soit en réa­li­té une chute de 7,5 % d’un tri­mestre sur l’autre), tan­dis que Gold­man Sachs évoque un re­pli de 24 %.

Les PME bé­né­fi­cie­ront de prêts et d’aides à hau­teur de

350 mil­liards de dol­lars, et les grandes en­tre­prises de 500 mil­liards.

Pho­to Alex Edel­man/AFP

Le Sé­nat de­vait adopter mer­cre­di un plan de sau­ve­tage équi­valent à près de 10 % de la ri­chesse an­nuelle pro­duite aux Etats-Unis.

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