ANA­LYSE Le Par­ti com­mu­niste chi­nois, une avant-garde pour l’hu­ma­ni­té

Les Grands Dossiers de Diplomatie - - Sommaire - Em­ma­nuel Du­bois de Prisque

Loin d’avoir pris le pas sur l’idéo­lo­gie, l’ou­ver­ture éco­no­mique de la Chine ap­pa­raît, dans la my­tho­lo­gie of­fi­cielle, comme l’un des ins­tru­ments de réus­site du « so­cia­lisme avec des ca­rac­té­ris­tiques chi­noises », qui se pose plus que ja­mais en al­ter­na­tive au ca­pi­ta­lisme et dont le Par­ti en­tend bien mon­trer la voie au-de­là de ses fron­tières.

Pro­gres­si­ve­ment, de­puis la po­li­tique de ré­forme et d’ou­ver­ture adop­tée par la Ré­pu­blique po­pu­laire de Chine sous l’in­fluence de Deng Xiao­ping à la fin des an­nées 1970, l’idée s’est im­po­sée que l’idéo­lo­gie n’était plus guère per­ti­nente pour com­prendre l’ac­tion des di­ri­geants chi­nois. Les évé­ne­ments de l’an­née 1989 – mas­sacre de la place Tian’an­men, chute du mur de Ber­lin – avaient eu pour consé­quence de pri­ver de lé­gi­ti­mi­té les idéaux com­mu­nistes. La fièvre de l’en­ri­chis­se­ment qui se pro­pa­geait en Chine prou­vait que le li­bé­ra­lisme éco­no­mique, puis po­li­tique, avait eu rai­son des idéaux com­mu­nistes qui, au-de­là du sa­bir of­fi­ciel, n’avaient plus de prise sur les es­prits. Le Par­ti n’avait plus de com­mu­niste que le nom. Il ne jouait le rôle que d’un puis­sant syn­di­cat, voire d’une ma­fia ou d’une secte qui, te­nant bien en main le pays grâce à la mise en place d’un État po­li­cier fon­dé sur la coer­ci­tion, la vio­lence et la pro­pa­gande, n’avait pour but que le pou­voir pour le pou­voir et la ri­chesse pour la ri­chesse. Nul idéal, mais le seul cy­nisme, for­mait la pen­sée d’un pou­voir pu­re­ment « prag­ma­tique », orien­té vers l’ac­tion et ne culti­vant que la seule cul­ture du ré­sul­tat.

C’est une toute autre im­pres­sion que nous a lais­sée la grand­messe qui s’est te­nue au mois d’oc­tobre 2017 à Pé­kin, à l’ou­ver­ture de la­quelle, pen­dant trois heures trente, loin de tout confi­teor, le se­cré­taire-gé­né­ral Xi Jin­ping a chan­té les louanges du Par­ti et de ses réus­sites, de sa ré­si­lience idéo­lo­gique, de sa ca­pa­ci­té in­com­pa­rable à dé­jouer les em­bûches, et de sa marche triom­phale vers un fu­tur tou­jours plus ra­dieux qui vien­dra ven­ger la Chine de ses hu­mi­lia­tions pas­sées. Lors de ce XIXe con­grès du Par­ti, Xi Jin­ping a en­core dé­fen­du son ac­tion, celle qui vise à « pu­ri­fier » le Par­ti de ses mau­vais élé­ments, à for­ti­fier la Chine et à lui faire vivre son « rêve chi­nois ». Au terme d’un ri­tuel par­fai­te­ment hui­lé, le se­cré­taire-gé­né­ral

fraî­che­ment ré­élu a em­me­né le co­mi­té per­ma­nent du bu­reau po­li­tique au com­plet pour un ar­dent pè­le­ri­nage à Shan­ghaï, aux sources de l’his­toire du Par­ti. Là, au coeur de ce qui était la conces­sion fran­çaise au mo­ment de la créa­tion du Par­ti en 1921, et qui était aus­si le re­fuge de tout ce que la Chine comp­tait alors de pa­rias et de re­belles à tous les pou­voirs, Xi a pro­po­sé à ses com­pa­triotes de se re­vi­vi­fier grâce à « l’Es­prit du ba­teau rouge ». C’est sur ce ba­teau à la fois réel et sym­bo­lique que les pion­niers de la Ré­vo­lu­tion ont em­bar­qué pour me­ner la Chine jus­qu’aux rives en­chan­tées de la « Re­nais­sance » de la na­tion ou de la « race » chi­noises, après la longue ago­nie que fut le « siècle des hu­mi­lia­tions ». Ce der­nier du­ra se­lon la my­tho­lo­gie of­fi­cielle jus­qu’en 1949, date de la créa­tion ex ni­hi­lo par le Par­ti triom­phant de la « Nou­velle Chine », qui alors fai­sait du pas­sé table rase et li­bé­rait le peuple de l’op­pres­sion féo­dale et co­lo­niale. Plus ja­mais, la Chine ne se­rait le « mou­ton gras at­ten­dant le sa­cri­fice » (1) qu’elle fut au XIXe siècle, lors­qu’elle su­bis­sait la do­mi­na­tion mi­li­taire et po­li­tique des Oc­ci­den­taux. Quelques re­belles fuyant la po­lice sont ain­si de­ve­nus les fon­da­teurs d’une nou­velle dy­nas­tie qui pré­tend au­jourd’hui, presque un siècle plus tard, après avoir re­dres­sé la Chine, im­pri­mer sa marque au monde, une marque qui est tout uni­ment, nous le ver­rons, na­tio­na­liste, com­mu­niste et uni­ver­sa­liste.

Xi Jin­ping, coeur d’un Par­ti lui-même au coeur de la Chine

Il y a ici beau­coup plus qu’une pro­pa­gande en voie d’ob­so­les­cence. Bien au contraire, Xi est ani­mé par un sens de l’His­toire qui l’a ame­né, jeune en­core, alors qu’il était, en tant que vic­time col­la­té­rale d’une sanc­tion po­li­tique qui avait frap­pé son père, exi­lé dans une cam­pagne re­cu­lée, à vou­loir en­trer au Par­ti. Mais c’est seule­ment après avoir de­man­dé son ad­mis­sion dix fois, qu’il y fut fi­na­le­ment ac­cep­té. Tous, dans sa fa­mille, n’ont pas fait le même choix. Sa de­mi-soeur, fruit d’un pre­mier ma­riage de son père, Xi Zhongxun – un vice-Pre­mier mi­nistre tom­bé en dis­grâce avant même la Ré­vo­lu­tion cultu­relle, sous le coup d’une ma­chi­na­tion du chef des ser­vices se­crets Kang Shen, ja­loux de sa po­pu­la­ri­té au­près de Mao (2) –, se sui­ci­de­ra après avoir été vic­time d’une longue per­sé­cu­tion po­li­tique du seul fait qu’elle était la fille de son père (3). Le père de Xi se­ra fi­na­le­ment ré­ha­bi­li­té et est main­te­nant ho­no­ré comme un hé­ros de la ré­vo­lu­tion chi­noise. Xi Jin­ping quant à lui choi­si­ra donc de se ral­lier à ses per­sé­cu­teurs, puis grim­pe­ra cha­cun des éche­lons de la hié­rar­chie du Par­ti, pour fi­nir en 2012 par in­car­ner le Par­ti lui-même, c’est-à-dire l’or­ga­ni­sa­tion qui pen­dant des an­nées l’avait vio­le­ment re­je­té.

Quelques di­zaines de dé­cen­nies plus tard, la Chine a beau conti­nuer à se pré­sen­ter comme un pays en cours de dé­ve­lop­pe­ment, qui vise une « pros­pé­ri­té mo­dé­rée », s’il fal­lait tra­cer la carte idéale du monde de de­main se­lon Pé­kin, ce­la res­sem­ble­rait à une sé­rie de cercles concen­triques. Le pre­mier cercle dé­li­mi­te­rait la Chine, le pays du Mi­lieu, re­pous­sant ain­si le reste du monde dans les marges ; au centre de la Chine, il y au­rait le Par­ti et ses 90 mil­lions de membres ; et au centre du Par­ti, il y au­rait l’an­cien ré­prou­vé Xi Jin­ping, se­cré­tai­re­gé­né­ral du Par­ti, pré­sident de la Ré­pu­blique, et pré­sident de

la Com­mis­sion mi­li­taire cen­trale, qui in­carne au­jourd’hui une éton­nante « Tri­ni­té » (4) avec des ca­rac­té­ris­tiques chi­noises. De­puis ce centre sa­cré ir­ra­die­rait une forme de cha­risme, une au­to­ri­té ver­tueuse, qui au­rait vo­ca­tion à se pro­pa­ger au monde en­tier. Une phrase de Mao Ze­dong, re­prise de­puis 2016 au moins par Xi Jin­ping, puis dans les ins­tances di­ri­geantes du Par­ti, syn­thé­tise cette vi­sion : « le Par­ti, le gou­ver­ne­ment, l’ar­mée, la so­cié­té, l’édu­ca­tion, l’Est, l’Ouest, le Sud, le Nord et le Centre : le Par­ti di­rige tout » (5). Le Par­ti est le coeur sa­cré de la Chine. Il est le créa­teur de cette « Nou­velle Chine » dont il opère chaque jour la re­nais­sance. C’est de lui que tout pro­cède et à quoi tout doit re­ve­nir. Sans lui, il n’y au­rait rien que la dé­so­la­tion pro­pa­gée par les en­ne­mis de la Chine. Le Par­ti est le seul et vrai dieu chi­nois, car il est le seul et vrai dieu ef­fi­cace, ce­lui qui est en me­sure d’ap­por­ter bie­nêtre, bon­heur et fier­té à la po­pu­la­tion chi­noise. Il est le Par­tiÉ­tat pro­vi­dence. Comme le pro­cla­mait une ban­de­role du Par­ti aper­çue sur un temple boud­dhique en Chine, il y a quelques mois : « Sans Par­ti com­mu­niste, il n’y a pas de Boud­dha » (6).

Un Par­ti qui doit gar­der le contrôle

Cette vo­lon­té de contrôle ab­so­lu du Par­ti sur la so­cié­té n’est pas nou­velle, mais elle est ré­af­fir­mée ces der­nières an­nées avec force. Dans le dis­cours même où il af­firme, dans la plus pure tra­di­tion lé­ni­niste, la cen­tra­li­té du Par­ti, Xi Jin­ping sou­tient que le Par­ti a pris conscience, de­puis le XVIIIe Con­grès en 2012, du ca­rac­tère « mor­ti­fère et no­cif de l’af­fai­blis­se­ment des forces cen­tri­pètes du Par­ti » qui doivent s’exer­cer sur la Chine et la so­cié­té chi­noise (7). C’est une fa­çon pos­sible de ré­su­mer la tâche à la­quelle s’at­telle Xi Jin­ping et avec lui le Par­ti : lut­ter contre les forces mau­vaises qui me­nacent l’uni­té, voire l’exis­tence, de la Chine contem­po­raine. Ce sont elles qui poussent les Chi­nois à pla­cer à l’étran­ger ce qu’ils ont de plus pré­cieux, leur ar­gent et leurs en­fants : leur for­tune dans les pa­ra­dis fis­caux, et leur pro­gé­ni­ture dans les meilleures écoles an­glo-saxonnes. Ce sont ces forces aus­si qui s’exercent sur la pé­ri­phé­rie de la Chine et qui font que Hong Kong, plus de vingt ans après sa « ré­tro­ces­sion » par les Bri­tan­niques, Taï­wan, mal­gré les « consen­sus » au­to­pro­cla­més par Pé­kin, et main­te­nant, su­prême iro­nie, Pyon­gyang, ne se sont ja­mais sen­tis aus­si éloi­gnés de la Chine et d’un sys­tème qui se pré­tend pour­tant pa­ci­fique et at­trac­tif. Mais, tan­dis que les Oc­ci­den­taux ont ten­dance à voir dans ces forces cen­tri­fuges les consé­quences d’un sys­tème op­pres­sif, qui nie de plus en plus les droits in­di­vi­duels des Chi­nois, Pé­kin veut y voir la consé­quence de l’égoïsme for­ce­né des mau­vais élé­ments du Par­ti, comme d’une par­tie de la so­cié­té ci­vile et du monde chi­nois au sens large, hé­do­niste et in­té­res­sée, voire cor­rom­pue, contre les­quels il a toute lé­gi­ti­mi­té et même l’im­pé­rieux de­voir de lut­ter. Sys­tème op­pres­sif et cy­nique vi­sant uni­que­ment à la conser­va­tion du pou­voir pour le pou­voir, ou en­ti­té char­gée de conser­ver la Chine dans son être et de la faire pros­pé­rer au pro­fit de tous : le di­vorce entre deux vi­sions de ce qu’est le mo­dèle chi­nois im­po­sé par le Par­ti ne sau­rait être plus com­plet.

Un Par­ti in­ves­ti d’une mis­sion

Mais plus que d’un pro­jet qui lui se­rait propre, l’ac­com­plis­se­ment de cette vi­sion est une mis­sion his­to­rique, confiée au Par­ti par des forces un peu mys­té­rieuses mais qu’il se charge d’in­car­ner : la science et la rai­son, la Chine éter­nelle et son pas­sé im­mé­mo­rial, peut-être même la marche de l’his­toire de l’hu­ma­ni­té dans son en­semble. C’est pour­quoi le Par­ti tient tant à prou­ver que l’his­toire n’est pas fi­nie, que le li­bé­ra­lisme n’a pas ga­gné, que le so­cia­lisme avec des ca­rac­té­ris­tiques chi­noises ap­porte des lu­mières in­édites à l’hu­ma­ni­té. À l’oc­ca­sion du 200e an­ni­ver­saire de la nais­sance de Marx, le Par­ti a ain­si in­sis­té sur la né­ces­si­té d’étu­dier le Ma­ni­feste du Par­ti com­mu­niste afin de res­tau­rer la foi mar­xiste de tous les membres du Par­ti. De grandes ses­sions d’études de la pen­sée mar­xiste sont lan­cées dans tout le pays. La di­rec­tion du Par­ti tient à prou­ver que c’est elle qui est du bon cô­té de l’his­toire dans la lutte des sys­tèmes qui l’op­pose au ca­pi­ta­lisme (8).

Alors que l’Oc­ci­dent a été du­re­ment frap­pé par la crise de 2008, que les États-Unis et ses al­liés s’em­bourbent de­puis des an­nées dans plu­sieurs in­ter­ven­tions mi­li­taires contre le ter­ro­risme, que l’élec­tion de Do­nald Trump semble mar­quer l’aban­don par Wa­shing­ton de son rôle de lea­der, le Par­ti veut croire que son heure est ve­nue et qu’il est de sa mis­sion de gui­der l’hu­ma­ni­té dans le XXIe siècle. C’est au nom de cette mis­sion que le Par­ti peut pré­tendre ras­sem­bler. Rien ne doit à ce titre lui échap­per, il se veut « in­clu­sif », digne hé­ri­tier de ce que fut l’Em­pire, le « Vor­tex-Chine » qui at­tire à lui les peuples loin­tains, se­lon le phi­lo­sophe Zhao Tin­gyang (9). Seuls ceux qui veulent du mal à la Chine et res­tent tri­bu­taires d’une vi­sion du monde « égoïste » et « hé­ri­tée de la guerre froide », re­fusent cette émer­gence qui ne peut être que bé­né­fique à l’hu­ma­ni­té tout en­tière. Car « l’ex­pan­sion n’est pas dans l’ADN de la Chine », c’est le Pre­mier mi­nistre Li Ke­qiang qui l’af­firme (10). Le Par­ti ral­lie­ra à lui les opi­nions étran­gères par la ver­tu et par l’exemple de sa « pu­re­té » re­trou­vée (11), grâce no­tam­ment à une lutte fé­roce contre la cor­rup­tion sous toutes ses formes. En ce­la, le Par­ti se conforme à l’idéal de l’Em­pire se­lon le­quel la Chine était « la » ci­vi­li­sa­tion au­quel le monde en­tier se de­vait de rendre hom­mage. S’il faut pu­nir, c’est-à-dire uti­li­ser la vio­lence, ce se­ra comme à contre­coeur, et ce sont des en­ti­tés abs­traites, l’his­toire (en­core elle), les élé­ments na­tu­rels, qui se char­ge­ront d’or­don­ner ce sale bou­lot (12). Bien sûr, fi­na­le­ment, c’est l’Ar­mée Po­pu­laire de Li­bé­ra­tion, dont le bud­get conti­nue d’aug­men­ter confor­ta­ble­ment chaque an­née mal­gré le ra­len­tis­se­ment de la crois­sance éco­no­mique, qui se char­ge­ra d’exé­cu­ter les ou­kases de ces dieux froids et im­par­tiaux que sont l’His­toire ou la Na­ture.

Il n’existe donc, de ce point de vue, au­cune so­lu­tion de conti­nui­té entre l’Em­pire d’avant les deux ré­vo­lu­tions de 1911 et de 1949, et le ré­gime po­li­tique im­po­sé par le Par­ti com­mu­niste chi­nois : dans les deux cas, le « centre » re­pré­sente la force mo­trice de la « ci­vi­li­sa­tion » hu­maine, une élite qui garde le monde contre le chaos qui le me­nace tou­jours, ou une avant­garde sur le che­min du pro­grès et de la li­bé­ra­tion de l’hu­ma­ni­té des forces obs­cures qui l’en­travent. Dans les deux cas, il n’y a au­cune rai­son lé­gi­time pour que ce « centre » n’exerce sa force d’at­trac­tion que sur une seule par­tie de l’hu­ma­ni­té. Cette force a vo­ca­tion à ras­sem­bler toute la Chine, et au-de­là de la Chine, toute la « race chi­noise », qui com­prend nombre de ci­toyens de pays étran­gers [voir le fo­cus de C. Pi­na p. 15], par­tout dans le monde, et, in fine, l’hu­ma­ni­té tout en­tière unie dans une « des­ti­née com­mune » dont le Par­ti, en la per­sonne de Xi Jin­ping, a vo­ca­tion à dire ce qu’elle est (13). Les deux ca­rac­tères qui si­gni­fient « Chine » (中) et « com­mu­niste » (共) dans le terme « Par­ti com­mu­niste chi­nois » (中国共产党) en chi­nois, et qui servent fa­mi­liè­re­ment d’abré­via­tion au Par­ti, si­gni­fient pour l’un « centre » et pour l’autre « com­mun, avec ». Le Par­ti com­mu­niste, c’est le centre dans ce qu’il a de com­mun et d’in­clu­sif, c’est la cen­tra­li­té bien­veillante qui au fond a vo­ca­tion à s’adres­ser à l’hu­ma­ni­té en­tière, c’est l’hé­ri­tier plus in­clu­sif et plus ver­tueux de la Chine im­pé­riale qui est morte de n’avoir pas te­nu ses pro­messes. S’il se trouve que cette force cen­tra­li­sa­trice qu’on ap­pelle la Chine et dont hé­rite le Par­ti est née dans une zone géo­gra­phique spé­ci­fique et à un mo­ment pré­cis de l’his­toire, elle est aus­si, se­lon une vi­sion my­thique de l’his­toire hu­maine au­jourd’hui en­core lar­ge­ment prise pour ar­gent comp­tant en Chine, la ci­vi­li­sa­tion hu­maine la plus an­cienne, la source même de la ci­vi­li­sa­tion. Si la Chine re­naît, c’est donc la ci­vi­li­sa­tion hu­maine par ex­cel­lence elle-même qui re­naît, après les pé­riodes de frac­tion­ne­ment et de di­vi­sion im­po­sées par des pays étran­gers avides et vio­lents. C’est donc dans un pro­jet de ca­rac­tère in­dis­tinc­te­ment po­li­tique et re­li­gieux qu’est en­ga­gé le Par­ti com­mu­niste. Il a be­soin pour ce­la de l’adhé­sion des foules qu’il veut sou­mettre. Mal­gré toute sa force de coer­ci­tion, c’est sur ce plan, ce­lui de la fi­dé­li­té ou de l’apos­ta­sie à la foi qu’il pro­pose, que se joue­ra l’ave­nir du Par­ti com­mu­niste chi­nois.

Sys­tème op­pres­sif et cy­nique vi­sant uni­que­ment à la conser­va­tion du pou­voir pour le pou­voir, ou en­ti­té char­gée de conser­ver la Chine dans son être et de la faire pros­pé­rer au pro­fit de tous : le di­vorce entre deux vi­sions de ce qu’est le mo­dèle chi­nois im­po­sé par le Par­ti ne sau­rait être plus com­plet.

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