ANA­LYSE Fin de la po­li­tique de l’en­fant unique en Chine : trop peu, trop tard ?

Les Grands Dossiers de Diplomatie - - Sommaire - Mar­tin K. Whyte

Pre­mier pays au monde par sa po­pu­la­tion, la Chine n’en de­meure pas moins un géant dé­mo­gra­phique aux pieds d’ar­gile, fra­gi­li­sé par les consé­quences de la po­li­tique de l’en­fant unique – source no­tam­ment d’un dés­équi­libre de la py­ra­mide des âges, ain­si que d’un dé­fi­cit de femmes et d’un dés­équi­libre du mar­ché ma­tri­mo­nial – qui sus­cite au­jourd’hui une forte pré­oc­cu­pa­tion dans le rang des au­to­ri­tés chi­noises.

En oc­tobre 2015, les di­ri­geants du Par­ti com­mu­niste chi­nois ont an­non­cé la fin pro­chaine de la po­li­tique contro­ver­sée de l’en­fant unique, en vi­gueur de­puis 1980. À comp­ter du 1er jan­vier 2016, les couples chi­nois se­raient au­to­ri­sés à avoir (au maxi­mum) deux en­fants. Un an plus tard, des sta­tis­tiques furent pu­bliées sur les pre­mières ré­ac­tions de la po­pu­la­tion vis-à-vis de cette évo­lu­tion : en 2016, les nais­sances ont connu une aug­men­ta­tion de 1,3 mil­lion par rap­port à l’an­née pré­cé­dente et plus de 45 % du vo­lume to­tal de nais­sances ré­sul­taient au moins d’un deuxième en­fant (1). Se­lon les au­to­ri­tés, la dé­tente po­li­tique « est ar­ri­vée à temps et s’est avé­rée ef­fi­cace ». Pour au­tant, les graves pro­blèmes so­ciaux aux­quels est confron­tée la Chine du fait de ses étranges ex­pé­riences dé­mo­gra­phiques contre­disent le joyeux op­ti­misme de ces dé­cla­ra­tions. Il est né­ces­saire, pour en com­prendre les rai­sons, de re­ve­nir sur la dif­fi­cile his­toire de la po­li­tique des nais­sances li­mi­tées en Chine.

De nom­breux mythes en­tourent cette his­toire (2). Il est ré­gu­liè­re­ment avan­cé que la po­pu­la­tion chi­noise connais­sait une crois­sance in­con­trô­lable jus­qu’après la mort de Mao Ze­dong

en 1976 et qu’une cam­pagne na­tio­nale ex­trê­me­ment coer­ci­tive sem­blait jus­ti­fiée pour ra­me­ner le taux de fé­con­di­té à un ni­veau sup­por­table. De ce point de vue, bien que les vio­la­tions mas­sives des droits de l’homme du fait de la mise en ap­pli­ca­tion de la po­li­tique de l’en­fant unique fussent re­gret­tables, le taux de na­ta­li­té a été ré­duit, ce qui fut bé­né­fique pour la Chine et le reste du monde. Le main­tien de cette po­li­tique du­rant trente-cinq ans, si l’on s’en tient à cet ar­gu­ment, fut né­ces­saire pour conte­nir un nou­veau ba­by boom. En­fin, en 2016, comme le sug­gère la ver­sion se­lon la­quelle cet as­sou­plis­se­ment « est ar­ri­vé à temps », les sou­haits des fa­milles po­pu­laires avaient été suf­fi­sam­ment re­vus à la baisse pour que le fait d’au­to­ri­ser un se­cond en­fant n’en­gendre pas un nou­veau ba­by boom.

Ap­proche his­to­rique

Les faits his­to­riques sont ra­di­ca­le­ment dif­fé­rents. Le pas­sage des cam­pagnes de plan­ning fa­mi­lial vo­lon­taire à la li­mi­ta­tion im­po­sée des nais­sances a en réa­li­té dé­bu­té dès 1970, alors que Mao était en­core au pou­voir : les fa­milles ur­baines avaient le droit d’avoir deux en­fants et les fa­milles ru­rales trois. Ces nou­velles li­mi­ta­tions des nais­sances, et les obli­ga­tions de ma­riages tar­difs et d’es­pa­ce­ment entre les nais­sances (d’où le slo­gan, « plus tard, plus long­temps, moins »), furent mis en oeuvre par un cer­tain nombre de tech­niques coer­ci­tives qui al­laient de­ve­nir usuelles et cé­lèbres à l’époque de l’en­fant unique (lors­qu’elles furent ap­pli­quées de ma­nière en­core plus sys­té­ma­tique et bru­tale). Le nombre d’avor­te­ments, de sté­ri­li­sa­tions et de poses de sté­ri­lets aug­men­ta brus­que­ment au cours des an­nées 1970. La cam­pagne « plus tard, plus long­temps, moins » fut ex­trê­me­ment ef­fi­cace. Les es­ti­ma­tions du nombre de bé­bés que por­te­rait la mère moyenne au cours de sa vie (l’in­dice syn­thé­tique de fé­con­di­té, ISF) bais­sa d’en­vi­ron 6 en 1970 à 2,7/2,8 à la fin de la dé­cen­nie. Au­tre­ment dit, plus de 70 % de la baisse de fé­con­di­té en­re­gis­trée entre 1970 et au­jourd’hui eut lieu au cours de cette pre­mière dé­cen­nie, avant même que ne soit lan­cée la cam­pagne de l’en­fant unique. L’his­toire de la li­mi­ta­tion for­cée des nais­sances en Chine est plus longue que l’on ne croit ; elle a per­du­ré 45 ans.

Les taux de na­ta­li­té n’étaient pas « hors de contrôle » lorsque Deng Xiao­ping et ses col­lègues ont ac­cé­dé au pou­voir à la fin des an­nées 1970. Cette nou­velle di­rec­tion a tou­te­fois in­sis­té sur la né­ces­si­té d’une li­mi­ta­tion plus stricte des nais­sances afin de fa­vo­ri­ser une crois­sance éco­no­mique ra­pide. De là a été mise en place la po­li­tique de l’en­fant unique. En re­vanche, contrai­re­ment à ce qui est com­mu­né­ment avan­cé, le lan­ce­ment de la cam­pagne ne fut pas sui­vi d’une nou­velle ré­duc­tion du taux de na­ta­li­té, du moins dans un pre­mier temps. Les rai­sons, com­plexes, sont no­tam­ment « l’écho » dé­mo­gra­phique du ba­by boom en­re­gis­tré après le Grand Bond en avant du dé­but des an­nées 1960 et le fait d’avoir re­non­cé au vo­let « plus tard » de la cam­pagne sur le ma­riage lan­cée dans les an­nées 1970 (per­met­tant de ré­duire de deux ans l’âge du pre­mier ma­riage après 1980). Compte te­nu de ces deux fac­teurs, plu­sieurs mil­lions de femmes ont re­joint, chaque an­née, la ca­té­go­rie de celles po­ten­tiel­le­ment en âge de pro­créer. Le taux de na­ta­li­té a en ef­fet bais­sé en 1980, pour aug­men­ter par la suite, fluc­tuant vers le mi­lieu de la dé­cen­nie et se fixant à un ni­veau su­pé­rieur à ce­lui pré­cé­dant le lan­ce­ment de la cam­pagne.

Des ef­forts en vue d’une meilleure mise en oeuvre furent en­tre­pris vers la fin des an­nées 1980, en fai­sant no­tam­ment de la ré­duc­tion des nais­sances un in­di­ca­teur de per­for­mance clé dans l’éva­lua­tion des res­pon­sables lo­caux. Tou­te­fois, le prin­ci­pal fac­teur condui­sant à cette ré­duc­tion de­puis la fin des an­nées 1980 n’a pas été la po­li­tique de l’en­fant unique, mais le dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique ex­trê­me­ment ra­pide de la Chine. Ce­la a éga­le­ment conduit à des taux de fé­con­di­té par­ti­cu­liè­re­ment bas dans les pays d’Asie orien­tale n’ayant pas im­po­sé de li­mi­ta­tions des nais­sances (3). L’ISF de la Chine est tom­bé en des­sous du seuil de rem­pla­ce­ment (ISF=2,1) au dé­but des an­nées 1990 avant de pour­suivre sa baisse. Ac­tuel­le­ment, les es­ti­ma­tions sur l’ISF de la Chine va­rient. Si cer­tains l’éva­luent jus­qu’à 1,2, la plu­part des dé­mo­graphes es­timent tou­te­fois, compte te­nu du fait que toutes les nais­sances ne sont pas dé­cla­rées, que le vé­ri­table chiffre se si­tue­rait plu­tôt aux alen­tours de 1,5/1,6 (ce qui reste dans tous les cas lar­ge­ment en des­sous de l’ISF des pays dé­ve­lop­pés comme les États-Unis et la France). Pour ré­su­mer, ces 45 der­nières an­nées, la Chine a en­re­gis­tré des taux de na­ta­li­té in­ha­bi­tuel­le­ment bas, du fait, en par­tie, de la mise en oeuvre coer­ci­tive de la po­li­tique de l’en­fant unique, mais plus en­core des li­mi­ta­tions dé­jà contrai­gnantes des nais­sances dans les an­nées 1970 as­so­ciées à l’ex­tra­or­di­naire crois­sance éco­no­mique de­puis les an­nées 1980.

Des crises im­mi­nentes

Alors même que la po­li­tique de l’en­fant unique était im­po­sée par le haut, des voix dis­si­dentes poin­taient le ca­rac­tère coer­ci­tif de sa mise en oeuvre et les dan­ge­reuses consé­quences so­ciales qu’en­gen­dre­rait la dis­tor­sion par l’État d’un com­por­te­ment dé­mo­gra­phique nor­mal (4). Cer­tains dé­mo­graphes chi­nois ont évo­qué le risque que des nais­sances moins nom­breuses ne mettent en pé­ril à l’ave­nir le sou­tien ap­por­té par les fa­milles aux plus âgés ; ils ont mis en garde contre le risque de nais­sances ex­ces­sives de gar­çons et contre de po­ten­tielles pé­nu­ries de main-d’oeuvre. En 2001, après que ces mises en garde furent igno­rées, près de 25 spé­cia­listes de la dé­mo­gra­phie chi­noise ont conduit des tra­vaux de re­cherches dans des lieux ex­pé­ri­men­taux au­to­ri­sant deux nais­sances et éta­bli des pro­jec­tions dé­mo­gra­phiques (5). Ils ont éga­le­ment pro­duit des rap­ports sur l’ur­gente né­ces­si­té de re­non­cer à la po­li­tique de l’en­fant unique. Les ap­pels du groupe

furent re­je­tés à deux re­prises par les hauts di­ri­geants chi­nois, en 2004 et en 2009, de crainte d’un nou­veau ba­by boom. En jan­vier 2015, le troi­sième ap­pel du groupe a pro­ba­ble­ment contri­bué à la dé­ci­sion prise dans le cou­rant de l’an­née de mettre un terme à la po­li­tique de l’en­fant unique. Plu­sieurs rai­sons amènent tou­te­fois à re­la­ti­vi­ser ce chan­ge­ment, qui ap­pa­raît trop li­mi­té et tar­dif.

La pre­mière tient à la ré­ac­tion ini­tiale, en 2016, après l’au­to­ri­sa­tion d’avoir deux en­fants. Bien qu’une hausse li­mi­tée du nombre to­tal de nais­sances ait été en­re­gis­trée, l’an­nonce de « plus de 45 % de nais­sances d’au moins un deuxième en­fant » est en quelque sorte trom­peuse, puisque ce chiffre tient en par­tie à un nombre moindre de pre­mières nais­sances. Ce­la in­dique fi­na­le­ment que les couples chi­nois re­portent en­core le fait de don­ner nais­sance et s’at­tendent à avoir très peu d’en­fants. La part de nais­sances de deuxième rang ou plus ayant dé­jà aug­men­té de 34 à 47 % entre 2011 et 2015, le vé­ri­table im­pact de la fin de la po­li­tique de l’en­fant unique sur le nombre de nais­sances en 2016 n’est alors pas to­ta­le­ment avé­ré. En 2017, la Chine a vu son nombre de nais­sances bais­ser de 3,5 % par rap­port à 2016 (6). Les taux de fé­con­di­té de­meurent bien en des­sous du seuil de rem­pla­ce­ment et il se­ra im­pos­sible pour la Chine d’évi­ter une si­tua­tion jus­qu’alors in­édite : à l’ho­ri­zon des dix pro­chaines an­nées, la po­pu­la­tion du pays at­tein­dra son apo­gée (en­vi­ron 1,4 mil­liard) puis com­men­ce­ra à dé­cli­ner. Après plu­sieurs dé­cen­nies au cours des­quelles le monde s’est prin­ci­pa­le­ment in­quié­té du sur­peu­ple­ment, de plus en plus de pays, comme le Ja­pon, l’Ita­lie et la Rus­sie, af­frontent dé­sor­mais des dif­fi­cul­tés im­pré­vues pour s’adap­ter à la di­mi­nu­tion de la po­pu­la­tion. Mais au­cun des pays ayant une fé­con­di­té in­fé­rieure au taux de rem­pla­ce­ment n’est aus­si re­la­ti­ve­ment pauvre que la Chine et au­cun ne voit sa dé­mo­gra­phie dé­for­mée.

Une rai­son plus im­por­tante per­met­tant de consi­dé­rer ce chan­ge­ment de po­li­tique comme très re­la­tif et trop tar­dif tient aux dif­fi­cul­tés aux­quelles le pays est dé­jà confron­té (7). Ac­tuel­le­ment, sur les 240 mil­lions de Chi­nois ayant plus de 60 ans – et ce vo­lume de­vrait at­teindre près de 360 mil­lions en 2030 –, nom­breux sont ceux n’ayant qu’un seul en­fant adulte pour les sou­te­nir (et cer­tains vont même sur­vivre à leur unique en­fant). La Chine a bé­né­fi­cié de « di­vi­dendes dé­mo­gra­phiques » du­rant les pré­cé­dentes dé­cen­nies du fait des aug­men­ta­tions an­nuelles du nombre de per­sonnes re­joi­gnant la po­pu­la­tion ac­tive. Or, cette dy­na­mique a ré­cem­ment été in­ver­sée et le nombre de jeunes tra­vailleurs chi­nois de 20 à 29 ans de­vrait di­mi­nuer d’un quart au cours des dix pro­chaines an­nées, pas­sant de 200 mil­lions ac­tuel­le­ment à 150 mil­lions. Ce ren­ver­se­ment de la main-d’oeuvre dis­po­nible contri­bue à la hausse des sa­laires et rend la Chine de moins en moins apte à concou­rir, en termes d’in­ves­tis­se­ments étran­gers et de mar­chés d’ex­por­ta­tion, avec des pays aux sa­laires moins éle­vés comme le Viet­nam, le Cam­bodge et le Ban­gla­desh. Une troi­sième dif­fi­cul­té ma­jeure concerne les hommes ne pou­vant se ma­rier. Du fait des nais­sances ex­ces­sives de gar­çons consé­cu­tives aux avor­te­ments sé­lec­tifs ba­sés sur le sexe du bé­bé (bien qu’illé­gaux), sont nés ces der­nières an­nées jus­qu’à 15-20 % de plus de gar­çons que de filles. La Chine compte dé­jà au moins 30 mil­lions de gar­çons de trop et ce chiffre est ap­pe­lé à aug­men­ter. Se­lon cer­tains, la po­li­tique de l’en­fant unique a été « la pire er­reur po­li­tique de la Chine », dé­pas­sant en am­pleur les ca­tas­trophes pro­vo­quées par le Grand Bond en avant et la Ré­vo­lu­tion cultu­relle (8). La rai­son ne porte pas sur l’im­mense souf­france qu’elle a en­gen­drée, mais sur la dif­fi­cul­té du­rable de dé­pas­ser ses ef­fets. La Chine dé­couvre ac­tuel­le­ment ce que d’autres gou­ver­ne­ments ont dé­jà ap­pris : qu’il est au­tre­ment plus dif­fi­cile de mettre en oeuvre des po­li­tiques ame­nant les ci­toyens à avoir plus d’en­fants que de les dé­ter­mi­ner à en avoir moins. Et les nais­sances d’au­jourd’hui ne pro­dui­ront leurs pleins ef­fets que dans quelques di­zaines d’an­nées. La Chine est dé­jà confron­tée à un pro­fil dé­mo­gra­phique dé­for­mé par les 45 ans de li­mi­ta­tion obli­ga­toire des nais­sances et un pe­tit nombre de nais­sances sup­plé­men­taires au cours des pro­chaines an­nées ne pour­ra pas em­pê­cher les crises im­mi­nentes aux­quelles est ex­po­sé le pays du fait de ces longues pé­riodes de po­li­tiques dé­mo­gra­phiques mal­avi­sées.

Se­lon cer­tains, la po­li­tique de l’en­fant unique a été « la pire er­reur po­li­tique de la Chine », dé­pas­sant en am­pleur les ca­tas­trophes pro­vo­quées par le Grand Bond en avant et la Ré­vo­lu­tion cultu­relle.

Pho­to ci-des­sus : À la fin de l’an­née 2017, le nombre de Chi­nois de plus de 60 ans a dé­pas­sé les 241 mil­lions, soit17,3 % de la po­pu­la­tion to­tale. À l’ho­ri­zon 2050, le nombre de per­sonnes âgées de­vrait at­teindre un pic de 487 mil­lions de per­sonnes, soit 34,9 % de la po­pu­la­tion, ce qui consti­tue un réel dé­fi pour la so­cié­té et l’éco­no­mie chi­noises, car pa­ral­lè­le­ment, la po­pu­la­tion ac­tive pour­rait chu­ter de 23 % sur la même pé­riode. Se­lon cer­tains ob­ser­va­teurs, les po­li­tiques mises en place ne de­vraient pas em­pê­cher la Chine d’être « vieille avant d’être riche ». (© Shut­ter­stock/LP2 Stu­dio)

Pho­to ci-des­sus : La Chine fait ac­tuel­le­ment face à une pé­nu­rie d’en­vi­ron 30 mil­lions de femmes. Un mar­ché noir des épouses se dé­ve­loppe en consé­quence, et de nom­breuses jeunes filles sont kid­nap­pées ou ache­tées au Viet­nam, en Bir­ma­nie ou en In­do­né­sie. Au sein de la gé­né­ra­tion chi­noise née en 2010, on comp­tait 118 gar­çons pour 100 filles. Ce phé­no­mène – dû en Chine aux pra­tiques d’avor­te­ments sé­lec­tifs et d’in­fan­ti­cides liées à la po­li­tique de l’en­fant unique – se re­trouve éga­le­ment en Inde, au Pa­kis­tan, au Ban­gla­desh ou en Af­gha­nis­tan. (© Shut­ter­stock/Ma­ri­dav)

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