EN­TRE­TIEN Tran­si­tion éner­gé­tique et pol­lu­tion, deux en­jeux ma­jeurs pour la Chine

Les Grands Dossiers de Diplomatie - - Sommaire - En­tre­tien réa­li­sé par Tho­mas De­lage le 14/05/2018

En mars der­nier, le rap­port de l’Agence in­ter­na­tio­nale de l’Éner­gie ré­vé­lait que la Chine était le « lea­der in­con­tes­té de la créa­tion d’éner­gie re­nou­ve­lable » en 2017, en ayant pro­duit 40 % des nou­velles ca­pa­ci­tés d’éner­gie verte. Quels sont les ob­jec­tifs des au­to­ri­tés chi­noises en ma­tière de tran­si­tion éner­gé­tique, alors que cette der­nière se­rait vue comme une so­lu­tion pour lut­ter contre la pol­lu­tion, long­temps consi­dé­rée comme un dom­mage col­la­té­ral du mi­racle éco­no­mique chi­nois ?

M.-F. Re­nard et D. Cu­bi­zol : Il est d’abord im­por­tant de sou­li­gner qu’en Chine, la pol­lu­tion est ex­trê­me­ment im­por­tante et que les dé­gâts sont très graves. Tout est pol­lué : l’air, le sol et l’eau. La Chine a en ef­fet pri­vi­lé­gié le choix de la crois­sance éco­no­mique au dé­tri­ment de ce­lui de l’en­vi­ron­ne­ment. Il faut aus­si sa­voir qu’en Chine, la po­li­tique l’em­porte sou­vent sur la loi. Ce­la si­gni­fie que même si dans le pas­sé, un cer­tain nombre de lois ont été vo­tées pour pro­té­ger l’en­vi­ron­ne­ment (1), l’ab­sence de vo­lon­té po­li­tique ne per­met­tait pas le res­pect des lois. Pour com­prendre l’im­por­tance de cette di­men­sion po­li­tique, il faut connaître l’or­ga­ni­sa­tion ad­mi­nis­tra­tive de la Chine. Celle-ci re­pose sur une cen­tra­li­sa­tion po­li­tique et une dé­cen­tra­li­sa­tion éco­no­mique, chaque pro­vince ayant à sa tête un gou­ver­neur qui est nom­mé, ré­mu­né­ré et pro­mu par le gou­ver­ne­ment cen­tral. Les gou­ver­neurs sont es­sen­tiel­le­ment éva­lués en fonc­tion des ob­jec­tifs fixés par ce­lui-ci. Or, jus­qu’à pré­sent, l’ob­jec­tif prin­ci­pal était la crois­sance éco­no­mique. Pour sou­te­nir cette der­nière et at­teindre des ré­sul­tats, la Chine a beau­coup in­ves­ti, par­fois aux dé­pens de l’en­vi­ron­ne­ment. Il ne faut pas ou­blier non plus qu’il y a eu une grave crise éco­no­mique en 2007-2008, et que pour faire face à ses consé­quences, le gou­ver­ne­ment a pro­po­sé un plan de re­lance avec des in­ves­tis­se­ments ex­trê­me­ment im­por­tants en ma­tière d’in­fra­struc­tures, sans se sou­cier de la pol­lu­tion. C’est sur­tout à par­tir de son 13e plan quin­quen­nal (2016-2020) que Pé­kin a in­té­gré des ob­jec­tifs en­vi­ron­ne­men­taux dans l’éva­lua­tion des gou­ver­neurs.

Au­jourd’hui, les au­to­ri­tés chi­noises doivent faire face à une très forte pres­sion so­ciale concer­nant les dé­gâts en­vi­ron­ne­men­taux et la cor­rup­tion qui y est liée. En ef­fet, si la pol­lu­tion a été aus­si grave, c’est aus­si en rai­son d’une cor­rup­tion très im­por­tante, avec des per­sonnes qui ont par exemple ac­cep­té de l’ar­gent en échange de la va­li­da­tion d’in­ves­tis­se­ments très pol­luants ou de la fa­bri­ca­tion de pro­duits dan­ge­reux pour la san­té. Pour

faire face à ce­la, le gou­ver­ne­ment de Xi Jin­ping a donc mis en place un vaste plan de lutte contre une cor­rup­tion ga­lo­pante (2) – qui a en outre per­mis d’écar­ter cer­tains op­po­sants po­li­tiques – et dont la mise en place a per­mis d’amé­lio­rer l’état de l’en­vi­ron­ne­ment.

En in­té­grant des ob­jec­tifs en­vi­ron­ne­men­taux pour les gou­ver­neurs et en fai­sant la chasse à la cor­rup­tion, Pé­kin a en­voyé un si­gnal po­li­tique ex­trê­me­ment fort sur sa vo­lon­té de pro­cé­der à un chan­ge­ment en ma­tière de lutte contre la pol­lu­tion et d’en­ga­ger réel­le­ment une tran­si­tion éner­gé­tique. Ain­si, dans le cadre du 13e plan quin­quen­nal, qui couvre la pé­riode ac­tuelle, les ob­jec­tifs an­non­cés sont no­tam­ment une baisse de 40 % à 45 % de l’in­ten­si­té éner­gé­tique (émis­sions de CO par rap­port au PIB) en 2020 par rap­port à 2005. Cet ob­jec­tif est dé­jà at­teint, et il en existe un nou­veau concer­nant une di­mi­nu­tion de 60 % à 65 % d’ici 2030. Pé­kin a éga­le­ment pour ob­jec­tif de di­mi­nuer sa dé­pen­dance au char­bon. Pour les gaz à ef­fet de serre, la Chine a an­non­cé, dans le cadre des ac­cords de Pa­ris, un pic d’ici à 2030 avec un ob­jec­tif de di­mi­nu­tion au-de­là. À ce­la s’ajoute un re­trait gra­duel des vé­hi­cules les plus pol­luants, la construc­tion d’une ving­taine de gros ou­vrages hy­drau­liques, une mul­ti­pli­ca­tion par deux du parc nu­cléaire d’ici 2020 et la mise en place d’un mar­ché na­tio­nal du car­bone pour 2018.

Dans tous les do­maines, la Chine cherche donc main­te­nant à ré­duire sa dé­pen­dance aux éner­gies pol­luantes et à dé­ve­lop­per l’uti­li­sa­tion des éner­gies re­nou­ve­lables. Ce­la passe aus­si par l’édu­ca­tion du com­por­te­ment de la po­pu­la­tion, no­tam­ment vis-à-vis de l’uti­li­sa­tion de l’eau. La Chine veut au­jourd’hui réel­le­ment at­té­nuer les dé­gâts en­vi­ron­ne­men­taux et en­trer dans une phase de tran­si­tion éner­gé­tique.

Alors que la part des éner­gies fos­siles dans la pro­duc­tion d’élec­tri­ci­té chi­noise re­pré­sen­tait 73,5 % en 2017, les risques de dé­pen­dance éner­gé­tique in­citent les au­to­ri­tés chi­noises à ré­duire leurs im­por­ta­tions de pé­trole et de gaz, sou­vent ori­gi­naires de ré­gions in­stables po­ten­tiel­le­ment sources de me­naces pour la sé­cu­ri­té éner­gé­tique du pays. Dans quelle me­sure Pé­kin prend-il en compte les en­jeux d’in­dé­pen­dance éner­gé­tique, no­tam­ment dans le cadre de sa po­li­tique de tran­si­tion éner­gé­tique ?

Il faut dé­jà no­ter que ce type d’en­jeu se pré­pare sur le long terme. Mo­di­fier la dé­pen­dance éner­gé­tique, ce­la prend beau­coup de temps. La me­nace qui pèse sur la sé­cu­ri­té éner­gé­tique peut être com­pen­sée en di­ver­si­fiant les sources d’ap­pro­vi­sion­ne­ment. La Chine a in­ves­ti dans un très grand nombre de pays pro­duc­teurs de pé­trole pour jus­te­ment ne pas être trop dé­pen­dante d’un seul pays. En pa­ral­lèle, la sé­cu­ri­sa­tion des mers – qui se fait no­tam­ment dans le cadre des nou­velles routes de la soie [voir p. 48] – contri­bue aus­si à fa­ci­li­ter cette di­ver­si­fi­ca­tion né­ces­saire des sources d’ap­pro­vi­sion­ne­ment. Comme vous l’avez dit, un cer­tain nombre de pays sont in­stables, et Pé­kin es­père jus­te­ment qu’en in­ves­tis­sant chez ces der­niers, ce­la pour­ra contri­buer à les sta­bi­li­ser et donc du même coup per­mettre de sé­cu­ri­ser ses ap­pro­vi­sion­ne­ments.

L’in­dé­pen­dance éner­gé­tique n’étant ac­tuel­le­ment pos­sible que sur le long terme, Pé­kin doit donc avant tout, sur le court terme, pré­ser­ver ses im­por­ta­tions de ma­tières pre­mières. En­suite, sur le long terme, il existe deux pos­si­bi­li­tés : la mise en place d’éner­gies re­nou­ve­lables ou alors chan­ger le sys­tème en pas­sant par l’éco­lo­gie in­dus­trielle. L’éco­lo­gie in­dus­trielle concerne la mise en place d’un ré­seau d’en­tre­prises ( au ni­veau ré­gio­nal par exemple, comme au­tour de Guiyang dans le Guiz­hou) au sein du­quel des en­tre­prises vont uti­li­ser les dé­chets d’autres en­tre­prises comme ma­tières pre­mières pour leur pro­duc­tion. Ain­si ce re­cy­clage (éco­no­mie cir­cu­laire) li­mite consi­dé­ra­ble­ment les flux éner­gé­tiques et donc les be­soins en ma­tières pre­mières ain­si que la pol­lu­tion. La Chine est pas­sée au-de­là de l’ex­pé­ri­men­ta­tion dans ce do­maine, en met­tant en place en­vi­ron 200 ré­seaux de ce type. Son avance par rap­port aux autres pays est im­por­tante, et ce­la peut l’ame­ner – sur le long terme – à ac­qué­rir l’in­dé­pen­dance éner­gé­tique.

Quelles sont les prin­ci­pales fi­lières de l’éner­gie verte dé­ve­lop­pées par la Chine ?

De­puis plu­sieurs an­nées, la Chine in­ves­tit for­te­ment dans cer­tains sec­teurs par­ti­cu­liers de­vant per­mettre de li­mi­ter la pol­lu­tion. Par exemple, le pays a

Au­jourd’hui, les au­to­ri­tés chi­noises doivent faire face à une très forte pres­sion so­ciale concer­nant les dé­gâts en­vi­ron­ne­men­taux et la cor­rup­tion qui y est liée.

for­te­ment dé­ve­lop­pé les vé­hi­cules élec­triques, sec­teur dans le­quel elle a ac­quis un avan­tage non né­gli­geable et une avance consi­dé­rable par rap­port aux autres pays (3). Pé­kin mise aus­si for­te­ment sur les éo­liennes et le so­laire, dont elle est le pre­mier pro­duc­teur mon­dial de­puis 2014. C’est aus­si le cas sur le nu­cléaire avec une ving­taine de ré­ac­teurs en construc­tion et l’am­bi­tion af­fi­chée de pro­duire 6 % à 7 % de l’éner­gie du pays via le nu­cléaire. Pé­kin dé­ve­loppe en pa­ral­lèle de nom­breux pro­jets am­bi­tieux de bar­rages, sur le mo­dèle de ce­lui des Trois Gorges, qui ne sont ce­pen­dant pas sans consé­quence sur l’en­vi­ron­ne­ment. La Chine in­ves­tit aus­si dans les usines de trai­te­ment de com­bus­tibles nu­cléaires. En­fin, ce qui est peu mé­dia­ti­sé en France, la Chine dé­ve­loppe les villes « vertes » (4). Outre l’in­dé­pen­dance éner­gé­tique, quels sont les avan­tages que pour­rait ti­rer la Chine de sa po­si­tion de lea­der de l’éner­gie verte ? Les pro­duc­teurs chi­nois et leurs tech­no­lo­gies peuvent-ils pro­fi­ter de cette si­tua­tion par rap­port à leurs concur­rents étran­gers ?

Le pre­mier avan­tage pour la Chine concerne la san­té et la di­mi­nu­tion des dé­penses de san­té, qui sont for­te­ment im­pac­tées par la pol­lu­tion. Un autre avan­tage est la mon­tée en gamme de sa pro­duc­tion tech­no­lo­gique. Ce­la pour­rait per­mettre en ef­fet à la Chine d’ac­qué­rir une po­si­tion de lea­der, ce qui n’est pas vrai­ment le cas en­core au­jourd’hui – ex­cep­té dans cer­tains sec­teurs (5) – mal­gré les très nom­breux bre­vets qu’elle dé­pose. L’avan­tage pour les en­tre­prises chi­noises – contrai­re­ment à bon nombre de leurs concur­rentes –,est la pos­si­bi­li­té de bé­né­fi­cier d’éco­no­mies d’échelle dues à l’im­por­tance du mar­ché in­té­rieur chi­nois. La R&D coûte cher, et même si l’aide de l’État joue un rôle, les en­tre­prises chi­noises peuvent comp­ter dès le dé­but de leur dé­ve­lop­pe­ment sur un im­mense mar­ché, ce qui les rend ra­pi­de­ment com­pé­ti­tives au ni­veau des prix.

L’autre en­jeu concerne l’em­ploi. En ef­fet, alors que le pays perd des em­plois dans les sec­teurs tra­di­tion­nels, que Pé­kin doit en­core ré­for­mer les en­tre­prises d’État et que l’éco­no­mie du pays se tourne da­van­tage vers les ser­vices – moins créa­teurs d’em­plois –, les nou­velles tech­no­lo­gies et les sec­teurs de l’éner­gie verte peuvent consti­tuer un moyen de dé­ve­lop­per l’em­ploi. En­fin, cette tran­si­tion vers l’éner­gie verte per­met­tra à la Chine de ré­duire les coûts liés à l’im­por­ta­tion des res­sources éner­gé­tiques.

Cet at­trait de la Chine pour l’éner­gie re­nou­ve­lable est éga­le­ment lié à l’ob­jec­tif de Pé­kin de ré­duire la pol­lu­tion at­mo­sphé­rique, fruit de l’in­dus­tria­li­sa­tion ra­pide et mas­sive des deux der­nières dé­cen­nies. Quel est con­crè­te­ment l’état ac­tuel de la pol­lu­tion de l’air en Chine ?

L’Or­ga­ni­sa­tion mon­diale de la San­té (OMS) re­com­mande de ne pas dé­pas­ser une ex­po­si­tion à 25 mi­cro­grammes/m3 de par­ti­cules fines pen­dant plus de 24 h, ou alors de ne pas être ex­po­sé à plus de 10 mi­cro­grammes/m3 en moyenne par an. Or, en Chine, et en par­ti­cu­lier dans le Nord du pays, on peut avoir des pics de pol­lu­tion jus­qu’à 900 ou 1000 mi­cro­grammes/m3. La moyenne de la Chine est elle à 60 mi­cro­grammes/m3, soit lar­ge­ment au-des­sus des normes de l’OMS. La si­tua­tion est par­ti­cu­liè­re­ment ca­tas­tro­phique pour les villes du Nord du pays, où l’ac­ti­vi­té in­dus­trielle pol­luante (in­dus­trie lourde, cen­trales à char­bon) est plus im­por­tante. Mais il faut ce­pen­dant no­ter une ten­dance à l’amé­lio­ra­tion, avec une baisse de 32 % du taux de par­ti­cules fines dans le pays entre 2013 et 2017. Le nombre de jours de pol­lu­tion grave à Pé­kin est, lui, pas­sé de 58 en 2013 à 23 en 2017. La si­tua­tion est donc tou­jours cri­tique, mais elle est plus sa­tis­fai­sante. Comme la Chine est un État au­to­ri­taire, elle est en me­sure de prendre des me­sures as­sez ra­di­cales, comme celle de fer­mer cer­taines en­tre­prises (6). Ce­la se­rait as­sez dif­fi­cile à faire dans un autre pays.

Concer­nant le CO , les émis­sions chi­noises ont at­teint le ni­veau 2 des États-Unis en 2006, c’est-à-dire le double de l’Eu­rope, et re­pré­sentent ac­tuel­le­ment presque le double des émis­sions des États-Unis (en­vi­ron 10 000 mil­lions de tonnes par an).

Alors que l’at­ten­tion de la po­pu­la­tion a long­temps été fo­ca­li­sée sur les pro­blèmes de pol­lu­tion de l’air, un rap­port a été pu­blié en 2016 par les mé­dias chi­nois pour ti­rer la son­nette d’alarme concer­nant la qua­li­té de l’eau et la pol­lu­tion mas­sive des res­sources en eau po­table. Quid de l’état de cette pol­lu­tion liée no­tam­ment à la sur­ex­ploi­ta­tion agri­cole et in­dus­trielle ?

Il faut dif­fé­ren­cier plu­sieurs points. Il y a d’abord la sé­che­resse et la dé­ser­ti­fi­ca­tion, qui sont liées à la sur­ex­ploi­ta­tion agri­cole et in­dus­trielle. Il faut sa­voir qu’au­jourd’hui, en­vi­ron 13 % des lacs en Chine ont dis­pa­ru et de nom­breux fleuves s’as­sèchent pro­gres­si­ve­ment. Il y a en­suite le pro­blème d’ap­pro­vi­sion­ne­ment en eau de la po­pu­la­tion, en par­ti­cu­lier dans beau­coup de villes du Nord de la Chine. En­fin, il y a les pro­blèmes de pol­lu­tion de l’eau. Se­lon cer­taines éva­lua­tions, 40 % des res­sources de sur­face (ri­vières et lacs) et 60 % des nappes phréa­tiques se­raient pol­luées (7).

Se­lon cer­taines éva­lua­tions, 40 % des res­sources de sur­face (ri­vières et lacs) et 60 % des nappes phréa­tiques se­raient pol­luées.

Quelles sont les consé­quences de cette pol­lu­tion sur la po­pu­la­tion et sur l’éco­no­mie du pays ?

Les consé­quences sont es­sen­tiel­le­ment sa­ni­taires, mais elles sont as­sez dif­fé­rentes se­lon les pro­vinces et entre le Nord et le Sud du pays. Ain­si, l’im­pact sur l’en­vi­ron­ne­ment est par exemple lié à la plus ou moins grande consom­ma­tion de char­bon. Dans le Nord, où la consom­ma­tion de char­bon est éle­vée, ce­la a gé­né­ré des pro­blèmes res­pi­ra­toires très im­por­tants. Ce phé­no­mène a été ana­ly­sé par des études qui es­timent que la mor­ta­li­té due aux ma­la­dies car­dio-res­pi­ra­toires – au­jourd’hui très ré­pan­dues en Chine – fe­rait perdre cinq ans d’es­pé­rance de vie. Plus de 17 % des dé­cès en 2015 se­raient dus à la pol­lu­tion de l’air, ce qui est l’un des taux les plus éle­vés au monde, mais il est en di­mi­nu­tion par rap­port aux an­nées pré­cé­dentes (8). Une autre étude es­time le nombre de dé­cès dus à la pol­lu­tion de l’air à plus de 1,2 mil­lion par an (OCDE, The Cost of Air Pol­lu­tion, 2014). Mais comme nous ve­nons de le voir, si l’air est pol­lué, l’eau l’est aus­si, car la pol­lu­tion est gé­né­rale. L’eau du ro­bi­net est main­te­nant conta­mi­née par des mé­taux lourds qui sont des per­tur­ba­teurs en­do­cri­niens (à l’ori­gine de mul­tiples pa­tho­lo­gies : ré­duc­tion de la fer­ti­li­té, af­fai­blis­se­ment du sys­tème im­mu­ni­taire, liai­sons du sys­tème ner­veux, etc.). Cette pol­lu­tion de l’eau fait aus­si ap­pa­raître dans les cam­pagnes des « vil­lages du can­cer » (plu­sieurs cen­taines se­lon les au­to­ri­tés chi­noises), où les taux de can­cers et mal­for­ma­tions sont anor­ma­le­ment éle­vés et se trans­mettent entre gé­né­ra­tions. Il ne faut pas non plus né­gli­ger les consé­quences de la pol­lu­tion de l’eau sur la qua­li­té des ali­ments, qui se re­trouvent conta­mi­nés via l’ir­ri­ga­tion ou la pêche. Au-de­là de la po­pu­la­tion elle-même, la pol­lu­tion en Chine a des consé­quences glo­bales sur la bio­di­ver­si­té du pays : plus de 2000 es­pèces de faune et de flore ré­per­to­riées par la CITES se­raient en dan­ger d’ex­tinc­tion (9). En­fin, la lutte contre la pol­lu­tion a éga­le­ment une consé­quence éco­no­mique im­por­tante. Même s’il est très dif­fi­cile d’éva­luer l’im­pact éco­no­mique de la pol­lu­tion, une étude de la Banque mon­diale es­time que ce­lui-ci peut al­ler de 3,5 % à 8 % du PIB, ce qui est consi­dé­rable (10).

Les dé­gâts sont-ils ir­ré­mé­diables ?

C’est dif­fi­cile à dire. En de­hors des consé­quences sur la san­té, l’état de la pol­lu­tion de l’air peut as­sez ra­pi­de­ment s’amé­lio­rer avec la tran­si­tion éner­gé­tique et des po­li­tiques adap­tées. En re­vanche les dé­gâts liés à la dé­ser­ti­fi­ca­tion, la pol­lu­tion des eaux de sur­face et des nappes phréa­tiques, sont qua­si­ment ir­ré­ver­sibles. Ce qui est cer­tain, comme men­tion­né au-des­sus, c’est que le coût de la lutte contre la pol­lu­tion et ses consé­quences va être énorme.

Quelles sont les ré­ac­tions de la po­pu­la­tion face à ce fléau ? Est-ce au­jourd’hui leur pre­mière source d’in­quié­tude ?

La pol­lu­tion est cer­tai­ne­ment au­jourd’hui le prin­ci­pal pro­blème de la po­pu­la­tion chi­noise et les Chi­nois ma­ni­festent ré­gu­liè­re­ment dans le pays contre les dé­gâts en­vi­ron­ne­men­taux. Il y au­rait entre 75 000 et 180 000 ma­ni­fes­ta­tions par an liées à la pol­lu­tion (11). Comme la pol­lu­tion est sou­vent liée à des scan­dales im­pli­quant de la cor­rup­tion, c’est d’au­tant plus cho­quant pour la po­pu­la­tion. Il a en ef­fet été prou­vé qu’un cer­tain nombre de per­sonnes ont pris des dé­ci­sions ir­res­pon­sables, avec un ef­fet nui­sible sur la san­té de la po­pu­la­tion, pour des ques­tions d’ar­gent. Il y a éga­le­ment de nom­breux scan­dales ali­men­taires (conta­mi­na­tion aux pro­duits chi­miques et mé­taux lourds, manque de contrôle sa­ni­taire), nui­sant à la ré­pu­ta­tion de la pro­duc­tion chi­noise. Si les pro­duits ali­men­taires fran­çais sont po­pu­laires en Chine, c’est no­tam­ment en rai­son de leur ré­pu­ta­tion de qua­li­té.

Puisque le ni­veau de vie s’amé­liore, les gens sont d’au­tant plus sou­cieux de leur bien-être et de leur san­té (la Banque Mon­diale in­dique dans un rap­port de 2017 que les pertes en bien-être liées à la pol­lu­tion conti­nuent d’aug­men­ter en Chine) (12).

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