ANA­LYSE La conquête chi­noise de l’Afrique : le cas de l’im­plan­ta­tion des firmes chi­noises en Al­gé­rie

Les Grands Dossiers de Diplomatie - - Sommaire - Mous­ta­fa Ben­ber­rah

En à peine deux dé­cen­nies, la Chine est de­ve­nue le prin­ci­pal par­te­naire éco­no­mique de l’Afrique. Que ce soit pour les échanges com­mer­ciaux, le fi­nan­ce­ment d’in­fra­struc­tures ou l’aide au dé­ve­lop­pe­ment, au­cun autre pays ne s’y est en­ga­gé au­tant. À tra­vers l’exemple al­gé­rien, se me­sure plei­ne­ment l’am­pleur du rôle éco­no­mique de la Chine sur ce conti­nent, mais aus­si son am­bi­va­lence.

Par Mous­ta­fa Ben­ber­rah, doc­to­rant en science po­li­tique (Centre de re­cherche po­li­tique de la Sor­bonne - Centre eu­ro­péen de so­cio­lo­gie et de science po­li­tique, Uni­ver­si­té Pa­ris 1 Pan­théon-Sor­bonne), res­pon­sable du pôle arabe et membre édi­to­rial à Chaos In­ter­na­tio­nal (Centre d’études et de re­cherches trans­na­tio­na­listes).

Lors d’une tour­née afri­caine or­ga­ni­sée en jan­vier 2017 dans cinq pays (Ma­da­gas­car, Ni­gé­ria, Ré­pu­blique du Con­go, Tan­za­nie, Zam­bie), le mi­nistre chi­nois des Af­faires étran­gères, Wang Yi, a pré­ci­sé que les contrats éta­blis entre les firmes chi­noises et les États afri­cains entre dé­cembre 2015 et juillet 2016 avaient dé­pas­sé les 50 mil­liards de dol­lars amé­ri­cains (1). Ces ac­cords de coo­pé­ra­tion concernent prin­ci­pa­le­ment les pro­jets d’in­fra­struc­tures, les zones éco­no­miques spé­ciales (ZES) et les parcs in­dus­triels. Cette orien­ta­tion com­mer­ciale s’ins­crit dans la conti­nui­té de la po­li­tique an­non­cée par le pré­sident chi­nois Xi Jin­ping. Pen­dant le sixième FOCAC (Fo­rum on Chi­na-Afri­ca Coo­pe­ra­tion), te­nu à Jo­han­nes­burg en dé­cembre 2015, la Chine a an­non­cé qu’elle in­ves­ti­rait 60 mil­liards de dol­lars sur trois ans dans le dé­ve­lop­pe­ment de l’Afrique. Au­tant dire que la po­li­tique afri­caine de la Chine évo­lue d’une im­pli­ca­tion idéo­lo­gique vers une vi­sion prag­ma­tique fon­dée sur ses in­té­rêts éco­no­miques.

L’ac­cès aux res­sources et l’ou­ver­ture des mar­chés de­viennent ain­si un mo­teur du pro­ces­sus d’in­ter­na­tio­na­li­sa­tion de la puis­sance chi­noise. Cette stra­té­gie du « Going Out », adop­tée en 1999, ré­sulte des choix du gou­ver­ne­ment cen­tral et des ré­formes ins­ti­tu­tion­nelles mar­quées par une li­bé­ra­li­sa­tion pro­gres­sive de l’éco­no­mie. Pé­kin a dé­ve­lop­pé plu­sieurs mé­ca­nismes pour en­cou­ra­ger les in­ves­tis­se­ments di­rects à l’étran­ger (IDE),

di­ver­si­fier les pro­duits, amé­lio­rer la qua­li­té des pro­jets et pro­mou­voir la re­con­nais­sance in­ter­na­tio­nale du sa­voir-faire chi­nois (2). Des « pa­ckage deals » consis­tant à échan­ger des pres­ta­tions de ser­vices réa­li­sées dans le BTP contre un ac­cès pri­vi­lé­gié à des res­sources na­tu­relles sont éga­le­ment pro­po­sés à des pays comme le Con­go ou le Gha­na. En outre, le dé­par­te­ment de l’aide à l’étran­ger du MOFCOM (mi­nis­tère du Com­merce) et le mi­nis­tère des Af­faires étran­gères pro­posent des sub­ven­tions et prêts à taux zé­ro ou pré­fé­ren­tiels sur le bud­get de l’aide ex­té­rieure de la Chine. La construc­tion de pro­jets à va­leur sym­bo­lique comme le siège de l’Union afri­caine à Ad­dis-Abe­ba, et de ser­vices sa­ni­taires ou lo­ge­ments so­ciaux, sont éga­le­ment des ou­tils de ce soft po­wer chi­nois (3). En­fin, la mul­ti­pli­ca­tion des som­mets ré­gio­naux tels le FOCAC s’ins­crit dans cette lo­gique de coo­pé­ra­tion, tout en ser­vant le vaste pro­jet de re­lance de la « route de la soie ». No­tons que plus de la moi­tié des in­ves­tis­se­ments pré­vus par la Chine dans le cadre de ces nou­velles routes sont consa­crés à l’Afrique. Ain­si des pays tels que le Ke­nya, l’Éthio­pie et Dji­bou­ti pro­fi­te­ront-ils du fi­nan­ce­ment chi­nois pour la construc­tion de ports, voies fer­rées et routes (4).

Les firmes chi­noises ont pro­fi­té de toutes ces me­sures pour ac­croître leur com­pé­ti­ti­vi­té et s’ins­tal­ler en Afrique, voire pour se dé­lo­ca­li­ser. Elles ont bé­né­fi­cié de prêts conces­sion­nels at­tri­bués par des banques d’in­ves­tis­se­ment éta­tiques comme l’Exim Bank (5). Elles ont su dé­ve­lop­per leurs com­pé­tences grâce aux po­li­tiques de re­cherche-dé­ve­lop­pe­ment (6). Ces opé­ra­teurs éco­no­miques chi­nois as­su­re­raient au­jourd’hui 12 % de la pro­duc­tion in­dus­trielle en Afrique, dont les re­ve­nus to­taux sont es­ti­més à 500 mil­liards de dol­lars (7). Plus de 10 000 en­tre­prises chi­noises opèrent sur le conti­nent, dont 90 % de­meurent pri­vées. Leurs re­ve­nus dans cette ré­gion pour­raient croître de 144 % et at­teindre 440 mil­liards de dol­lars d’ici 2025. Elles do­minent cer­tains sec­teurs tels ce­lui des in­fra­struc­tures, où elles dé­tiennent en moyenne plus de 50 % des mar­chés. Com­ment ne pas voir dans ces don­nées la forte dé­pen­dance afri­caine en­vers la Chine dont elles té­moignent ?

Dans ce contexte, éga­le­ment mar­qué par le désen­ga­ge­ment des par­te­naires oc­ci­den­taux, les re­la­tions si­no-al­gé­riennes ap­pa­raissent par­ti­cu­liè­re­ment re­pré­sen­ta­tives de l’in­té­rêt crois­sant de Pé­kin pour le conti­nent (8). En ef­fet, les échanges entre les deux pays s’avèrent en pleine ex­pan­sion de­puis les an­nées 2000. La Chine est de­ve­nue le pre­mier four­nis­seur de l’Al­gé­rie de­puis 2013, avec 6,82 mil­liards de dol­lars d’im­por­ta­tions (+14,33 % par rap­port à 2012) (9), dé­trô­nant pour la pre­mière fois la France. L’Al­gé­rie re­pré­sente la pre­mière des­ti­na­tion afri­caine de la dia­spo­ra chi­noise, qui y compte plus de 90 000 tra­vailleurs sous contrats et en­tre­pre­neurs en 2016. En­fin, les groupes chi­nois de BTP do­minent le mar­ché lo­cal, réa­li­sant une part im­por­tante des contrats pour une va­leur de plus de trente mil­liards de dol­lars.

La di­ver­si­fi­ca­tion des stra­té­gies en­tre­pre­neu­riales Les trans­for­ma­tions struc­tu­relles des firmes chi­noises

La Chine a réus­si à pé­né­trer le mar­ché lo­cal car elle a su ré­pondre aux be­soins de l’Al­gé­rie. Dé­sor­mais, elle contri­bue ef­fi­ca­ce­ment à l’aug­men­ta­tion de son PIB (es­ti­mé à 15 000 dol­lars an­nuels par ha­bi­tant par la Banque mon­diale). En con­tre­par­tie, l’Al­gé­rie consti­tue un mar­ché d’en­vi­ron 41 mil­lions de consom­ma­teurs et un four­nis­seur pri­vi­lé­gié de ma­tières pre­mières. Par ailleurs, elle offre à Pé­kin un sou­tien di­plo­ma­tique sur la scène in­ter­na­tio­nale. On le voit ain­si, l’im­plan­ta­tion des en­tre­prises chi­noises en Al­gé­rie re­lève de la di­plo­ma­tie éco­no­mique de la Chine. Rap­pe­lons en­core à cet égard les « liens fra­ter­nels » qui unissent les deux pays de­puis la confé­rence de Ban­dung en 1955 (10). De plus, la Ré­pu­blique po­pu­laire de Chine est le pre­mier pays non arabe à avoir re­con­nu le gou­ver­ne­ment pro­vi­soire en 1958, puis l’in­dé­pen­dance de l’Al­gé­rie dès 1962 (11). Quant à l’Al­gé­rie, elle a tou­jours sou­te­nu le prin­cipe One-Chi­na se­lon le­quel Taï­wan n’existe pas en tant qu’État. Cet ac­ti­visme di­plo­ma­tique s’est ac­com­pa­gné de plu­sieurs ré­formes éta­tiques. Après avoir ré­in­té­gré la Banque mon­diale en 1980, la Chine adhère à la Banque afri­caine de dé­ve­lop­pe­ment en 1985, ce qui ouvre les mar­chés in­ter­na­tio­naux et per­met à ses firmes de par­ti­ci­per aux ap­pels d’offres. Pen­dant les an­nées 1990, une mo­di­fi­ca­tion de l’aide pour le dé­ve­lop­pe­ment a été en­tre­prise afin de privilégier le re­tour sur in­ves­tis­se­ment. Les com­pa­gnies sous l’au­to­ri­té di­recte de mi­nis­tères ou de pro­vinces ont été trans­for­mées en so­cié­tés in­dé­pen­dantes, bien que leurs ca­pi­taux de­meurent pu­blics. Elles sont de­ve­nues res­pon­sables de leur chiffre d’af­faires. Plu­sieurs ou­tils de fi­nan­ce­ment ont été créés par la suite dans le but d’ac­com­pa­gner et de sou­te­nir cette stra­té­gie d’in­ter­na­tio­na­li­sa­tion.

Plus de 10 000 en­tre­prises chi­noises opèrent sur le conti­nent afri­cain, dont 90 % de­meurent pri­vées. Leurs re­ve­nus dans cette ré­gion pour­raient croître de 144 % et at­teindre 440 mil­liards de dol­lars d’ici 2025.

Cette pé­né­tra­tion éco­no­mique ouvre la voie au ren­for­ce­ment et à la di­ver­si­fi­ca­tion de la pré­sence chi­noise en Al­gé­rie dans les an­nées 2000 avec l’adop­tion de plu­sieurs plans de re­lance éco­no­mique fi­nan­cés par la rente pé­tro­lière.

La pres­ta­tion de ser­vice au dé­tri­ment de l’IDE

S’agis­sant de l’in­ves­tis­se­ment di­rect étran­ger (IDE), la Chine oc­cupe une faible place à l’échelle in­ter­na­tio­nale. En 2014, le stock des IDE chi­nois en Afrique ne re­pré­sen­tait que 2,6 % du to­tal chi­nois et 0,2 % du stock mon­dial. Dans cette confi­gu­ra­tion, l’Al­gé­rie a bé­né­fi­cié de 20,7 % (666 mil­lions de dol­lars) du to­tal des IDE chi­nois al­loué à l’Afrique (12). No­tons qu’après le pic de 2013, l’in­ves­tis­se­ment chi­nois en Afrique a di­mi­nué les deux an­nées sui­vantes avec une chute de 12 %. Dans ce contexte, l’Al­gé­rie a re­çu 210 mil­lions de dol­lars en 2015. La même an­née, le site du MOFCOM re­cen­sait cent pro­jets d’in­ves­tis­se­ments im­pli­quant 82 groupes chi­nois dans ce pays. Ces ac­teurs in­ter­viennent prin­ci­pa­le­ment dans la pros­pec­tion, le lob­bying, le ser­vice aux en­tre­prises (37 %), la construc­tion (30 %), le com­merce (12 %), l’ex­ploi­ta­tion mi­nière (13 %) et la pro­duc­tion ma­nu­fac­tu­rière (5 %).

Si les échanges com­mer­ciaux entre la Chine et l’Al­gé­rie pro­gressent, l’im­plan­ta­tion des firmes chi­noises prend da­van­tage la forme de pres­ta­tions de ser­vice que d’in­ves­tis­se­ments di­rects. En ef­fet, la dé­fi­ni­tion des IDE adop­tée par les or­ga­ni­sa­tions in­ter­na­tio­nales sup­pose qu’un in­ves­tis­seur dé­tienne la pro­prié­té de 10 % ou plus des ac­tions ou droits de vote d’une en­tre­prise. Par consé­quent, ces en­ti­tés ne peuvent être consi­dé­rées à pro­pre­ment par­ler comme des in­ves­tis­seurs car elles ne de­viennent ni pro­prié­taires, ni même dé­ten­trices de droits d’ex­ploi­ta­tion. En fait, les dif­fé­rents types de contrats de réa­li­sa­tion des pro­jets de construc­tion re­lèvent plus de la conces­sion que de l’in­ves­tis­se­ment. Sans comp­ter que les en­tre­prises ne font gé­né­ra­le­ment pas ap­pel à leurs fonds propres.

Certes, il existe des contrats de par­te­na­riat qui im­pliquent de vé­ri­tables in­ves­tis­se­ments di­rects comme la co­en­tre­prise ( joint-ven­tures). À cet égard, ci­tons l’as­so­cia­tion de la SINOPEC (75 %) et la SO­NA­TRACH (25 %) si­gnée en 2002 pour l’ex­ploi­ta­tion du gi­se­ment de Zar­zaï­tine, et aus­si celle de la CNPC (70 %) et de la SO­NA­TRACH (30 %), va­li­dée en 2004 pour ex­ploi­ter la raf­fi­ne­rie d’Adrar. En­fin, cer­tains in­ves­tis­se­ments peuvent être as­su­més seuls par les ma­jors chi­noises de taille mo­deste et sous tu­telle du gou­ver­ne­ment al­gé­rien. En l’oc­cur­rence, il s’agit sou­vent de pro­jets moyens et non stra­té­giques (13). Dans cette confi­gu­ra­tion, la po­li­tique des firmes cen­trales, à ca­pi­taux pu­blics et sous tu­telle du gou­ver­ne­ment chi­nois, tra­duit l’orien­ta­tion de Pé­kin qui as­pire à de nou­veaux mar­chés pour ses pro­duits et ses ser­vices en Al­gé­rie.

La mise en cause d’un par­te­na­riat « ga­gnant-ga­gnant » La re­va­lo­ri­sa­tion du made in Chi­na

De­puis son ou­ver­ture, la Chine s’est in­ves­tie sur le plan lo­cal et à l’in­ter­na­tio­nal pour pro­mou­voir le dé­ve­lop­pe­ment « SudSud ». Ce­pen­dant, cette ligne po­li­tique a été bat­tue en brèche par une per­cep­tion né­ga­tive de ses pro­duits et de ses opé­ra­teurs. En ef­fet, les en­tre­prises chi­noises sont sou­vent as­so­ciées à des pro­duits de mau­vaise qua­li­té et à la cor­rup­tion (14). Cette re­pré­sen­ta­tion est lar­ge­ment re­layée par les mé­dias oc­ci­den­taux, mais elle existe aus­si dans les pays hôtes.

Les au­to­ri­tés chi­noises ont donc été contraintes de re­struc­tu­rer le pays pour pou­voir re­va­lo­ri­ser leurs in­ter­ven­tions. Ain­si, en l’es­pace de vingt ans, le pays est pas­sé d’une éco­no­mie fer­mée, pla­ni­fiée, do­mi­née par l’agri­cul­ture et l’in­dus­trie lourde, à une éco­no­mie ou­verte, sti­mu­lée par les IDE en­trants, l’in­for­ma­tion et le sa­voir (15). Au point que la Chine peut dé­sor­mais se po­ser en lea­der mon­dial de la pro­duc­tion d’équi­pe­ments élec­tro­niques et de gad­gets high-tech. Par ailleurs, elle a ré­orien­té et den­si­fié sa po­li­tique d’aide au dé­ve­lop­pe­ment afin d’amé­lio­rer son image au­près de ses par­te­naires. Pour illus­trer cette lo­gique de coo­pé­ra­tion, men­tion­nons à cet égard la construc­tion de l’opé­ra dans la ca­pi­tale al­gé­rienne, qu’elle a of­fert en 2016 pour un coût to­tal de 30 mil­lions d’eu­ros. Dans la même pers­pec­tive, les firmes chi­noises de BTP par­ti­cipent ac­ti­ve­ment à la construc­tion de pro­jets à va­leur sym­bo­lique et so­ciale, comme la Grande Mos­quée d’Al­ger ou les mil­liers de

lo­ge­ments so­ciaux dans le pays. La conjonc­tion de tous ces élé­ments a fi­na­le­ment conduit le consom­ma­teur al­gé­rien à mieux ac­cep­ter le made in Chi­na. Ce­pen­dant, une telle évo­lu­tion ne suf­fit pas à elle seule pour éli­mi­ner toutes les cri­tiques de cette stra­té­gie d’in­ter­na­tio­na­li­sa­tion aus­si bien en Chine que chez ses par­te­naires.

La né­ces­saire adap­ta­tion aux contraintes lo­cales

L’im­plan­ta­tion des en­tre­prises chi­noises en Al­gé­rie a ren­con­tré plu­sieurs cri­tiques re­layées par la presse lo­cale et in­ter­na­tio­nale. En ef­fet, ces firmes sont sou­vent ac­cu­sées d’en­freindre la règlementation lo­cale. On leur re­proche le non-res­pect des dé­lais de réa­li­sa­tion et des normes conven­tion­nelles ain­si que la qua­li­té mé­diocre de leurs pro­duits qui se ré­vèlent par­fois même dan­ge­reux. On cri­tique éga­le­ment l’im­por­tante pré­sence des ou­vriers chi­nois, dans un pays qui souffre pour­tant d’un chô­mage en­dé­mique des jeunes de 16-24 ans, es­ti­mé à 28,3 % se­lon les chiffres pu­bliés en 2017 par l’Of­fice na­tio­nal des sta­tis­tiques (16). En­fin, on dé­nonce le dés­équi­libre de la ba­lance com­mer­ciale ain­si que l’ab­sence de trans­ferts de tech­no­lo­gie et d’in­ves­tis­se­ments réels de la part des en­tre­pre­neurs chi­nois. L’im­pli­ca­tion de cer­tains groupes dans des scan­dales de cor­rup­tion ac­cen­tue en­core cette ten­dance. Ces ten­sions se concré­tisent dans des al­ter­ca­tions ré­gu­lières entre com­mer­çants chi­nois et clients al­gé­riens, la plus si­gni­fi­ca­tive res­tant celle de 2009 à Bab Ez­zouar, dans la ban­lieue al­gé­roise.

Afin de ré­pondre à ces re­proches, le gou­ver­ne­ment chi­nois sou­tient la di­ver­si­fi­ca­tion des ac­ti­vi­tés en Al­gé­rie. C’est pour­quoi les res­pon­sables po­li­tiques et éco­no­miques des deux pays ont ex­pri­mé leur vo­lon­té d’étendre les échanges à de nou­veaux do­maines tels que l’agri­cul­ture, l’au­to­mo­bile, les éner­gies, la san­té et les ser­vices. En outre, les quo­tas por­tant sur la maind’oeuvre et les ma­tières pre­mières lo­cales sont re­la­ti­ve­ment res­pec­tés par les firmes chi­noises. Celles-ci in­ter­viennent de plus en plus hors de leur coeur de mé­tier en uti­li­sant des fi­liales, ou des fi­liales de fi­liales, afin de ré­pondre aux be­soins di­vers. Men­tion­nons à titre d’exemple les deux com­pa­gnies cen­trales, la CITIC (ges­tion fi­nan­cière) et la CRCC (ré­seaux fer­ro­viaires à l’ori­gine mi­li­taires) char­gées de la réa­li­sa­tion d’un tron­çon de l’au­to­route Est-Ouest.

Ain­si, le cas al­gé­rien montre qu’à l’ave­nir, la stra­té­gie de la Chine dite du Go Glo­bal ou Going Out de­vra prendre en consi­dé­ra­tion les contraintes bi­la­té­rales dans leur en­semble, ain­si que la com­pé­ti­ti­vi­té de ses par­te­naires eu­ro­péens et amé­ri­cains. Les ac­teurs chi­nois de­vront éga­le­ment com­po­ser avec leurs ho­mo­logues turcs et in­diens qui oc­cupent une place ac­crue dans les échanges avec l’Al­gé­rie, et plus glo­ba­le­ment avec le conti­nent afri­cain.

(© Xin­hua/Mi­chael Te­welde)

Pho­to ci-des­sus : Des ou­vriers tra­vaillent dans une usine chi­noise de chaus­sures, à 40 ki­lo­mètres d’Ad­dis-Abe­ba, ca­pi­tale de l’Éthio­pie. Ce pays– qui de­puis 2000 a été le deuxième bé­né­fi­ciaire des prêts chi­nois en Afrique pour un mon­tant to­tal de 12,3 mil­liards de dol­lars – consti­tue au­jourd’hui l’un des meilleurs exemples de l’in­té­rêt de la Chine pour les mar­chés afri­cains, en par­ti­cu­lier pour ses ma­nu­fac­tu­riers et ses en­tre­prises de construc­tion.

(© Xin­hua)

Pho­to ci-des­sus : Chan­tier du pont Ma­pu­toCa­tembe qui se­ra, à terme, le plus long pont sus­pen­du d’Afrique. Il est construit par une com­pa­gnie chi­noise et fi­nan­cé par un prêt chi­nois. Entre 2000 et 2014, laChine au­rait in­ves­ti plus de 2,28 mil­liards de dol­lars dans les in­fra­struc­tures du Mozambique.

(© Shut­ter­stock/cor­laf­fra)

Pho­to ci-des­sus : Se­lon un son­dage réa­li­sé par Afro­ba­ro­me­ter en 2016 dans 38 pays, 63 % des Afri­cains consi­dèrent l’in­fluence chi­noise comme « plu­tôt » ou « très » po­si­tive.

(© Xin­hua)

Pho­to ci-contre : Pho­to de groupe au siège de l’Union Afri­caine (UA). Alors que la Chine of­frait en jan­vier 2012 un nou­veau siège de 200 mil­lions de dol­lars à l’UA, sym­bo­li­sant la mon­tée en puis­sance chi­noise sur le conti­nent, des in­for­ma­ti­ciens ont dé­cou­vert en jan­vier 2017 que le bâ­ti­ment en­tiè­re­ment équi­pé par les Chi­nois pré­sen­tait no­tam­ment deux failles in­for­ma­tiques per­met­tant un ac­cès dis­cret à l’in­té­gra­li­té des échanges et des pro­duc­tions in­ternes de l’or­ga­ni­sa­tion. Les au­to­ri­tés de l’UA es­timent ain­si que tous les conte­nus sen­sibles ont pu être es­pion­nés par Pé­kin, à qui ils at­tri­buent la gi­gan­tesque fuite de don­nées avé­rée entre 2012 et 2017. Des me­sures ont de­puis lors été prises pour ren­for­cer la cy­ber­sé­cu­ri­té des ins­tal­la­tions.

(© AFP/Stringer)

Pho­to ci-des­sus : Le 14 juin 2015, des ou­vriers chi­nois tra­vaillent sur le chan­tier de la Grande Mos­quée d’Al­ger – ap­pe­lée à de­ve­nir la plus grande mos­quée d’Afrique et la troi­sième au monde –, construite par l’en­tre­prise chi­noise CSCEC. Si la li­vrai­son de cette mos­quée était pré­vue pour 2015, les re­tards et pro­blèmes qui s’ac­cu­mulent au­raient dou­blé ou tri­plé son coût, et re­pous­sé son inau­gu­ra­tion à une date pour le mo­ment es­ti­mée « avant 2019 ».

(© Xin­hua)

Pho­to ci-des­sus : Le 8 mai 2018, le Pre­mier mi­nistre al­gé­rien,Ah­med Ouya­hia (à droite), vi­site la 51e Foire in­ter­na­tio­nale d’Al­ger en com­pa­gnie de l’am­bas­sa­deur chi­nois, dont le pays, fort de ses 58 en­tre­prises pré­sentes, est l’in­vi­té d’hon­neur.

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