ANA­LYSE Les océans, el­do­ra­do éco­no­mique de de­main ?

Les Grands Dossiers de Diplomatie - - Sommaire - An­dré Lou­chet

Les rêves de ri­chesse liés à des zones in­ex­plo­rées ont tou­jours han­té l’ima­gi­naire des hommes. Après l’ivresse sus­ci­tée par la conquête spa­tiale, vient celle de la dé­cou­verte des fonds ma­rins. Tout comme pour l’es­pace, ce songe col­lec­tif océa­nique est por­té par trois forces : le ver­tige de l’ex­plo­ra­tion, la soif de connais­sances scien­ti­fiques et l’es­poir de re­tom­bées éco­no­miques.

On trouve deux fa­çons d’en­vi­sa­ger les ri­chesses po­ten­tielles de l’océan : d’un cô­té, une mer sté­rile, lieu du si­lence et du froid, illus­trée par les vers cé­lèbres d’Ho­mère : « Ulysse, re­gar­dant vers la mer in­fé­conde, ver­sant des pleurs »( Odys­sée, Chant 1), tan­dis qu’à l’op­po­sé, dans le mer­veilleux ta­bleau de Bot­ti­cel­li, La Nais­sance de Vé­nus, la mer semble of­frir à l’hu­ma­ni­té à la fois ri­chesse et beau­té.

Ain­si, la vi­sion que nous avons de la mer dans son en­semble peut par­fois pa­raître pa­ra­doxale : l’émer­gence d’un nou­vel es­pace co­lo­ni­sable sus­cite bien des convoi­tises, mais le monde ma­rin se­ra-til vrai­ment l’el­do­ra­do de de­main ?

L’el­do­ra­do ma­rin : subs­ti­tut ou com­plé­ment de l’el­do­ra­do ter­restre ?

L’as­pect fi­nan­cier, sou­li­gné par l’ad­jec­tif « éco­no­mique », uti­li­sé dans l’ex­pres­sion de « zone éco­no­mique ex­clu­sive » (ZEE), est la no­tion car­di­nale de toute ré­flexion contem­po­raine sur l’océan. On est en droit de se de­man­der pour quelle rai­son elle a été pré­fé­rée à toute autre, par exemple « zone stra­té­gique ex­clu­sive », « zone com­mer­ciale ex­clu­sive » ou « zone mi­li­taire ex­clu­sive ».

Il est lo­gique de pen­ser qu’à l’im­men­si­té de l’océan mon­dial (360 mil­lions de ki­lo­mètres car­rés, soit 71 % de la sur­face du globe et sur­tout 1320 mil­lions de ki­lo­mètres cubes d’eau) doit cor­res­pondre une im­men­si­té de res­sources dis­po­nibles, tant dans le do­maine du vi­vant que dans le do­maine des ma­tières inertes. Le XXe siècle avait re­pré­sen­té une étape fon­da­men­tale, car la fron­tière entre le conti­nent et l’océan a été fran­chie par

une pre­mière res­source éner­gé­tique : les hy­dro­car­bures. Le XXIe siècle se­ra-t-il ce­lui des mi­ne­rais sous-ma­rins ? No­dules, en­croû­te­ments, sul­fures, terres « rares » (1) sont dé­sor­mais les ob­jec­tifs avoués de la conquête des fonds ma­rins les plus di­rec­te­ment ac­ces­sibles. Une im­mense pa­lette de pro­duits d’ori­gine ma­rine – sel, co­quillages, sable, pé­trole et gaz, mi­ne­rais, phos­phates – font par­tie de cette pa­no­plie. Bien d’autres res­sources s’y ajoutent dé­sor­mais, comme l’éner­gie di­recte, qu’elle soit ma­ré­mo­trice ou ma­ré­ther­mique. La ma­tière vi­vante elle-même n’est pas étran­gère à cette quête : colles, co­lo­rants, algues, ambre gris, huile, mo­lé­cules à usage phar­ma­ceu­tique ont fait ou font par­tie de l’ex­tra­or­di­naire ca­ta­logue des res­sources dis­po­nibles.

Dans cet in­ven­taire, il est né­ces­saire de faire un tri. De très nom­breuses res­sources, consi­dé­rées par le pas­sé comme es­sen­tielles, sont main­te­nant re­lé­guées au rang d’ac­ces­soire ou de cu­rio­si­té his­to­rique. Ain­si le sel, ma­tière in­dis­pen­sable pour la conser­va­tion comme pour l’ali­men­ta­tion, a per­du beau­coup de sa va­leur de­puis l’in­ven­tion de la ré­fri­gé­ra­tion. Le pourpre ti­ré du co­quillage mu­rex (ou pourpre de Tyr) n’a plus d’in­té­rêt qu’-ar­chéo­lo­gique. Les co­quillages (nacre, dé­co­ra­tion, ou­tils) n’ont plus qu’une uti­li­té dé­co­ra­tive de­puis l’ar­ri­vée des bou­tons de che­mise en plas­tique, même si les perles du golfe Per­sique ou de Cey­lan gardent leur in­té­rêt com­mer­cial.

Le sable pour la construc­tion, les gra­viers (en pla­cers) ont tou­jours leur in­té­rêt, mais le com­merce du co­rail est sé­vè­re­ment ré­gle­men­té. Les fa­nons de ba­leine, élé­ments in­dis­pen­sables pour la fa­bri­ca­tion des pa­ra­pluies et des cor­sets (!) jus­qu’au dé­but du XXe siècle, ne sont plus qu’un sou­ve­nir. À l’op­po­sé et ti­rant son épingle du jeu, le pé­trole a vu à la fin du XXe siècle son prix aug­men­ter à la suite des conflits au Moyen-Orient, ce qui a jus­ti­fié l’ac­cé­lé­ra­tion des re­cherches off­shore et « deep off­shore ». Ce­la ne si­gni­fie pas pour au­tant qu’écu­mer l’océan n’ait plus qu’un in­té­rêt mar­gi­nal, bien au contraire. Reste que l’ac­ces­si­bi­li­té à ces res­sources n’a été pos­sible qu’à la fa­veur d’une triple ré­vo­lu­tion, tech­no­lo­gique, scien­ti­fique et ju­ri­dique.

Une triple ré­vo­lu­tion Une ré­vo­lu­tion tech­no­lo­gique

Jus­qu’à l’époque contem­po­raine, l’homme ne s’était at­tar­dé que dans la pel­li­cule su­per­fi­cielle de l’océan, soit en apnée (2), en sca­phandre lourd ou sim­ple­ment par la pêche ou la chasse ma­rine. Les vrais pro­grès sont contem­po­rains : la plon­gée « à vif », grâce à l’in­ven­tion du sca­phandre au­to­nome (1943), fait at­teindre des pro­fon­deurs de l’ordre de 80 mètres. Des mé­langes res­pi­ra­toires tels que le tri­mix (oxy­gène, hé­lium et azote) per­mettent, dans des condi­tions très dif­fi­ciles, de dé­pas­ser les 200 mètres (les 500 mètres n’étant at­teints que de fa­çon très ex­pé­ri­men­tale grâce à la mé­de­cine hy­per­bare). Les plon­gées par en­gins sub­mer­sibles, soit pi­lo­tés, soit au­to­nomes, ont per­mis d’at­teindre en 1934 la pro­fon­deur de 923 mètres (Dr William Beebe), en 1948 celle 3000 mètres (Pr Au­guste Pic­card), et en 1960 la pro­fon­deur ex­trême de 10 916 mètres (Jacques Pic­card et Don Walsh), re­cord bat­tu très ré­cem­ment par James Ca­me­ron (en­vi­ron 10 998 mètres en 2012). Au-de­là des re­cords, ces ex­pé­riences ont per­mis de re­con­naître la na­ture des fonds ma­rins et no­tam­ment de dé­cou­vrir des sources hy­dro­ther­males en 1977 et la vie qui y est as­so­ciée, bou­le­ver­sant le dogme d’une vie im­pos­sible sans pho­to­syn­thèse. Une longue route reste ce­pen­dant à par­cou­rir pour per­mettre une ex­ploi­ta­tion des ri­chesses sous-ma­rines pro­fondes, le froid, l’obs­cu­ri­té et, sur­tout, la pres­sion étant des obs­tacles re­dou­tables.

Une ré­vo­lu­tion des sciences pures

L’an­née 1968 marque une date es­sen­tielle. À la suite des tra­vaux de We­ge­ner ( Die Ents­te­hung der Kon­ti­nente und Ozeane, 1915, théo­rie de la « dé­rive des conti­nents »), puis de R. S. Dietz (1961) et H. H. Hess (1962, théo­rie de l’ex­pan­sion océa­nique), il re­vient à F. Vine & D. Mat­thews (1963) puis à X. Le Pi­chon (1968) de pou­voir res­ti­tuer la chro­no­lo­gie de l’ou­ver­ture océa­nique (théo­rie de la tec­to­nique des plaques), confir­mant par là – tout en la mo­di­fiant – la théo­rie ré­vo­lu­tion­naire de We­ge­ner. L’océan ap­pa­raît ain­si comme la par­tie la plus jeune de l’écorce ter­restre, s’agran­dis­sant à par­tir des dor­sales mé­dio-océa­niques dites zones d’ac­cré­tion (3 ki­lo­mètres car­rés par an). Les fonds ma­rins four­nissent la clé de la com­pré­hen­sion gé­né­rale de l’ar­chi­tec­ture de la pla­nète.

Géo­gra­phi­que­ment, deux sec­teurs re­cèlent l’es­sen­tiel des res­sources mi­né­rales : les zones d’ac­cré­tion de part et d’autre des dor­sales, tré­sor mé­tal­lique par ex­cel­lence, et les marges conti­nen­tales, dont les bas­sins sé­di­men­taires sous-ma­rins hé­bergent les pré­cieux hy­dro­car­bures. Il s’agit de deux « pro­vinces » océa­niques fon­da­men­ta­le­ment dif­fé­rentes. Si les pre­mières se si­tuent en gé­né­ral en haute mer et donc en ju­ri­dic­tion

Une longue route reste à par­cou­rir pour per­mettre une ex­ploi­ta­tion des ri­chesses sous-ma­rines pro­fondes, le froid, l’obs­cu­ri­té et, sur­tout, la pres­sion étant des obs­tacles re­dou­tables.

in­ter­na­tio­nale, les se­condes sont le plus sou­vent in­cluses dans les ZEE ; d’où des conflits d’in­té­rêt et de dé­li­mi­ta­tion des fron­tières. L’in­com­pa­ti­bi­li­té des deux lo­ca­li­sa­tions est fla­grante. Les évents vol­ca­niques des dor­sales océa­niques, ori­gine de sites mé­tal­li­fères, dif­fusent des eaux très char­gées en sul­fures et en oxydes, gé­né­ra­le­ment sous forme de no­dules, mais que les tech­niques ac­tuelles ne per­mettent pas de ré­col­ter de fa­çon ren­table par 5000 mètres de fond. Les res­sources po­ten­tielles sont ce­pen­dant consi­dé­rables. Les no­dules les plus riches en fer­ro-man­ga­nèse (te­neurs jus­qu’à 50 %) se trouvent sur­tout dans le Pa­ci­fique nord-équa­to­rial, de la Po­ly­né­sie à l’Aus­tra­lie et au sud-est de Ma­da­gas­car. Les no­dules riches en plomb, cuivre, ura­nium, tho­rium et zir­co­nium sont au large de l’Afrique orien­tale. En mer Rouge existe un gi­se­ment de 20 mètres d’épais­seur et de 50 ki­lo­mètres car­rés qui contien­drait 3,2 mil­lions de tonnes de zinc, 800 000 tonnes de cuivre, 80 000 tonnes de plomb, 4500 tonnes d’ar­gent et même 45 tonnes d’or... Ce gi­se­ment étant à la ver­ti­cale des ZEE su­per­po­sables de l’Égypte, du Sou­dan et de l’Ara­bie saou­dite, on ima­gine les conflits po­ten­tiels qu’il sous-tend.

Pour ne prendre que deux exemples em­blé­ma­tiques, 60 % des res­sources mon­diales en ma­gné­sium, in­dis­pen­sables pour les al­liages aé­ro­nau­tiques, se trouvent en mer et les quan­ti­tés d’hy­drates de gaz na­tu­rel (HGN ou « cla­thrates », li­quides dès –20°C, contre –163°C pour le GNL) at­teignent deux ou trois fois les ré­serves de com­bus­tibles fos­siles connus.

D’autres res­sources sont dis­po­nibles : de l’eau douce, ou des sources d’éner­gie pri­maire ba­sées sur le gra­dient ther­mique et sur la ré­cu­pé­ra­tion de l’énorme éner­gie dis­si­pée dans les ma­rées, les houles et les vagues. L’éner­gie po­ten­tielle d’une vague de 100 m de long et de 1 m de haut peut être es­ti­mée à 333 ki­lo­joules. Si la vague met une se­conde à s’apla­tir, la puis­sance dis­si­pée peut être es­ti­mée à 300 ki­lo­watts, et à en­vi­ron 6000 ki­lo­watts pour une vague de 2,5 mètres (condi­tions de tem­pête) (3). Les côtes du monde les plus fa­vo­ri­sées sont com­prises entre les la­ti­tudes 30° et 60° (dans l’hé­mi­sphère Sud en rai­son de la hau­teur des vagues comme dans l’hé­mi­sphère Nord par la lon­gueur des côtes concernées). On connaît no­tam­ment les po­ten­tia­li­tés de l’éner­gie ma­ré­mo­trice de sites à grand mar­nage, comme Fun­dy Bay (entre la Nou­velle-Écosse et le Nou­veau-Bruns­wick au Ca­na­da) et la baie du mont SaintMi­chel en France.

Une ré­vo­lu­tion ju­ri­dique

La concep­tion « na­tu­relle » de la li­ber­té d’ac­tion en mer (Gro­tius, Mare Li­be­rum, 1609), où la mer est un es­pace ou­vert aux na­vi­ga­teurs de tous les pays, fut re­mise en ques­tion par la concep­tion plus res­tric­tive du droit ma­ri­time de l’An­glais John Sel­den ( Mare Clau­sum, 1635). La pre­mière doc­trine a écra­sé la se­conde du­rant trois siècles. Le che­min, long entre ces deux concep­tions, est ja­lon­né d’étapes fort si­gni­fi­ca­tives.

Avant 1958, l’océan n’était conçu que dans sa di­men­sion ho­ri­zon­tale, se tra­dui­sant par une li­ber­té ab­so­lue de com­mu­ni­ca­tion in­dis­pen­sable aux tha­las­so­cra­ties. Le « Droit cou­tu­mier de la mer » res­ta donc in­chan­gé de 1625 à 1958. Après 1958-1960, l’océan ac­quiert une di­men­sion ver­ti­cale et donc un vo­lume dans le­quel les ali­ments, l’éner­gie, les mi­ne­rais prennent une place es­sen­tielle. La li­ber­té d’ex­ploi­ta­tion des mers est alors sé­rieu­se­ment écor­née. En­fin, les mu­ta­tions s’ac­cé­lèrent entre 1965 et 1974 par l’élar­gis­se­ment des eaux ter­ri­to­riales. L’océan Mon­dial est am­pu­té d’une grande par­tie de sa sur­face, des dé­troits stra­té­giques sont contrô­lés par les États ri­ve­rains et cer­tains pays de­viennent in­ca­pables de sur­veiller un do­maine im­mense.

La Confé­rence de Ca­ra­cas (1974-1982), dite « de Mon­te­go Bay », mit un terme à ces conflits océa­niques en créant quatre zones ma­ri­times : une mer ter­ri­to­riale large de 12 milles (4), une zone

60 % des res­sources mon­diales en ma­gné­sium, in­dis­pen­sables pour les al­liages aé­ro­nau­tiques, se trouvent en mer.

conti­guë de 12 milles sup­plé­men­taires, une ZEE (200 milles) ré­ser­vée à l’État li­mi­trophe et une ex­ten­sion pos­sible à 350 milles. Ain­si, les États se sont ap­pro­priés l’Océan, au­tre­fois vierge. Mais la vir­tua­li­té de la pos­ses­sion n’en est-elle pas plus pa­tente ? Faute de moyens d’in­ter­ven­tion ef­fi­cace contre toute main­mise illé­gale, les États ne sont-ils pas aus­si dé­mu­nis que Gé­ronte dans les Four­be­ries de Sca­pin ? :

« Gé­ronte : — Va-t’en Sca­pin, va-t’en dire à ce Turc que je vais en­voyer la jus­tice après lui.

Sca­pin : — La jus­tice en pleine mer ? Vous mo­quez-vous des gens ? (5) »

Sous le triple coup de bou­toir de la géo­phy­sique, de la tech­no­lo­gie et du droit, la concep­tion im­muable de l’Océan vole en éclats, tan­dis que s’ef­fondrent les bar­rières tan­gibles qui sem­blaient – aux yeux des hommes – les condi­tions de sa sta­bi­li­té éter­nelle. Mais le ré­sul­tat est là : de nou­veaux el­do­ra­dos sont nés, qui attisent l’ap­pé­tit des États et des ins­ti­tu­tions.

L’élar­gis­se­ment de la no­tion d’el­do­ra­do

Aux modes clas­siques d’en­ri­chis­se­ment à par­tir du mi­lieu ma­rin, comme la pêche, la chasse, l’ex­ploi­ta­tion mi­né­rale, viennent dé­sor­mais s’ajou­ter no­tam­ment le com­merce ma­ri­time (dont la conte­neu­ri­sa­tion a dé­cu­plé la pro­gres­sion) et les tra­vaux d’in­fra­struc­tures né­ces­saires à l’éco­no­mie im­ma­té­rielle (avec par exemple l’ex­ten­sion des fibres op­tiques par les deux pas­sages du Nord-Ouest et du Nord-Est). Mais l’un des el­do­ra­dos ma­rins les plus em­blé­ma­tiques ac­tuel­le­ment est consti­tué par les mo­lé­cules pro­té­gées par bre­vet. En ef­fet, des mo­lé­cules chi­miques ré­cem­ment dé­cou­vertes sont is­sues d’or­ga­nismes ma­rins qui ont la par­ti­cu­la­ri­té d’être mous, fra­giles ou lents et donc in­ca­pables de sur­vivre sans une pro­tec­tion chi­mique in­vi­sible, à l’ins­tar de la tra­bec­té­dine, mo­lé­cule is­sue d’un tu­ni­cier ( Ec­tei­nas­ci­dia tur­bi­na­ta) uti­li­sée dans les trai­te­ments an­ti-tu­meurs et qui a re­çu une au­to­ri­sa­tion de mise sur le mar­ché en 2007 (mo­lé­cule do­ré­na­vant syn­thé­ti­sée). La plu­part de ces nou­velles mo­lé­cules sont d’une part d’un très faible ren­de­ment (de l’ordre de moins d’un gramme, par­fois de quelques mil­li­grammes par tonne dans l’or­ga­nisme ma­rin) et d’une com­plexi­té ex­trême, ce qui en rend la syn­thèse sou­vent très ar­due. Outre ces mo­lé­cules à usage phar­ma­ceu­tique pour trai­ter des ma­la­dies graves, on peut évo­quer l’uti­li­sa­tion mas­sive des algues pour la cos­mé­tique qui en font l’une des ri­chesses les plus pro­met­teuses des fonds ma­rins.

En­fin, les fron­tières ma­ri­times ins­ti­tuées par la conven­tion de Mon­te­go Bay ont créé un el­do­ra­do pour les ac­ti­vi­tés illé­gales. Comme le note Cy­rille P. Cou­tan­sais (6), l’adage « Les contre­ban­diers ont be­soin de fron­tières » est plus que ja­mais per­ti­nent. Éta­blir des fron­tières ma­ri­times re­vient à en­gen­drer

Les fron­tières ma­ri­times ins­ti­tuées par la conven­tion de Mon­te­go Bay ont créé un el­do­ra­do pour les ac­ti­vi­tés illé­gales.

la con­tre­bande et est donc un moyen de créer des ri­chesses pa­ral­lèles. De même qu’Al Ca­pone af­fir­mait sans rire que l’in­dus­trie du crime do­pait l’éco­no­mie amé­ri­caine, le rôle éco­no­mique de la pi­ra­te­rie contem­po­raine est mis au jour par cer­taines si­tua­tions. Par­fois, les pi­rates ne font que pro­fi­ter des op­por­tu­ni­tés of­fertes par le nou­veau droit de la mer. At­ta­quer un bâ­ti­ment à la li­mite des eaux in­ter­na­tio­nales, puis se ré­fu­gier dans les eaux ter­ri­to­riales d’un État en faillite de­vient une pra­tique cou­rante dans les zones sen­sibles comme le golfe de Gui­née ou le dé­troit de Ma­lac­ca. Mais d’autres mo­ti­va­tions peuvent s’y ajou­ter : ain­si, le long de l’up­wel­ling de So­ma­lie, sec­teur très pois­son­neux et illé­ga­le­ment pillé par des flottes étran­gères, une des mis­sions avouées des pi­rates se­rait d’as­su­rer la sé­cu­ri­té et les re­ve­nus de leurs na­tio­naux. La fli­buste se­rait-elle la ré­ponse la plus ap­pro­priée à la créa­tion d’el­do­ra­dos de de­main ?

Face à cette me­nace, l’ac­tion des États peut au contraire éli­mi­ner la pi­ra­te­rie et oeu­vrer pour un com­merce ma­ri­time sûr, lui-même source d’autres formes de ri­chesses. Comme quoi, il est plus fa­cile de dé­si­rer l’el­do­ra­do que d’en bâ­tir les fon­da­tions.

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