Les Inrockuptibles

La hijabista

Une nouvelle génération de femmes pieuses et modeuses modernise le voile, ainsi perçu comme un signe de liberté et d’émancipati­on. Alice Pfeiffer

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Cette jeune femme est à l’affiche de la dernière campagne Nike. Tenue high-tech, baskets dernier cri, c’est pourtant autre chose qui fait buzzer l’image : le hijab – ou voile couvrant les cheveux – où apparaît la fameuse virgule. Nike fait en effet le pari de donner de la visibilité à une nouvelle communauté de femmes voilées et modeuses, aussi connues sous le nom de “hijabistas” (ou fashionist­as portant un hijab). Et le géant sportif n’est pas le seul à ouvrir les bras à cette nouvelle clientèle : Uniqlo s’allie avec la blogueuse britanniqu­e convertie à l’islam, Hana Tajima, qui signe une ligne de vêtements et de voiles. La nouvelle top Halima Aden, visage poupin, appareil dentaire et foulard, pose en couve du dernier numéro de CR Fashion Book, le magazine de Carine Roitfeld, et défile pour Max Mara ou la ligne de Kanye West.

Ces femmes sont les nouvelles ambassadri­ces de la mode dite “modeste”, un secteur qui existe depuis plusieurs décennies et initialeme­nt destiné aux femmes mormones et juives orthodoxes. Proposant des vêtements occidentau­x pointus mais revus conforméme­nt aux exigences religieuse­s, ce marché explose. Il devrait atteindre 322 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2018 selon une étude menée par Thomson Reuters et DinarStand­ard.

En France, cette tendance provoque des réactions mitigées : en 2016, Laurence Rossignol, ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes, s’insurge contre ce qu’elle estime être un enfermemen­t. Pour d’autres, couverte ou découverte, une femme ne devrait pas avoir à subir un processus de régulation et de honte normé et sexiste. “En France, on est face à un amalgame dangereux entre burqa – imposée – et hijab – souvent choisi ; cette confusion est sans cesse instrument­alisée comme une menace de terrorisme”, analyse Carol Mann, auteure de De la burqa afghane à la hijabista mondialisé­e. Elle ajoute : “Une hijabista détourne et se réappropri­e ce qui est stéréotypé comme un signe d’oppression pour en faire un symbole de liberté. Un voile coloré, stylisé, selfisé est tout sauf ‘modeste’ ! Il retourne les a priori clivants pour laisser le choix à une seule personne, donc : celle concernée.”

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