Mu­siques

Plan­ning­to­rock, Mud­dy Monk, Charles Brad­ley, Dee­na Ab­del­wa­hed…

Les Inrockuptibles - - Sommaire -

PLAN­NING­TO­ROCK A FAIT UNE CROIX SUR LES PRO­NOMS “IL/ELLE” et sou­haite que l’on em­ploie dé­sor­mais “they/them” – tra­duits en fran­çais par le néo­lo­gisme non bi­naire “iel”. Che­veux longs on­du­lés, fine mous­tache, re­gard vert d’eau, Jam Ros­tron, né.e Ja­nine, alias Plan­ning­to­rock, est de re­tour avec un al­bum plus po­li­tique que ja­mais, Po­we­rhouse, douze ans après sa pre­mière sor­tie, Have It All. “In­clas­sable, à la fois ins­pi­ré par The Re­si­dents, Kate Bush, l’opé­ra-rock et les dé­lires de Mat­thew Bar­ney, Have It All dé­tonne dans le pay­sage mu­si­cal ac­tuel et des­sine un uni­vers so­nore et vi­suel fort, étrange et in­quié­tant”, écri­vait-on alors à son pro­pos. Les mêmes ad­jec­tifs et ré­fé­rences pour­raient être au­jourd’hui re­pris, sans évo­quer ni l’en­nui ni la stag­na­tion mais plu­tôt une belle conti­nua­tion d’un tra­vail au long cours au­tour de la pop et de la po­li­tique, Plan­ning­to­rock les en­la­çant soi­gneu­se­ment, fer­me­ment.

Po­we­rhouse (“pile élec­trique”) est tra­ver­sé de r’n’b, de house et de dance mais ne se dé­par­tit ja­mais de son goût pour l’ex­pé­ri­men­ta­tion, la sur­prise, le dé­tour. On le sent dans cette voix spec­trale, ni mas­cu­line ni fé­mi­nine, que l’on au­rait pen­sée bour­rée d’Au­to-Tune alors qu’elle sur­git du pitch shif­ting, un ef­fet au­dio per­met­tant de mo­di­fier la fré­quence d’une voix afin qu’elle sonne plus ai­guë ou plus grave que son timbre d’ori­gine. Echap­pant au genre comme au cadre spa­tio­tem­po­rel, d’une pro­fon­deur uni­ver­selle, d’une gra­vi­té ro­bo­tique, cette voix im­prime pa­ra­doxa­le­ment sa bou­le­ver­sante hu­ma­ni­té à l’al­bum. Au­tant vous pré­ve­nir : on n’en sort pas in­demne. Le gé­nie de Po­we­rhouse ré­side dans sa ca­pa­ci­té à conci­lier une ef­fi­cace so­brié­té et des mé­lo­dies syn­thé­tiques de club à des ex­pé­ri­men­ta­tions vo­cales hy­per po­li­tiques. Comme lorsque Jam ré­pète in­las­sa­ble­ment “non-bi­na­ry femme” sur un beat tout aus­si ré­pé­ti­tif, tel un man­tra, une in­vi­ta­tion, une ré­flexion en plein dance-floor. Ou comme ce mor­ceau ti­tré Tran­some, mot-va­lise réunis­sant “trans” et “hand­some” (beau/belle), que lui a ins­pi­ré le cho­ré­graphe al­le­mand Ian Ka­ler qui l’em­ploie dans sa per­for­mance LIVFE.

“J’écris dé­li­bé­ré­ment des chan­sons pop queer afin de par­ler de po­li­tique, d’amour et de sexe queer, de par­ta­ger mes his­toires au su­jet des fa­milles et de l’iden­ti­té queer, de par­ler de han­di­cap, de l’au­tisme de ma soeur et du long com­bat me­né par ma mère pour ga­ran­tir le droit de ma soeur à avoir une qua­li­té de vie. Echan­ger nos his­toires de vie, nos idées po­li­tiques est si im­por­tant. C’est ain­si que l’on gran­dit, que l’on ap­prend, que l’on se sou­tient les uns les autres. Donc si les gens parlent, hour­ra !”, nous ex­plique-t-iel.

Ori­gi­naire du vil­lage de Duns­car,

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