Un homme pres­sé

D’Her­vé Mim­ran Avec Fa­brice Lu­chi­ni, Leï­la Be­kh­ti (Fr., 2018, 1 h 40)

Les Inrockuptibles - - Cinémas - Lu­do­vic Béot

Une co­mé­die dé­ma­go­gique et en­nuyeuse qui, bien qu’en marche, ne mène pas très loin. Tan­dis que la pro­jec­tion était com­men­cée de­puis peu, pres­sen­tant dé­jà que celle-ci al­lait s’avé­rer pé­nible, l’évo­ca­tion du nom de notre Pré­sident au cours d’une scène a sou­dain fait jaillir une idée pour com­bler l’en­nui. Et si Un homme pres­sé était une par­faite dé­cli­nai­son ci­né­ma­to­gra­phique de la rhé­to­rique ma­cro­nienne ? Pour ce­la, il fau­drait que le film ras­semble tous les spec­ta­teurs, qu’il ne laisse ab­so­lu­ment per­sonne sur la touche, tous bords po­li­tiques confon­dus. Choix évident alors que ce­lui de Lu­chi­ni, ac­teur de droite mul­ti­gé­né­ra­tion­nel mais ap­pré­cié par la gauche, pour in­car­ner le pro­ta­go­niste prin­ci­pal. Il fau­drait en­suite dé­li­vrer un dis­cours faus­se­ment hu­ma­niste, uti­li­sant l’émo­tion pour mieux nous brouiller. Là en­core, Un homme pres­sé ex­celle en dres­sant le ta­bleau du blues du bu­si­ness­man ac­com­pa­gné d’un pré­ten­du ex­po­sé sur les dé­rives du néo­li­bé­ra­lisme, mais en ca­chant bien mal, au fond, son mé­pris pour les fonc­tion­naires ou les jeunes. Il faut voir cette scène sur­réa­liste où, suite à un AVC, Lu­chi­ni se met à s’ex­pri­mer mal­gré lui en verlan, et de­vient pote avec un jeune ser­veur noir qui, flat­té par son lan­gage, lui ré­torque gaie­ment “si, si, la fa­mille !”. Tout ce sys­tème trouve son étin­ce­lante ac­mé vers la fin du film lors­qu’après avoir per­du son em­ploi, le per­son­nage prin­ci­pal s’adonne à une longue ran­don­née. Comme un sym­bole, l’homme pres­sé est de­ve­nu l’homme en marche. Et, de fait, on ne spoi­le­ra pas, mais il n’au­ra même pas be­soin de tra­ver­ser la rue pour re­trou­ver un job.

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