Sex is co­me­dy

Les Inrockuptibles - - Séries - Oli­vier Joyard

Dans la fou­lée de l’af­faire Wein­stein, Emi­ly Meade a de­man­dé à HBO un ren­dez-vous pour par­ler de sexe. Dans la gé­niale sé­rie de Da­vid Si­mon et George Pe­le­ca­nos The Deuce (sur l’industrie por­no à New York dans les se­ven­ties), son rôle d’ac­trice X exi­geait qu’elle par­ti­cipe à des scènes éro­tiques qui la met­taient mal à l’aise – moins par leur conte­nu que pour ce qu’elles lui fai­saient vivre au mo­ment du tour­nage. Une ques­tion de pu­deur et d’in­ti­mi­té. Pour la deuxième sai­son, Meade a de­man­dé et ob­te­nu la pré­sence sur le pla­teau d’une per­sonne veillant au bien-être des ac­teur.trice.s.

Fi­dèle à sa ré­pu­ta­tion avant-gar­diste, HBO a an­non­cé ré­cem­ment avoir em­bau­ché Ali­cia Ro­dis dans le rôle de “co­or­di­na­trice d’in­ti­mi­té”. Cette femme est ac­tive sur toutes les pro­duc­tions de la chaîne câ­blée (Cra­shing, Dead­wood, Watch­men, Jett, Eu­pho­ria).

Son tra­vail consiste à la fois à ai­der les co­mé­dien.ne.s pen­dant les scènes de sexe – en four­nis­sant par exemple des pro­tec­tions pour les ge­noux ou des sous-vê­te­ments adap­tés – et à re­layer au­près des réa­li­sa­teur.trice.s les craintes et ques­tions qui émergent.

In­ter­ro­gé par Rol­ling Stone, Da­vid Si­mon a non seule­ment ap­prou­vé la dé­marche mais aus­si dé­cla­ré qu’il ne tra­vaille­rait “plus ja­mais sans co­or­di­na­teur.trice d’in­ti­mi­té” pour être sûr de “pro­té­ger les émo­tions et la di­gni­té des un.e.s et des autres”. “Il y a une telle dy­na­mique de pou­voir sur un pla­teau que les ac­teurs et ac­trices se sentent par­fois obli­gé.e.s de ne rien dire”, a ex­pli­qué Ali­cia Ro­dis. Mine de rien, nous voi­là de­vant une pe­tite ré­vo­lu­tion, après cent vingt ans d’exis­tence des images ani­mées… Celle-ci passe par les sé­ries, qui ont pris pour ha­bi­tude de scru­ter notre in­ti­mi­té sans fard. Sur le su­jet et au-de­là, on li­ra la ver­sion aug­men­tée de l’es­sen­tiel Sex and the Se­ries d’Iris Brey, col­la­bo­ra­trice des In­rocks, qui pa­raît aux édi­tions de l’Oli­vier et plonge dans ce nou­veau monde.

La pro­chaine étape est évi­dem­ment es­thé­tique : l’at­ten­tion por­tée à une at­mo­sphère in­clu­sive sur les pla­teaux ne peut que pous­ser à chan­ger de sys­tème. Les viols de Game of Th­rones au­raient sû­re­ment été dif­fé­rents avec ce nou­veau mé­tier. Prendre soin des co­mé­dien.ne.s du­rant une scène de sexe ne si­gni­fie pas tendre vers la cen­sure, mais ré­flé­chir plus in­ten­sé­ment au re­gard por­té sur les corps. Pour ce­la, la pré­sence mas­sive de femmes aux postes clés semble né­ces­saire. The Deuce le montre d’ailleurs brillam­ment : sa deuxième sai­son est consa­crée à la nais­sance dif­fi­cile, mais excitante, d’une nou­velle por­no­gra­phie sous l’oeil d’une réa­li­sa­trice, in­car­née par Mag­gie Gyl­len­haal.

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