Ju­lian Barnes

Les Inrockuptibles - - Livres - Bru­no Juf­fin

La Seule His­toire Mer­cure de France, tra­duit de l’an­glais (E.-U.) par Jean-Pierre Aous­tin, 272 p., 22,80 €

Ecrit au scal­pel, le nou­veau Ju­lian Barnes est d’une lu­ci­di­té à faire peur.

Quand un amour s’étiole, quelle part de nous-même pé­rit avec lui ? Dans le nou­veau ro­man de Ju­lian Barnes, la ré­ponse passe par deux chan­ge­ments de pro­noms : amor­cée à la pre­mière per­sonne, la nar­ra­tion se pour­suit à la deuxième et se ter­mine à la troi­sième, cette évo­lu­tion tra­dui­sant le lent di­vorce d’un homme et de ses émo­tions. Dans une ban­lieue bour­geoise, Paul, 19 ans, en­tame une liai­son avec une par­te­naire de ten­nis de trois dé­cen­nies son aî­née, s’en­fuit avec elle pour Londres et y est le té­moin de sa plon­gée dans l’al­cool, la dé­pres­sion et in fine la dé­mence. De ro­man­tisme point, et de cou­leur lo­cale guère plus : en se fo­ca­li­sant en­tiè­re­ment sur les angles morts du rap­port amou­reux et les lâ­che­tés pe­tites et grandes de son nar­ra­teur, Barnes pour­suit dans La Seule His­toire une en­tre­prise de mo­ra­liste en­ta­mée dès ses pre­miers ro­mans. Mais le fait avec une in­tran­si­geance nou­velle et un hu­mour dont la sé­che­resse va de pair avec une lu­ci­di­té sans faille : “Feindre de s’être plus mal com­por­té qu’on ne l’a fait en réa­li­té peut être une forme d’éloge de soi.” Une ré­flexion à mé­di­ter pour tout mé­mo­ria­liste – et pour les lec­teurs d’un livre dont la jus­tesse a pour ran­çon l’ef­froi qu’il ins­pire.

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