Scènes

PHI­LIPPE QUESNE na­vigue entre film ca­tas­trophe, Jules Verne et la sé­rie Lost dans cette pièce où les res­ca­pés d’un crash aé­rien jouent aux ro­bin­sons.

Les Inrockuptibles - - Sommaire - Pa­trick Sourd

Crash Park, la vie d’une île de Phi­lippe Quesne, Un ins­tant de Jean Bel­lo­ri­ni, Soeurs de Pas­cal Ram­bert

EN GUISE DE PRO­LOGUE, ON COM­MENCE PAR VISIONNER UN PE­TIT FILM co­casse où les pro­ta­go­nistes de Crash Park, la vie d’une île s’ins­tallent à bord de la car­lingue d’un avion qui s’ap­prête à dé­col­ler. Quand le noir se fait dans la salle, Phi­lippe Quesne ne ré­siste pas au dé­sir de chan­ger de fo­cale pour nous of­frir des images que seules les pro­duc­tions hol­ly­woo­diennes à gros bud­get peuvent se payer. Voi­là donc un avion qui na­vigue dans la nuit entre les rangs du pu­blic. Por­tée à bout de bras par les co­mé­diens ar­més de lampes de poche, la ma­quette du long-cour­rier aux ailes cli­gno­tantes tra­verse ain­si à plu­sieurs re­prises la salle tan­dis qu’une ma­chine à fu­mée pro­duit la mer de nuages qu’il est cen­sé ren­con­trer sur sa tra­jec­toire. S’ac­cor­dant au gran­diose kitsch de cette cho­ré­gra­phie aé­rienne, les touches d’un pia­no mé­ca­nique pla­cé à l’avant-scène s’ex­citent à par­cou­rir les par­ti­tions d’un med­ley réunis­sant De­bus­sy, Cho­pin et Schu­bert. Vo­lon­tai­re­ment gran­di­lo­quente, cette en­trée en ma­tière in­quiète d’au­tant plus qu’elle dé­montre qu’il n’est pas né­ces­saire d’avoir un pia­niste sous la main pour se noyer dans la mu­sique. Reste à sa­voir s’il y a en­core un pi­lote dans l’avion ? On tient notre ré­ponse dès que les lu­mières se ral­lument en dé­cou­vrant, à quelques mètres d’une île vol­ca­nique, un mor­ceau de car­lingue qui sur­nage au mi­lieu d’une mer où pointent des ré­cifs.

Dans la pure tra­di­tion des films ca­tas­trophes, Phi­lippe Quesne lance ses per­son­nages à la conquête d’un mi­lieu hos­tile. L’oc­ca­sion pour lui de dé­cli­ner quelques-unes des scènes qui font la re­nom­mée du genre, du sau­ve­tage des res­ca­pés à l’épique tra­ver­sée d’un la­gon. Qu’ils dansent ha­billés de feuilles de pal­mier ou qu’ils prennent place au comp­toir d’un open bar im­pro­vi­sé pour une soi­rée tech­no tan­dis qu’un ca­non

à mousse trans­forme la baie en un vaste dance-floor, nos sur­vi­vants n’ont pas be­soin de pré­textes pour faire la fête.

Culti­vant des énigmes dignes de la sé­rie Lost et se rap­pe­lant avec hu­mour de ses lec­tures de Jules Verne pour mettre en scène un com­bat avec un poulpe géant, Phi­lippe Quesne se passe pra­ti­que­ment des mots pour construire sa dra­ma­tur­gie. Avec poé­sie, son spec­tacle ex­plore l’ima­gi­naire mu­si­cal en de­ve­nant la pré­cieuse chambre d’écho d’une play­list par­ti­cu­liè­re­ment éclec­tique. D’une perle rare de la va­rié­té ita­lienne qui évoque Fe­de­ri­co Fel­li­ni à Jeanne Mo­reau chan­tant Notre île, ton île, mon île, il peut aus­si pui­ser dans l’épou­vante avec la BO du film Can­ni­bal Ho­lo­caust et le dé­gou­li­nant Cru­ci­fied Wo­man de Riz Or­to­la­ni. Comment ré­sis­ter à la fo­lie d’une telle ro­bin­son­nade ? On re­noue avec les ré­flexes de l’en­fance, on tré­pigne de plai­sir en rê­vant de fran­chir les quelques mètres qui nous sé­parent de la scène pour pa­tau­ger avec eux dans ce pé­di­luve où tout pa­raît en­fin pos­sible.

Crash Park, la vie d’une île concep­tion, mise en scène et scé­no­gra­phie Phi­lippe Quesne, avec Isa­belle An­got­ti, Jean-Charles Du­may. Jus­qu’au 9 dé­cembre, Théâtre Nan­ter­reA­man­diers ; en tour­née en Eu­rope jus­qu’en juin 2019

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