Gut­land de Go­vin­da Van Maele

Avec Fre­de­rick Lau, Vi­cky Krieps (Lux., Bel., All., 2018, 1 h 47)

Les Inrockuptibles - - Cinemas - Lu­do­vic Béot

La pa­ra­noïa est dans le pré. En­core un film ru­ral qui dé­çoit par son épi­logue fan­tas­tique un peu fa­cile. Le th­riller ru­ral est dé­ci­dé­ment de­ve­nu un genre par­ti­cu­liè­re­ment ex­ploi­té par les pre­miers films. Après Bull­head, Pe­tit Pay­san et

Une pluie sans fin, voi­ci Gut­land tout droit ve­nu du Luxem­bourg. Le titre du film, le “bon pays”, dé­signe une ré­gion agri­cole du Grand-Du­ché. Un va­ga­bond si­len­cieux y trouve re­fuge au sein d’un pe­tit vil­lage. D’abord hos­tiles avec l’in­con­nu, ses ha­bi­tants vont pe­tit à pe­tit l’ai­der et l’ac­cep­ter dans leur com­mu­nau­té. Mais ce pe­tit cercle pa­raît trop ado­rable pour être par­fai­te­ment sin­cère.

Comme ses pré­dé­ces­seurs du genre, le film de Go­vin­da Van Maele par­tage la même in­cli­na­tion pour un scénario tout en maî­trise et do­té d’une mé­ca­nique nar­ra­tive mi­nu­tieuse. Si Pe­tit Pay­san al­lait cher­cher du cô­té d’Hit­ch­cock, et Bull­head dans le drame sha­kes­pea­rien, Gut­land n’est pas sans rap­pe­ler les thril­lers pa­ra­noïaques de Po­lans­ki dans sa fa­çon de tis­ser la toile d’une mi­cro-so­cié­té étouf­fante et étrange à par­tir d’ac­tions ano­dines. Mais au mo­ment de ré­vé­ler ses nom­breuses zones d’ombre, le ré­cit troque sou­dain son réa­lisme pour le fan­tas­tique et on soup­çonne cette ir­rup­tion du genre de n’être qu’un gad­get pour fa­ci­li­ter la ré­so­lu­tion de l’in­trigue. Une dé­cep­tion vite rem­pla­cée par un cer­tain aga­ce­ment lorsque, dans son épi­logue, le film se met à for­mu­ler une pa­ra­bole so­cio­lo­gique à l’iro­nie grin­çante dont l’au­teur, sa­tis­fait, semble jouir al­lè­gre­ment.

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