Sé­ries

Les Inrockuptibles - - Sommaire - Oli­vier Joyard

La Mé­thode Ko­mins­ky, Au nom du père, The Haun­ting of Hill House

Chuck Lorre, le père des geeks de The Big Bang Theo­ry passe, avec LA MÉ­THODE KO­MINS­KY, au duo de potes sexy­gé­naires. Une sil­ver co­mé­die pi­quante à s’en­fi­ler en pan­toufles pen­dant les soi­rées d’hi­ver.

LE PLUS DRÔLE AVEC NET­FLIX

(ou le plus ef­frayant, se­lon le point de vue) tient à son ab­sence de re­mords dans l’uti­li­sa­tion sys­té­ma­tique des al­go­rithmes, qua­si­ment jus­qu’à l’ab­surde. Pre­nons l’exemple d’un genre plu­tôt rare sur les écrans de­puis des dé­cen­nies : la sé­rie de vieux. De­puis Les Cra­quantes

– dont le bur­lesque bit­chy des an­nées 1980 pou­vait être com­pris par tous les pu­blics –, les chaînes mains­tream avaient glo­ba­le­ment lâ­ché l’af­faire, in­ca­pables de trou­ver un angle ras­sem­bleur.

Le géant du strea­ming n’a pas vrai­ment ce pro­blème et sur sa plate-forme, la ques­tion du di­ver­tis­se­ment fa­mi­lial et/ou trans­gé­né­ra­tion­nel se pose au­tre­ment. D’où la conclu­sion sui­vante :

une sé­rie de vieux, sur Net­flix, c’est vrai­ment une sé­rie de vieux. No­tons au pas­sage que ce n’est pas for­cé­ment une tare.

La Mé­thode Ko­mins­ky met en scène deux hommes plus ou moins en bout de course à Los An­geles : Nor­man New­lan­der (Alan Ar­kin), un cé­lèbre agent d’Hol­ly­wood qui a al­lè­gre­ment dé­pas­sé les 80 ans, et San­dy Ko­mins­ky (Mi­chael Dou­glas), cé­li­ba­taire en­dur­ci de dix ans plus jeune que lui. Ils sont meilleurs amis, d’au­tant que le pre­mier gère de­puis les an­nées 1970 la car­rière du se­cond, qui n’a pas vrai­ment dé­col­lé. En plus de cou­rir les cas­tings de pu­bli­ci­tés mi­nables – quand il est d’hu­meur –, San­dy est de­ve­nu un pro­fes­seur re­con­nu et plu­tôt désa­bu­sé au­près de dé­sin­voltes jeunes pousses (mais pas seule­ment) à la re­cherche de gloire et de conseils mi­racles pour de­ve­nir les meilleur.e.s co­mé­dien.ne.s.

Face à lui, donc, une gé­né­ra­tion ca­pable de re­gar­der de­vant, ce qui a le don de l’aga­cer pro­di­gieu­se­ment. Ce n’est pas la meilleure part de la sé­rie. Les per­son­nages qui gra­vitent dans ces scènes – no­tam­ment un blond bé­bête à che­veux longs, une jeune Noire, une trans­genre – n’existent qua­si­ment pas, ou à tra­vers des cli­chés écu­lés cen­sés faire com­prendre que, dé­ci­dé­ment, le monde change. Quelle nou­velle !

Cette mi­san­thro­pie n’est pas com­plè­te­ment celle du per­son­nage, elle suinte plu­tôt du point de vue ex­pri­mé par l’écri­ture. En somme, elle ap­par­tient da­van­tage au créa­teur et scé­na­riste prin­ci­pal, le sexa­gé­naire Chuck Lorre, roi de la sit­com de­puis une ving­taine d’an­nées ( Ro­seanne, The Big Bang Theo­ry, Mum) et type res­pec­table connu pour son fond mé­lan­co­lique. Lorre s’es­saie pour la pre­mière fois à une ap­proche “sé­rieuse” – même si le ton reste

A ce pe­tit jeu des pro­blèmes de pros­tate, de la ter­reur de vivre et mou­rir, la sé­rie par­vient à dé­rou­ler une pe­tite mu­sique at­ta­chante…

ce­lui d’une co­mé­die pi­quante –, mais dans le cadre de La Mé­thode Ko­mins­ky, son manque de rap­port fort à l’al­té­ri­té ap­pa­raît comme un aveu de fai­blesse : au-de­là des élèves, la sé­rie ne fait qu’ef­fleu­rer à peu près toutes celles et tous ceux qui gra­vitent au­tour du duo cen­tral, mise à part une quin­qua­gé­naire dont s’en­tiche San­dy.

C’est ailleurs qu’il faut cher­cher un in­té­rêt à ces huit épi­sodes, quand ils res­tent col­lés aux deux hé­ros vieillis­sants – mais glo­ba­le­ment ai­sés, ne dé­con­nons pas. A ce pe­tit jeu des pro­blèmes de pros­tate, mais aus­si de la ter­reur de vivre et mou­rir, La Mé­thode Ko­mins­ky par­vient à dé­rou­ler une pe­tite mu­sique at­ta­chante avec une sim­pli­ci­té bien­ve­nue. Entre Nor­man, ma­chine à vannes tou­chée par la dis­pa­ri­tion de sa femme, et San­dy, qui cherche à ne pas fi­nir sa vie seul en homme trois fois di­vor­cé, une mas­cu­li­ni­té contra­riée s’ex­prime sans dé­tour, un sen­ti­ment de dé­ta­che­ment du monde s’in­carne avec dou­ceur. Lorre pos­sède un sens de l’iro­nie as­sez fin qui tient ses per­son­nages éloi­gnés de la pleur­ni­che­rie, en contraste avec un hu­mour à gros sa­bots mais sou­vent vi­vi­fiant. Les ac­teurs s’amusent en traî­nant la patte et, de l’autre cô­té de l’écran, cette pre­mière sai­son s’avale en quelques heures qui coïn­cident as­sez jus­te­ment avec l’en­trée dans l’hi­ver.

Par rap­port à Grace et Fran­kie, l’autre sé­rie sur des sep­tua­gé­naires

– deux femmes, jouées par Jane Fon­da et Li­ly Tom­lin – pro­po­sée par Net­flix,

La Mé­thode Ko­mins­ky manque presque to­ta­le­ment d’évo­quer la sexua­li­té et se montre glo­ba­le­ment moins éton­nante. Mais le charme de son hu­mour sou­vent mor­bide ne s’ou­blie pas si fa­ci­le­ment. La Mé­thode Ko­mins­ky Sai­son 1, sur Net­flix

Mi­chael Dou­glas et Alan Ar­kin, duo vieillis­sant mais mor­dant

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