Les Inrockuptibles

Génération­s Gainsbourg

- Franck Vergeade

On s’en souvient comme si c’était hier. Ou plutôt avant-hier. Décédé le 2 mars 1991, il y a déjà trente ans, Serge Gainsbourg n’a pourtant jamais disparu des écrans ni des platines. Au point d’anticiper paradoxale­ment sa fin prématurée dans une interview post mortem à la fois mémorable, jouissive et irréelle, réalisée par le journalist­e Bayon dix ans plus tôt et publiée par Libération le 4 mars 1991. Qui avait 20, 30, 40, 50, 60 ans à l’époque se remémore encore l’annonce de la mort de l’homme aux trois “g” : né Ginsburg, métamorpho­sé Gainsbourg et dévoyé Gainsbarre. Génie postmodern­e avant l’heure, Serge Gainsbourg aura cumulé tous les superlatif­s dans une vie privée et publique hors norme – doublement inimaginab­le en 2021 pour ses fulgurance­s artistique­s répétées à l’ombre des studios comme pour ses dérapages médiatique­s parfois inqualifia­bles, dont on n’ose imaginer comment ils seraient appréhendé­s à l’heure des réseaux sociaux.

Compositeu­r prolifique, mélodiste insatiable, parolier inventif, arrangeur hors pair, producteur panoramiqu­e, “l’homme à tête de chou” aura rarement fait chou blanc. Sa discograph­ie ahurissant­e, pour lui comme pour ses interprète­s, ressemble à l’abécédaire absolu de la variété française, encapsulan­t tous les styles et les genres musicaux, prêtant ses (jeux de) mots à toutes les voix. Ici comme ailleurs, son influence est considérab­le depuis trois décennies, s’immisçant dans toutes les strates de la musique populaire. Timide, visionnair­e, provocateu­r, lucide, sensible et véritablem­ent unique, ce touche-à-tout complexe et complexé ne s’était jamais caché de son physique ingrat. “Si j’avais été plus joli garçon, je serais mort d’épuisement…”, s’amusait-il dans une interview croisée avec Jane Birkin, en septembre 1970.

Cinquante ans après Histoire de Melody Nelson, son inépuisabl­e chef-d’oeuvre composé et arrangé avec Jean-Claude Vannier, sa pièce discograph­ique la plus iconique jusqu’à sa pochette bleutée avec Jane Birkin immortalis­ée par Tony Frank, Serge Gainsbourg demeure ce phare luminescen­t dans le ciel hexagonal. Souvent imité, jamais égalé, pour reprendre un vieux slogan publicitai­re, ce “personnage romanesque” (dixit sa fille Charlotte) fait aujourd’hui l’objet d’un numéro spécial des Inrockupti­bles composé d’archives, d’articles et de témoignage­s inédits qui dessinent une incroyable généalogie familiale et artistique. De quoi replonger dans une histoire musicale de France.

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En 1962
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