Les Inrockuptibles

DES PÉPLUMS FAUCHÉS TOURNÉS À CINECITTÀ AUX DERNIERS FILMS CRÉPUSCULA­IRES ET ÉGOTISTES, RETOUR SUR LE TRAJET EN POINTILLÉ DU GAINSBOURG

- TEXTE Jean-Baptiste Morain

esclaves

La Révolte des

C’est à peu près le seul rapport qu’on puisse établir entre Mantegna, Bataille et Parolini…

Gainsbourg rentre ensuite en France et connaît alors sa période pianiste de bar (métier qu’il avait déjà exercé) : dans Strip-Tease de Jacques Poitrenaud, en 1963, avec Nico et Dany Saval, dont il a aussi composé la musique, puis, la même année, dans L’Inconnue de Hong Kong,

toujours de Poitrenaud. Une fois de plus, des films sans grand intérêt. Mais Gainsbourg est toujours bien. Pour ne pas tomber dans la lassitude de la liste, citons surtout les rôles marquants de sa “carrière” d’acteur. Gainsbourg tourne des petits rôles dans des feuilleton­s télévisés, comme tout le monde les appelle à l’époque : Vidocq, Les Cinq Dernières Minutes, etc. En 1967, Anna

de Pierre Koralnik est un téléfilm et non un film de cinéma, mais c’est une réussite évidente. Gainsbourg a écrit la bande originale de cette comédie musicale qui accueille dans ses rôles principaux Anna Karina, Jean-Claude Brialy, Marianne Faithfull et dans un second rôle Gainsbourg en personne, interpréta­nt l’ami de Brialy. Après Ce sacré grand-père

du fidèle Jacques Poitrenaud (1968), avec Michel Simon (ils interprète­nt ensemble la célèbre chanson L’Herbe tendre),

Gainsbourg joue en 1969 dans le délirant et réjouissan­t Mister Freedom (une charge bouffonne contre l’expansionn­isme américain) de William Klein, le rôle de Mr. Drugstore, aux côtés de la craquante Delphine Seyrig, Yves Montand et Daniel Cohn-Bendit…

Je t’aime moi non plus (1975)

JOUE-T-IL SON PROPRE RÔLE ?

C’est en 1976 que Gainsbourg passe à la réalisatio­n avec un premier long produit par Claude Berri : Je t’aime moi non plus,

titre venant évidemment tout droit de la chanson qu’il a enregistré­e avec Jane Birkin et dont la musique berce le film. Jane Birkin, cheveux courts, y évolue aux côtés de Joe Dallesandr­o, acteur américain qui a débuté adolescent comme modèle, puis acteur porno, qui est devenu l’un des protégés d’Andy Warhol à New York – il joue aussi dans la fameuse trilogie du cinéaste expériment­al, proche de Warhol, Paul Morrissey : Flesh, Trash et Heat.

Jane Birkin interprète le rôle d’une serveuse d’un diner perdu au milieu de nulle part, qui tombe amoureuse de Krassky (Dallesandr­o), un chauffeur de camion homosexuel attiré sexuelleme­nt par son androgynie. A vrai dire, c’est un peu n’importe quoi, très kitsch, mais Gainsbourg a su s’entourer d’un grand décorateur, Théo Meurisse (qui a travaillé avec Jean-Pierre Melville, Claude Sautet, Bertrand Blier), et d’un chef opérateur de grande valeur, le Belge Willy Kurant, qui a notamment oeuvré aux côtés de Varda, Orson Welles, Godard, Pialat, Skolimowsk­i. Kurant était déjà le directeur de la photo d’Anna ; il sera plus tard celui de Charlotte for Ever.

On retrouve Gainsbourg acteur en 1980 dans Je vous aime de Claude Berri, l’histoire d’une journalist­e (Catherine Deneuve) et des quatre hommes de sa vie (interprété­s par Serge, Jean-Louis Trintignan­t, Alain Souchon – dont c’est le premier film en tant qu’acteur – et Gérard Depardieu), qu’elle réunit un soir dans une grande maison. Gainsbourg y joue-t-il vraiment un personnage, ou ne peut-il désormais plus jouer que lui-même ? Certaines scènes sont tournées chez lui, rue de Verneuil ; il écrit pour le film une chanson qu’il chante en duo avec Deneuve, Dieu fumeur de havanes… Certains événements du film sont par ailleurs inspirés de la vie de Deneuve (Berri lui avait demandé de la lui raconter en partie).

En 1983, le musicien apprenti cinéaste tourne son deuxième film, Equateur, d’après un roman de Georges Simenon intitulé Le Coup de lune et paru en 1933. L’histoire de l’errance d’un jeune homme en Afrique, qui tombe amoureux d’une femme qui a tué un Noir mais qui refuse de se dénoncer (Barbara Sukowa). Le rôle principal aurait dû être tenu par Patrick Dewaere, mais ce dernier met fin à ses jours avant le tournage et Francis Huster le remplace… Le film, très lent, pénible, maniériste, complaisan­t, aligne les clichés sur l’Afrique ; Huster surjoue. Equateur est sifflé à Cannes et Gainsbourg est blessé, persuadé d’avoir réalisé un beau film.

Il tourne aussi des publicités, à la fois comme acteur et comme réalisateu­r (pour Lee Cooper, Maggi, Brandt, Pentex, Konica, Gini – avec Pierre Cosso, le beau gosse de La Boum 2 –, et même la RATP

Avec Michel Simon dans Ce sacré grand-père de Jacques Poitrenaud (1968)

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Avec Jane Birkin et Joe Dallesandr­o sur le plateau de son film
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