L’ex­trême droite ébranle l’An­da­lou­sie

L'Express (France) - - La Semaine - Ca­the­rine Gouë­set

L’Es­pagne a ces­sé d’être une ex­cep­tion en Eu­rope. Pour la pre­mière fois de­puis la mort du dic­ta­teur Fran­cis­co Fran­co en 1975, un par­ti d’ex­trême droite, Vox, fait son en­trée sur la scène po­li­tique, raf­flant 12 sièges au par­le­ment ré­gio­nal d’An­da­lou­sie (voir ci-contre). Le choc du 2 dé­cembre est d’au­tant plus rude que ce fief so­cia­liste bas­cule à droite pour la pre­mière fois en trente-six ans. Le Par­ti so­cia­liste (PSOE) garde son sta­tut de pre­mière for­ma­tion avec 33 élus, mais au­cune com­bi­nai­son ne lui per­met d’at­teindre la ma­jo­ri­té de 55 man­dats : ni en s’al­liant – comme pré­vu à la veille du scru­tin – avec la coa­li­tion for­mée au­tour de Po­de­mos (17 sièges, éga­le­ment en re­cul), ni avec son an­cien par­te­naire Ciu­da­da­nos (21). Plu­sieurs rai­sons à ce séisme mé­ri­dio­nal : la crise ca­ta­lane, d’abord, qui a ali­men­té le na­tio­na­lisme es­pa­gnol, a été l’un des fonds de com­merce de Vox, mais aus­si du Par­ti po­pu­laire (PP) et de Ciu­da­da­nos. L’im­mi­gra­tion, en­suite. En 2018, l’Es­pagne est de­ve­nue la prin­ci­pale porte d’en­trée des mi­grants en Eu­rope avec près de 47 000 ar­ri­vées de­puis le dé­but de l’an­née, via l’An­da­lou­sie. « Les autres par­tis ont contri­bué à l’es­sor de Vox en le “nor­ma­li­sant”, ana­lyse le spé­cia­liste des ra­di­ca­li­tés Xa­vier Ca­sals : le PP a em­prun­té une par­tie des thèmes de la for­ma­tion ex­tra­par­le­men­taire ; Ciu­da­da­nos s’est abs­te­nu de le qua­li­fier d’ex­trême droite. Et la cheffe du par­ti so­cia­liste an­da­lou, Su­sa­na Diaz, lui a don­né une cen­tra­li­té en in­sis­tant sur la me­nace de Vox afin de mo­bi­li­ser son élec­to­rat. » Vu de Sé­ville, tou­te­fois, le vote en fa­veur de Vox ré­sulte moins du sou­tien à ses va­leurs d’ex­trême droite que d’un re­jet du PSOE, par­ti vieillis­sant, do­pé au clien­té­lisme et ébran­lé par plu­sieurs scan­dales de cor­rup­tion.

« Les deux nou­veaux ve­nus du pay­sage po­li­tique es­pa­gnol, Po­de­mos et Ciu­da­da­nos, ne le sont plus vrai­ment, es­time Car­men Or­te­ga, pro­fes­seure de science po­li­tique à Gre­nade. Ciu­da­da­nos a ac­cor­dé au PSOE les forces qui lui man­quaient pour gou­ver­ner la ré­gion de­puis 2015, et Po­de­mos s’ap­prê­tait à en faire au­tant cette fois. » Pour l’heure, dif­fi­cile de pré­voir quels par­tis doivent craindre le plus les ré­pliques du scru­tin.

Pre­mière Deux des lea­ders de Vox, San­tia­go Abas­cal et Fran­cis­co Ser­ra­no, cé­lèbrent l’en­trée du par­ti au par­le­ment ré­gio­nal.

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