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L'Express (France) - - Cette Semaine Dans - Mi­chel Fel­tin-Pa­las

Après les gi­lets jaunes, les écharpes tri­co­lores… Par­mi les nom­breuses le­çons qu’au­ra ap­prises Em­ma­nuel Ma­cron pen­dant le conflit, celle-ci n’est pas la moindre : en France, les maires jouent un rôle ir­rem­pla­çable. Ain­si s’ex­pliquent les su­bites louanges adres­sées par le chef de l’Etat lors de son al­lo­cu­tion té­lé­vi­sée du 10 dé­cembre à ces « in­ter­lo­cu­teurs na­tu­rels » qui « portent la Ré­pu­blique sur le ter­rain ». Des hommes et des femmes qu’il en­tend ren­con­trer lui-même, « ré­gion par ré­gion, pour bâ­tir le socle de notre nou­veau contrat pour la na­tion ». Et vers les­quels il se tourne au­jourd’hui pour me­ner la pre­mière phase du « grand dé­bat na­tio­nal ». Le seul pro­blème est que le nou­veau pré­sident n’a ces­sé de court-cir­cui­ter ces élus de­puis son ar­ri­vée au pou­voir – comme tous les corps in­ter­mé­diaires, d’ailleurs. Sup­pres­sion de la taxe d’ha­bi­ta­tion, di­mi­nu­tion des contrats ai­dés, ab­sence à leur der­nier con­grès (con­trai­re­ment à ses en­ga­ge­ments) : le pas­sif est lourd. Il se double de sur­croît d’une re­la­tion exé­crable avec Fran­çois Ba­roin, le pré­sident (LR) de l’As­so­cia­tion des maires de France (AMF), dans le­quel il voit un ri­val pour l’Ely­sée en 2022.

Tout irait mieux au­jourd’hui ? Même pas. Car cette sou­daine re­con­nais­sance, louable sur le fond, est gé­rée de ma­nière ca­tas­tro­phique sur la forme. Nul n’a ain­si son­gé à as­so­cier les maires à la dé­fi­ni­tion des mo­da­li­tés d’un dé­bat dont ils sont cen­sés pi­lo­ter la pre­mière étape ! « Nous ne dis­po­sons d’au­cune in­for­ma­tion pra­tique sur la ma­nière dont nous de­vons pro­cé­der et faire re­mon­ter les in­for­ma­tions », s’étonne-t-on à l’AMF. D’où la désa­gréable im­pres­sion de jouer les bouche-trous, de ne ser­vir qu’à oc­cu­per les gi­lets jaunes le temps que le vé­ri­table grand dé­bat se mette en place, le 15 jan­vier (voir ci-contre), à dé­faut d’avoir pu le lan­cer dès le 15 dé­cembre, comme ce­la était pré­vu. Aus­si nombre d’édiles sont-ils au­jourd’hui par­ta­gés. Doivent-ils ac­cep­ter cette main qui se tend en­fin ou lais­ser un pou­voir aus­si condes­cen­dant se dé­brouiller seul ? Il est pro­bable qu’en bons ré­pu­bli­cains l’écra­sante ma­jo­ri­té des maires dé­cide de jouer le jeu. En se di­sant qu’un jour, peut-être, Em­ma­nuel Ma­cron fi­ni­ra par per­ce­voir les li­mites de son lo­gi­ciel ja­co­bin. Après tout, n’ap­proche-t-on pas de la pé­riode des voeux ?

Doutes Sai­sir la main ten­due par le pré­sident ou lais­ser le pou­voir se dé­brouiller seul ? Les édiles sont par­ta­gés…

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