Le style de… Ar­tu­ro Bra­chet­ti

L'Express (France) - - Cette Semaine Dans - Par Chris­tophe Car­rière

Il a 61 ans, dont qua­rante pas­sés à brû­ler les planches, épa­tant les pu­blics du monde en­tier avec ses trans­for­ma­tions éclairs. Ce Fre­go­li des temps mo­dernes, Ita­lien au dé­bit de mi­traillette, ni ne se lasse, ni ne se fa­tigue, de re­tour avec un one-man­show où, à tra­vers 60 per­son­nages, il convoque ses sou­ve­nirs d’en­fance. Pour un homme of­fi­ciel­le­ment at­teint du syn­drome de Pe­ter Pan, ce­la ne manque pas de style.

l’ex­press Quel est votre style de trans­for­ma­tion pré­fé­ré ?

Ar­tu­ro Bra­chet­ti Im­pos­sible d’en pri­vi­lé­gier un. Je me suis lan­cé il y a qua­rante ans avec six per­son­nages, j’en ai au­jourd’hui 450 en ma­ga­sin ! Dans ce nou­veau spec­tacle, je re­tourne dans la mai­son de mon en­fance, et chaque pièce cor­res­pond à un uni­vers. Dans la chambre des en­fants, je de­viens Ala­din, Sh­rek, Cen­drillon ou la Reine des neiges ! Dans la pièce où on écoute de la mu­sique, je suis Pa­va­rot­ti, El­vis Pres­ley, Ma­don­na, les Beatles ! Il y a aus­si la pièce té­lé, avec ses hé­ros de sé­ries comme Won­der Wo­man ou Sher­lock Holmes… Au­tant de cos­tumes qui se­ront en­suite re­mi­sés avec les autres dans un en­tre­pôt. Quand j’y vais, je les re­garde comme on s’at­tarde sur de vieilles pho­tos. Ce ne sont pas des per­son­nages, mais des sou­ve­nirs.

Le cos­tume fait-il le style ?

L’im­por­tant n’est pas le cos­tume mais l’âme. Chaque per­son­nage a une vi­bra­tion et une éner­gie dif­fé­rentes. Quand je fais des ano­nymes, je suis dans une cui­sine na­po­li­taine, je de­viens le ma­ri, la femme et même la grand-mère. Ils entrent, sortent, se parlent… Le cui­si­nier est gros, la femme ner­veuse, la ser­veuse mar­rante, la vieille mé­chante… Je dois faire en sorte que le spec­ta­teur com­prenne de qui il s’agit au pre­mier coup d’oeil, par l’at­ti­tude, la ges­tuelle… L’âme, quoi !

Quel style d’en­fant étiez-vous ?

Ti­mide et ra­chi­tique. Mer­ci au prêtre pas­sion­né de ma­gie qui, en me fai­sant par­ti­ci­per à ses tours, m’a… trans­for­mé. A 13 ans, alors que je ne jouais pas plus au foot que je ne fai­sais de la gym, sys­té­ma­ti­que­ment mis à l’écart, j’ai com­men­cé à me dé­gui­ser pour étayer les nu­mé­ros de pres­ti­di­gi­ta­tion. Ça m’a don­né une telle force ! Ce que je vis au­jourd’hui, c’est comme une re­vanche so­ciale sur ceux qui se mo­quaient de moi et qui sont de­ve­nus gris et tristes.

A quel mo­ment la houp­pette est-elle de­ve­nue votre style de coif­fure ?

Il y a vingt ans. Je jouais un elfe dans Le Songe d’une nuit d’été et on m’a de­man­dé d’ar­bo­rer une coupe bi­zarre. J’ai mis du gel sur une pe­tite couette et tout le monde a ado­ré. Je de­vais la gar­der. L’homme aux mille vi­sages avait en­fin un vi­sage! Jusque-là, je pas­sais à la té­lé mais on ne me re­con­nais­sait pas. Quand je suis re­ve­nu à Pa­ris, en 2000, les gens s’écriaient : « Mais oui ! C’est l’Ita­lien avec la tour Eif­fel sur la tête ! »

Quand vous n’êtes pas sur scène, que se passe-t-il ?

Pas grand-chose. Je n’ai pas d’en­fant car je n’au­rais pas le temps de m’en oc­cu­per. C’est un choix. Mon mé­tier est une vo­ca­tion et donne un sens à ma vie tout en­tière. Pour moi, une jour­née sans spec­tacle est une jour­née gâ­chée. Je suis de mieux en mieux dans ma peau, au point de ne même plus avoir peur de la mort. Chaque an­ni­ver­saire rap­proche du tré­pas, mais ce­la n’a au­cune im­por­tance quand votre vie est un beau voyage.

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