La joaille­rie : la mai­son se­lon Bou­che­ron

La marque cé­lèbre ses 160 ans avec l’inau­gu­ra­tion d’un nou­vel « écrin ». L’oc­ca­sion de re­ve­nir sur l’his­toire du pre­mier joaillier de la place Ven­dôme.

L'Express (France) - - Cette Semaine Dans - L. P.

De­puis deux ans et de­mi, les pro­me­neurs de la place Ven­dôme, à Pa­ris, s’ar­rê­taient, in­ter­lo­qués, de­vant la bâche géante qui re­cou­vrait l’hô­tel de No­cé en tra­vaux, juste à l’angle de la rue de la Paix. Un arbre ima­gi­naire aux branches en­va­his­santes, fa­çon « Belle au bois dor­mant », sem­blait s’être em­pa­ré du bâ­ti­ment qui sert à la fois de bou­tique, d’ate­lier et de siège à la mai­son Bou­che­ron de­puis plus d’un siècle. Le 5dé­cembre, le joaillier a ré­in­té­gré ses murs lors d’une inau­gu­ra­tion en pré­sence de l’am­bas­sa­drice de la griffe, Lae­ti­tia Cas­ta. La fa­çade, aux cé­lèbres arches de marbre vert, n’a pas chan­gé, mais l’in­té­rieur de l’hô­tel par­ti­cu­lier a été en­tière- ment res­tau­ré, re­pen­sé, re­dé­co­ré, pour cé­lé­brer les 160 ans de la marque et faire de ce lieu unique une mai­son en­tiè­re­ment dé­diée à ses vi­si­teurs mais aus­si à ses em­ployés.

« Nous avons cher­ché à re­créer un es­prit de fa­mille dans cet édi­fice qui a vu se suc­cé­der quatre gé­né­ra­tions de Bou­che­ron, et où tous les mé­tiers co­ha­bitent, des ar­chives à la fa­bri­ca­tion, en pas­sant par la créa­tion et l’achat de pierres », sou­ligne la PDG Hé­lène Pou­lit-Du­quesne. Plus de 120 ou­vriers et 30 ate­liers d’art ont

tra­vaillé sur ce chan­tier pha­rao­nique, di­ri­gé par l’ar­chi­tecte en chef des Mo­nu­ments de France, Mi­chel Gou­tal, et le cé­lèbre dé­co­ra­teur de pa­laces Pierre-Yves Ro­chon.

Fi­nan­cée par le groupe Ke­ring, au­quel Bou­che­ron ap­par­tient, cette ré­ha­bi­li­ta­tion est à la hau­teur de l’his­toire ex­cep­tion­nelle du joaillier, qui, on l’a ou­blié, a fait ses dé­buts, avec une pre­mière bou­tique d’ac­ces­soires de mode et de bi­joux, sous les ar­cades du Pa­lais-Royal. Fils de dra­pier, Fré­dé­ric Bou­che­ron vou­lait of­frir aux femmes une al­lure dif­fé­rente, à une époque où la ten­dance unique s’ins­pire de l’an­ti­qui­té, des ca­mées et des in­tailles pour la joaille­rie, dont l’im­pé­ra­trice Eu­gé­nie raf­fole. Cette vo­lon­té d’in­no­ver et de sur­prendre ne le lâ­che­ra plus. Lors­qu’il s’ins­talle place Ven­dôme, en 1893, au­cun joaillier n’y a en­core son en­seigne. Et l’en­tre­pre­neur a dé­jà re­çu une pluie d’hon­neurs au sein des Ex­po­si­tions uni­ver­selles pa­ri­siennes, fai­sant ain­si de son nom un sy­no­nyme d’ex­cel­lence.

En 1889, par exemple, il re­çoit une mé­daille d’or pour la col­lec­tion qui com­prend le col­lier Point d’in­ter­ro­ga­tion, dont le sys­tème de tor­sion sans fer­moir rem­porte un vif suc­cès. « Au-de­là des in­ven­tions tech­niques, Fré­dé­ric Bou­che­ron in­nove dans le choix des ma­tières, pré­cise Claire Choisne, di­rec­trice ar­tis­tique de la mai­son. Il uti­lise par exemple le chanvre ou le bois d’amou­rette. » Une au­dace qui voit au­jourd’hui la marque re­pous­ser sans cesse les li­mites de la créa­ti­vi­té, comme en té- moignent les der­nières bagues Fleur, or­nées de vrais pé­tales sta­bi­li­sés, dé­voi­lées avec la col­lec­tion de haute joaille­rie Na­ture triom­phante.

La mai­son n’en est pas à sa pre­mière ex­tra­va­gance. Quand, en 1928, le ma­ha­rad­jah de Pa­tia­la dé­barque dans la ca­pi­tale de la mode et du luxe avec des cof­frets rem­plis de pierres fa­bu­leuses, c’est au­près de Bou­che­ron qu’il passe sa plus grosse com­mande : une pa­rure de 149 pièces ser­ties de plu­sieurs mil­liers de dia­mants, de ru­bis et d’éme­raudes. Qua­rante-cinq ans plus tard, le joaillier fran­çais est le pre­mier à ou­vrir une bou­tique au Ja­pon. Par­mi les ad­mi­ra­teurs, on compte aus­si Edith Piaf, qui ache­ta une ving­taine de montres Re­flet dans les an­nées qui sui­virent l’im­mense suc­cès de L’Hymne à l’amour, per­sua­dée que le garde-temps, qu’elle pos­sé­dait au dé­part en un seul exem­plaire, lui avait por­té chance.

Re­flet, mais aus­si Quatre ou Ser­pent bo­hème, les icônes de la mai­son, ont tra­ver­sé le temps tout comme son bes­tiaire, qui ne cesse de s’en­ri­chir, ou ses as­so­cia­tions osées, qui sont ré­gu­liè­re­ment ré­in­ter­pré­tées à l’ins­tar du dia­mant avec le cris­tal de roche. Au­jourd’hui, toutes ces pièces ont trou­vé au 26, place Ven­dôme, un écrin à leur me­sure.

Bou­che­ron, 26, place Ven­dôme, Pa­ris (Ier). fr.bou­che­ron.com

Em­blé­ma­tique Dans le splen­dide hô­tel par­ti­cu­lier du 26 Ven­dôme, l’at­mo­sphère in­ti­miste du Sa­lon des Lu­mières. A g. : le col­lier Lierre de Pa­ris en or rose et dia­mants.

Par Louise Pro­the­ry Re­nou­veau Fief de Bou­che­ron, la cé­lèbre fa­çade du 26 Ven­dôme a dé­voi­lé ses in­té­rieurs res­tau­rés, en pré­sence de Lae­ti­tia Cas­ta, l’am­bas­sa­drice de la griffe.

Au­da­cieuses Les der­nières bagues Fleur, or­nées de vrais pé­tales sta­bi­li­sés.

4 en 1 La bague Quatre clas­sique, pa­vée de dia­mants sur or et PVD.

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