Es­pagne

Avec son offre gé­né­reuse, Pe­dro Sán­chez se sin­gu­la­rise Le nou­veau Pre­mier mi­nistre a pro­po­sé d’accueillir l’«Aqua­rius» à Va­lence. Un geste ap­prou­vé par tous ses po­ten­tiels al­liés.

Libération - - MONDE - ÉRIC JOZSEF Cor­res­pon­dant à Rome

En pro­po­sant le port de Va­lence pour accueillir – en trois em­bar­ca­tions dif­fé­rentes – les 629 migrants du na­vire hu­ma­ni­taire Aqua­rius, le tout nou­veau chef de gou­ver­ne­ment so­cia­liste a créé une onde de choc po­si­tive et, lui qui était in­con­nu ou presque, réus­si à se po­si­tion­ner en Eu­rope. «Geste so­li­daire», «acte de di­gni­té», «générosité exem­plaire», en­tend-on dans les mé­dias et au sein des autres for­ma­tions po­li­tiques, de la gauche ra­di­cale de Po­de­mos aux cen­tristes li­bé­raux de Ciu­da­da­nos. Seul grin­cheux : le Par­ti po­pu­laire (droite) de Ma­ria­no Ra­joy, éjec­té du pou­voir (qu’il dé­te­nait de­puis 2011) au dé­but du mois à la suite d’une mo­tion de cen­sure, pour qui il s’agit d’un acte «très dan­ge­reux», car il peut créer «un ap­pel d’air».

L’offre de Pe­dro Sán­chez («nous avons le de­voir d’évi­ter une ca­tas­trophe hu­ma­ni­taire») a d’ailleurs cau­sé ici une sur­en­chère : le gou­ver­ne­ment ré­gio­nal basque, al­lié aux so­cia­listes au pou­voir, s’est dit dis­po­sé à re­ce­voir 10 % de l’équi­page : Ada Co­lau et Ma­nue­la Car­me­na, les maires de Bar­ce­lone et Ma­drid, lui ont em­boî­té le pas, tout comme l’exé­cu­tif sé­pa­ra­tiste ca­ta­lan, «prêt à accueillir tous ces migrants en dé­tresse».

Cette vague de générosité sur­vient alors que, ces der­nières an­nées, l’Es­pagne a re­çu des flux de migrants bien in­fé­rieurs que dans les an­nées 2000. En outre, il y a un ef­fet com­pen­sa­toire : quoique le Par­ti po­pu­laire af­firme avoir «sau­vé 5 000 migrants en mer», la réa­li­té sta­tis­tique dit que Ma­ria­no Ra­joy n’a pas res­pec­té les quo­tas d’ac­cueil aux­quels il s’était en­ga­gé en 2015 au­près de l’UE : sur les 17337 migrants pré­vus, seuls 2782 ont réel­le­ment été hé­ber­gés. Par­de­là le «geste» de Pe­dro Sán­chez, on s’in­ter­roge sur sa por­tée et sur les ca­rences qu’il met en exergue. «Aus­si gé­né­reuse soit-elle, l’offre des so­cia­listes met en évi­dence le chaos eu­ro­péen, l’ab­sence d’en­tente entre les pays, dit l’ana­lyste Pa­blo Suanzes. C’est un acte ponc­tuel, qui aide des vies, et il faut l’ap­plau­dir, mais qui ne nous di­rige pas vers une so­lu­tion.» Même son de cloche de la part de Pa­blo Ca­sa­do, une des fi­gures mon­tante du Par­ti po­pu­laire. «Sán­chez tente de s’ac­ca­pa­rer le mo­no­pole des bons sen­ti­ments. Mais la vraie ques­tion est de sa­voir ce qu’on va faire de ces flux, et quelle stra­té­gie, nous les Eu­ro­péens, al­lons-nous mettre en place pour y faire face.» FRAN­ÇOIS MUSSEAU

(à Ma­drid)

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