EN­GIE

Libération - - FRANCE -

Dix ans après la fu­sion GDF-Suez, dé­non­cée à l’époque par les syn­di­cats comme une «pri­va­ti­sa­tion» dé­gui­sée de Gaz de France, l’Etat ac­tion­naire s’ap­prête à par­ache­ver sa sor­tie: il va cé­der une bonne par­tie des 24,1% qu’il dé­tient en­core dans le groupe re­bap­ti­sé En­gie en 2015. Ce n’est pas une sur­prise : en septembre 2017, il avait dé­jà cé­dé 4,5% du ca­pi­tal d’En­gie contre 1,5 mil­liard d’eu­ros, pour ali­men­ter le «fonds pour l’in­no­va­tion».

Comment va l’en­tre­prise ?

De­ve­nu un ca­dor mon­dia­li­sé du CAC 40 avec ses 65 mil­liards d’eu­ros de chiffre d’af­faires, En­gie n’a plus grand-chose à voir avec l’an­cien mo­no­pole pu­blic du gaz. En­ga­gé dans un grand vi­rage vers les éner­gies moins émet­trices de CO2, le groupe a ven­du pour 15 mil­liards d’eu­ros d’ac­tifs, à com­men­cer par ses cen­trales à char­bon, et cherche aus­si à sor­tir de ses cen­trales nu­cléaires belges pour se concen­trer sur le gaz, l’élec­tri­ci­té re­nou­ve­lable et l’ef­fi­ca­ci­té éner­gé­tique. Mais il reste peu ren­table, avec un ré­sul­tat net de 1,4 mil­liard en 2017. Ce qui incite sa di­rec­tion à tailler mé­cham­ment dans les coûts. Sous la fé­rule de sa pa­tronne, Isa­belle Ko­cher, En­gie est ain­si en train de dé­lo­ca­li­ser to­ta­le­ment son ser­vice clien­tèle au Magh­reb et en Afrique. Un plan qui me­nace 3 500 em­plois en France.

Que veut faire l’Etat ?

Au cours de Bourse ac­tuel qui va­lo­rise l’en­tre­prise à 33 mil­liards d’eu­ros, les 24,1 % de l’Etat fran­çais pèsent près de 8 mil­liards. Un pac­tole. Sur le pa­pier, rien ne l’em­pêche de tout de vendre : En­gie n’est pas l’ex­ploi­tant nu­cléaire EDF, dé­te­nu à 83,5% par la puis­sance pu­blique. Mais une ces­sion to­tale est peu pro­bable à ce stade. En ven­dant par exemple un bloc de 15 %, l’Etat en­gran­ge­rait dé­jà 5 mil­liards. Quoi qu’il ar­rive, il conser­ve­ra une gol­den share («ac­tion de ré­fé­rence») lui as­su­rant un droit de re­gard sur une en­tre­prise ju­gée stra­té­gique pour les ap­pro­vi­sion­ne­ments de la France en gaz.

Quels sont les risques ?

En cé­dant ain­si ses parts, l’Etat se prive d’une rente : rien qu’en 2017, En­gie lui a re­ver­sé plus de 550 mil­lions d’eu­ros en di­vi­dendes. Le ci­toyen peut s’in­ter­ro­ger sur la vente d’un bi­jou de fa­mille qui rem­plis­sait, bon an mal an, les caisses pu­bliques. Et les syn­di­cats d’En­gie peuvent s’in­quié­ter de la dis­pa­ri­tion d’un «garde-fou so­cial» pour l’emploi. La CGT de­mande tou­jours, elle, la créa­tion d’«un nou­veau ser­vice pu­blic de l’éner­gie».

JEAN-CH­RIS­TOPHE FÉRAUD en mil­lions d’eu­ros en 2017

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