A l’ini­tia­tive d’At­tac et de la fon­da­tion Copernic, des syn­di­ca­listes, as­so­cia­tifs, po­li­tiques, uni­ver­si­taires et ar­tistes lancent un ap­pel à «ma­ni­fes­ter pa­ci­fi­que­ment» sa­me­di pour le cli­mat et avec les gi­lets jaunes.

Pour une jus­tice fis­cale et so­ciale

Libération - - ÉVÉNEMENT - PRE­MIERS SI­GNA­TAIRES

Le mou­ve­ment des gi­lets jaunes met dans le dé­bat pu­blic l’en­semble de la po­li­tique so­ciale du gou­ver­ne­ment. Plus lar­ge­ment, ce sont les po­li­tiques néo­li­bé­rales mises en oeuvre par les gou­ver­ne­ments suc­ces­sifs de­puis des dé­cen­nies qui sont en cause. Fins de mois de plus en plus dif­fi­ciles, pré­ca­ri­sa­tion tou­jours ac­crue du tra­vail, injustice fis­cale, condi­tions de vie qui se dé­té­riorent, telle est la si­tua­tion su­bie par la ma­jo­ri­té de la po­pu­la­tion. Ce qui touche en par­ti­cu­lier les femmes, très nom­breuses à se mo­bi­li­ser dans ce mou­ve­ment. Dans le même temps, l’éva­sion fis­cale n’a ja­mais été aus­si im­por­tante et les plus riches se sont vu of­frir de mul­tiples al­lé­ge­ments d’im­pôts : sup­pres­sion de l’ISF, flat tax de 30 % pour les re­ve­nus du ca­pi­tal qui ne sont plus sou­mis à l’im­pôt pro­gres­sif, baisse de l’im­pôt sur les so­cié­tés… Dans ces condi­tions, l’aug­men­ta­tion des taxes sur les car­bu­rants est ap­pa­rue comme «la goutte d’eau qui a fait dé­bor­der le vase». En dé­pit d’une ten­ta­tive de main­mise de l’ex­trême droite sur le mou­ve­ment, ce­lui-ci se ca­rac­té­rise par son au­to-or­ga­ni­sa­tion ho­ri­zon­tale et pose l’exi­gence d’une dé­mo­cra­tie réelle contre une pré­si­dence au­to­ri­taire et mé­pri­sante. A l’heure où se dé­roule la COP 24 en Po­logne et où la lutte contre le ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique est ur­gente, ce mou­ve­ment met éga­le­ment en évi­dence le lien entre la ques­tion so­ciale et les im­pé­ra­tifs éco­lo­giques: les plus grands pol­lueurs sont exo­né­rés de tout ef­fort, les prin­ci­pales causes du ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique ne sont pas trai­tées, la casse des ser­vices pu­blics et des com­merces de proxi­mi­té et l’éta­le­ment ur­bain se pour­suivent, les al­ter­na­tives en ma­tière de tran­sport en com­mun ne sont pas dé­ve­lop­pées. Le mo­dèle du lo­ge­ment so­cial en France est mis en pé­ril par sa mar­chan­di­sa­tion au pro­fit des grands groupes pri­vés. Dans ces condi­tions, ce n’est cer­tai­ne­ment pas aux classes moyennes et po­pu­laires de payer la tran­si­tion éco­lo­gique. La po­li­tique du gou­ver­ne­ment ne ré­pond ni à la co­lère so­ciale ni aux im­pé­ra­tifs éco­lo­giques. Le gou­ver­ne­ment laisse les mul­ti­na­tio­nales et les lob­bys pro­duc­ti­vistes n’en faire qu’à leur tête en pri­vi­lé­giant tou­jours plus leur in­té­rêt propre et ce­lui de leurs ac­tion­naires au dé­tri­ment du plus grand nombre et de l’ave­nir de la pla­nète.

Pen­dant des jours, le gou­ver­ne­ment a cam­pé sur une pos­ture in­tran­si­geante, re­fu­sant le moindre geste et cla­mant qu’il main­te­nait le cap et ce, mal­gré le fait qu’une énorme ma­jo­ri­té de la po­pu­la­tion sou­te­nait ce mou­ve­ment. Cette at­ti­tude a en­traî­né une exas­pé­ra­tion crois­sante qui a conduit à des actes de vio­lence dont le gou­ver­ne­ment pou­vait es­pé­rer ti­rer par­ti. Ce­la n’a pas été le cas et le sou­tien de la po­pu­la­tion est res­té mas­sif. Le gou­ver­ne­ment vient d’an­non­cer, entre autres, le gel, puis l’an­nu­la­tion de l’aug­men­ta­tion des taxes sur les car­bu­rants. C’est un pre­mier re­cul mais c’est trop peu, trop tard, car c’est de toute la po­li­tique so­ciale et de ses consé­quences éco­no­miques et éco­lo­giques qu’il faut dis­cu­ter. Alors même que la jeu­nesse a dé­ci­dé de se mettre en mou­ve­ment pour contes­ter les choix édu­ca­tifs du pou­voir, c’est un chan­ge­ment de cap qu’il faut im­po­ser. Pour com­men­cer, il faut ré­pondre aux re­ven­di­ca­tions syn­di­cales en aug­men­tant le smic et en re­ve­nant sur le pla­fon­ne­ment de l’aug­men­ta­tion des re­traites à 0,3%, ré­ta­blir l’ISF et taxer les mul­ti­na­tio­nales, dont To­tal, les Ga­fa et les banques qui fi­nancent les éner­gies fos­siles, pour in­ves­tir mas­si­ve­ment dans l’iso­la­tion ther­mique des bâ­ti­ments et les éner­gies re­nou­ve­lables. C’est pour­quoi, les sous­si­gné·es, syn­di­ca­listes, res­pon­sables as­so­cia­tifs et po­li­tiques, cher­cheur·es, uni­ver­si­taires, ar­tistes, etc., sou­tiennent les re­ven­di­ca­tions de jus­tice fis­cale et so­ciale por­tées par le mou­ve­ment des gi­lets jaunes. Ils ap­pellent la po­pu­la­tion à se mo­bi­li­ser pour im­po­ser une po­li­tique qui per­mette de mieux vivre, et à ma­ni­fes­ter pa­ci­fi­que­ment dans la rue mas­si­ve­ment le 8 dé­cembre, jour­née de mo­bi­li­sa­tion in­ter­na­tio­nale pour la jus­tice cli­ma­tique, en conver­gence avec la qua­trième jour­née de mo­bi­li­sa­tion des gi­lets jaunes. •

Lire aus­si la tri­bune de Yan­nick Ja­dot page 24.

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