Les en­tre­prises à la res­cousse du pou­voir d’achat

Le pou­voir d’achat, is­sue de se­cours du gou­ver­ne­ment

Libération - - ÉVÉNEMENT -

Bouées de sau­ve­tage ou «boucs émis­saires» ? L’exé­cu­tif a mis cette se­maine la pres­sion sur les en­tre­prises dans l’es­poir de trou­ver une sor­tie de crise après un mois de mo­bi­li­sa­tion des gi­lets jaunes. Ven­dre­di, Mu­riel Pé­ni­caud leur a adres­sé un «ap­pel». «Il faut y al­ler, tout le monde peut faire quelque chose», a dé­cla­ré la mi­nistre du Tra­vail sur BFM Bu­si­ness. La veille, son col­lègue de l’Eco­no­mie et des Fi­nances, Bru­no Le Maire, avait in­vi­té les pa­trons à ver­ser en fin d’an­née des «primes» dé­fis­ca­li­sées jus­qu’à 1000 eu­ros. Une me­sure rap­pe­lant la «prime de par­tage des pro­fits» de 2011 sous Nicolas Sar­ko­zy. A l’époque, toutes les en­tre­prises de plus de 50 sa­la­riés dont les di­vi­dendes ver­sés l’an­née pré­cé­dente étaient en aug­men­ta­tion avaient eu obli­ga­tion de ver­ser ce pé­cule pou­vant al­ler jus­qu’à 1 200 eu­ros par sa­la­rié.

«One shot».

Le re­tour de cette me­sure se­rait une «bonne idée» pour Geof­froy Roux de Bé­zieux, à condi­tion qu’elle soit… volontaire. Là «où ça va bien, on pour­ra faire un geste», a sou­li­gné le nou­veau pa­tron du Me­def à l’is­sue d’une réunion rue de Gre­nelle. Les syn­di­cats, eux, de­mandent une prime «obli­ga­toire» et en de­mandent da­van­tage sur les «bas sa­laires». Cette prime, «c’est une des so­lu­tions mais c’est du “one shot” […]. Les en­tre­prises ne pour­ront pas s’exo­né­rer de leurs res­pon­sa­bi­li­tés», a in­sis­té le se­cré­taire gé­né­ral de la CFDT, Laurent Ber­ger. Son ho­mo­logue de FO, Yves Vey­rier, a de nou­veau ré­cla­mé «une hausse du smic et du point d’in­dice de la fonc­tion pu­blique». Sur ce ter­rain, le gou­ver­ne­ment n’ira pas au-de­là de la re­va­lo­ri­sa­tion lé­gale pré­vue au 1er jan­vier (1,8%) et de l’aug­men­ta­tion ex­cep­tion­nelle de la prime d’ac­ti­vi­té (30 eu­ros par mois d’ici l’été). «On ne va pas im­po­ser par la loi une aug­men­ta­tion gé­né­rale des sa­laires, ça n’a pas de sens : on dé­trui­rait de la com­pé­ti­ti­vi­té et de l’em­ploi», a tran­ché Pé­ni­caud ven­dre­di, ren­voyant la balle sa­la­riale aux pa­trons. «Que les grandes en­tre­prises montrent l’exemple et il y en a beau­coup qui sont prêtes à le faire», a mar­te­lé la mi­nistre qui a rap­pe­lé que les né­go­cia­tions sa­la­riales an­nuelles ap­pro­chaient. D’au­tant, a-t-elle in­sis­té, qu’il y a «des branches qui ont fait l’ac­com­pa­gne­ment des sa­laires ces der­nières an­nées, d’autres moins».

Sen­tant le vent du bou­let, Roux de Bé­zieux a mis en garde le gou­ver­ne­ment contre la ten­ta­tive de faire des en­tre­prises «les boucs émis­saires de cette ré­volte fis­cale». «Les en­tre­prises, ça ne ma­ni­feste pas, ça ne bloque pas les ronds-points. Juste, ça ar­rête de créer des em­plois», a-t-il me­na­cé ven­dre­di sur France In­ter. Pour lui, il y a «ur­gence à bais­ser les dé­penses pu­bliques pour bais­ser les im­pôts» pour dé­gou­piller les gi­lets jaunes.

Les pa­trons à dos ?

Si le pa­tron des pa­trons monte ain­si au front, c’est que le gou­ver­ne­ment pour­rait être ten­té de re­ve­nir sur une par­tie des me­sures fa­vo­rables aux en­tre­prises pour bou­cler son bud­get de crise. En 2019, ces der­nières bé­né­fi­cie­ront d’un coup de pouce à 20 mil­liards d’eu­ros. En plus du cré­dit d’im­pôt com­pé­ti­ti­vi­té em­ploi (CICE) en­cais­sé au titre de l’an­née 2018, elles bé­né­fi­cie­ront d’une baisse de co­ti­sa­tions. Pour ré­cu­pé­rer les 4 mil­liards d’eu­ros man­quants après l’aban­don de la fis­ca­li­té éco­lo­gique, Ber­cy pour­rait pui­ser dans cette «bas­cule». Quitte à se mettre à dos les pa­trons.

LI­LIAN ALEMAGNA

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