Da­mien : «Moi, je suis pour une ré­par­ti­tion des ri­chesses»

Le jeune homme, qui a ar­rê­té de tra­vailler pour s’oc­cu­per de sa com­pagne en fau­teuil rou­lant, a trou­vé chez les gi­lets jaunes un «mou­ve­ment ci­toyen» uni.

Libération - - ÉVÉNEMENT - TRIS­TAN BER­TE­LOOT

Da­mien ha­bite en HLM à Me­lun (Sei­neet-Marne). A 30 ans, il a été plom­bier chauf­fa­giste jus­qu’en 2009, quand il a ar­rê­té de bos­ser pour s’oc­cu­per de sa com­pagne, en si­tua­tion de han­di­cap. Elle se dé­place en fau­teuil. Da­mien est aus­si cadre bé­né­vole dans l’as­so­cia­tion APF France han­di­cap. Le couple ha­bite en rez-de-chaus­sée dans un ap­par­te­ment avec jar­din. Sur le ca­na­pé, leur fille, pré-ado, joue avec le la­pin Au­gus­tin, ce qui rend le chien Go­mez ja­loux, alors qu’un ca­na­ri vo­lette dans le sa­lon. «Ici, c’est la li­ber­té», dit Da­mien. La large té­lé en face dif­fuse BFM TV, en boucle sur les gi­lets jaunes de­puis trois se­maines. Sur l’écran de l’or­di­na­teur est ou­vert le ca­len­drier Google de Da­mien, bien rem­pli. L’homme est vis­sé à son por­table, re­çoit les no­ti­fi­ca­tions des groupes Fa­ce­book et Whatsapp dont il est membre, «ac­com­pagne» à coups de tex­tos le blo­cage du soir sur le rond-point de Combs-la-Ville, où cin­quante gi­lets jaunes sont at­ten­dus, ain­si que le dé­pu­té du coin et pre­mier se­cré­taire du PS, Oli­vier Faure. Da­mien ex­plique: «L’his­toire des gi­lets jaunes existe de­puis tou­jours mais tout le monde était der­rière son or­di­na­teur, der­rière son journal.» Un jour, le jeune homme est al­lé à une réunion de pré­pa­ra­tion à Me­lun, a ren­con­tré Tho­mas, qui co­or­donne le groupe «77 sud»: «On a fait le blo­cage à Pon­tault-Com­bault, l’opé­ra­tion es­car­got, c’était for­mi­dable, les gens étaient tous d’ac­cord avec nous.» De­puis, Da­mien a un rôle dans le mou­ve­ment, qu’il ap­pelle par­fois «gi­lets jaunes», sans ar­ticle dé­fi­ni de­vant. Comme si la chose n’était pas pal­pable. Comme si «gi­lets jaunes» n’était qu’une si­tua­tion de fait. Celle du pauvre gars qui trime mais ne s’en sort ja­mais, en somme. Ce qui veut dire qu’il a tou­jours exis­té et exis­te­ra tou­jours. «Gi­lets jaunes» n’est pas un par­ti. «D’ailleurs si ça le de­vient, je me casse», pré­vient-il. Quand il donne son avis, Da­mien ajoute tou­jours «ce n’est que mon avis» parce qu’il a peur qu’on pense que «je» parle pour le col­lec­tif. Il dit : «“Gi­lets jaunes” n’a pas de lea­ders et ne doit pas en avoir. Cer­tains groupes ex­plosent car il y en a qui veulent de­ve­nir le chef. Mais c’est un mou­ve­ment ci­toyen. Où cha­cun a des sen­si­bi­li­tés dif­fé­rentes. Ce n’est que mon avis, mais moi je suis pour une ré­par­ti­tion des ri­chesses. Ils ont de l’ar­gent mais c’est mal re­dis­tri­bué», dit ce­lui qui a vo­té Mé­len­chon au pre­mier tour en 2017 et blanc au se­cond. «Par exemple, moi, je suis pas pour la dé­mis­sion de Ma­cron. Parce que der­rière, tu sais pas ce qu’on peut avoir.» Au su­jet du pré­sident en exer­cice, Da­mien ajoute: «Il a été élu par dé­faut. Et il est en train de créer des burn-out par­tout dans la po­pu­la­tion. Mais main­te­nant c’est fi­ni.» Avant de conclure : «C’est in­croyable ce qu’on est obli­gés de faire pour se faire en­tendre.»

PHOTO STÉ­PHANE LA­GOUTTE. MYOP

Da­mien, chez lui avec sa com­pagne et sa fille.

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