Les moines de Ti­bé­hi­rine béa­ti­fiés ce sa­me­di à Oran

Libération - - MONDE -

Cette fois-ci, ce se­ra, plus dis­crè­te­ment, à Oran. Et non pas à Al­ger comme il y a vingt-deux ans pour la messe de leurs fu­né­railles, cé­lé­brée le 2 juin 1996 sous très haute sur­veillance po­li­cière. Ce sa­me­di, les sept moines de Ti­bé­hi­rine se­ront béa­ti­fiés à la cha­pelle San­ta-Cruz d’Oran, avec douze autres religieux ca­tho­liques, vic­times eux aus­si de la vio­lence ter­ro­riste. L’en­lè­ve­ment des moines, dans la nuit du 26 au 27 mars 1996, avait été re­ven­di­qué par le Groupe is­la­mique ar­mé (GIA).

Que la cérémonie ait lieu en Al­gé­rie est dé­jà en soi un évé­ne­ment, une pre­mière dans un pays mu­sul­man. Les au­to­ri­tés al­gé­riennes ont don­né leur feu vert au prin­temps der­nier. «Ce­la nous per­met­tra d’y as­so­cier toutes les vic­times al­gé­riennes», sou­li­gnait ré­cem­ment Jean­Paul Ves­co, l’évêque d’Oran, in­ter­ro­gé par Li­bé.

Cô­té al­gé­rien, s’il y a des ré­ti­cences, c’est bien sûr ce thème, à sa­voir pour­quoi ho­no­rer spé­ci­fi­que­ment ces morts-là. Dans les an­nées 90, la guerre ci­vile en Al­gé­rie a fait au moins 150000 vic­times dans la po­pu­la­tion. Des imams, au nombre de 114, qui s’étaient éle­vés contre les vio­lences ont, eux aus­si, été as­sas­si­nés. Pour leur rendre hom­mage, l’évêque d’Oran a pré­vu un mo­ment de prière par­ta­gée à la grande mos­quée de la ville, juste avant les béa­ti­fi­ca­tions. A Ti­bé­hi­rine, le mo­nas­tère et la tombe des moines sont de­ve­nus un lieu de pè­le­ri­nage in­for­mel, at­ti­rant prin­ci­pa­le­ment des Al­gé­riens. Di­manche, les fa­milles ve­nues as­sis­ter à la béa­ti­fi­ca­tion de­vraient s’y rendre. «Les moines étaient des per­sonnes très res­pec­tés, rap­pelle Mi­reille Duteil, au­trice d’un livre sur l’his­toire de Ti­bé­hi­rine. Je crois qu’il y a un sen­ti­ment de honte chez les Al­gé­riens de ce qui leur est ar­ri­vé, de leur en­lè­ve­ment à leur mort.» Comme le ra­conte le film de Xa­vier Beau­vois, Des hommes et des dieux, les moines étaient très proches de la po­pu­la­tion lo­cale. Ils avaient prê­té un bâ­ti­ment pour que les vil­la­geois y ins­tallent une mos­quée de fortune. Frère Luc, un mé­de­cin d’ori­gine lyon­naise, avait ou­vert un dis­pen­saire où il soi­gnait les ha­bi­tants des en­vi­rons. «Ce qui de­meure pour nous tous, c’est le té­moi­gnage de leur fra­ter­ni­té», re­tient Ka­mel Kab­tane, rec­teur de la grande mos­quée de Lyon, in­vi­té aux cé­ré­mo­nies de sa­me­di. BER­NA­DETTE

SAUVAGET

PHOTO AFP

L’en­lè­ve­ment des moines a eu lieu dans la nuit du 26 au 27 mars 1996.

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