CINQ SINGLES PRES­SÉS

Libération - - CULTURE/ - CH­RIS­TOPHE CONTE

Au­cun groupe punk an­glais n’a réus­si mieux que les Buzz­cocks à concen­trer en moins de deux mi­nutes trente tous les doutes sen­ti­men­taux et toutes les in­ter­ro­ga­tions exis­ten­tielles de l’époque. La preuve en cinq singles im­pa­rables.

Or­gasm Ad­dict (1977)

Ecrit à quatre mains très em­pres­sées avec Ho­ward De­vo­to, avant que ce­lui-ci s’en aille se pa­lu­cher avec Ma­ga­zine, ce single inau­gu­ral dé­balle en deux mi­nutes chro­no tout l’art ja­cu­la­toire des Buzz­cocks: frus­tra­tion sexuelle, ex­cès de sé­bum et at­trait mul­ti­genres. Le tout ser­ré dans une pop song où le chan­teur à voix ca­naille pousse des râles qu’il ju­ge­ra plus tard em­bar­ras­sants. La po­chette, si­gnée Mal­colm Gar­rett d’après un col­lage de Lin­der Ster­ling, se­ra l’une de celles qui fe­ront en­trer le punk au mu­sée.

I Don’t Mind (1978)

Com­po­sé en­tiè­re­ment par Shel­ley, ce titre re­pré­sente un pas de cô­té as­sez sa­lu­taire vis-à-vis de l’idéo­lo­gie do­mi­nante du No Fu­ture. Car le je­men­fou­tisme ap­pa­rent dis­si­mule de vraies ques­tions exis­ten­tielles («Je ne sais pas si je

suis un ac­teur ou un jam­bon») de la part d’un jeune mec dé­jà lu­cide sur le théâtre des va­ni­tés où pa­vanent ses col­lègues. Les Buzz­cocks n’ont ja­mais por­té d’épingles à nour­rice, mais ils en ont plan­té pas mal dans le cul de leur époque. Ever Fal­len in Love (with So­meone You Shouldn’t’ve)

(1978)

Unique vrai «tube» des Buzz­cocks, même s’il ne dé­pas­sa pas la 12e place des charts an­glais, ce mor­ceau bap­ti­sé d’après une ti­rade de la co­mé­die mu­si­cale Guys and Dolls est adres­sé par Shel­ley à son boy­friend, Fran­cis, et plus gé­né­ra­le­ment à tous ceux qui éprouvent des sen­ti­ments trou­blés dans l’An­gle­terre en­core cor­se­tée des an­nées 70. Im­pa­rable mé­lo­di­que­ment, ce single em­prunte pour sa po­chette un des Coeurs

vo­lants de Mar­cel Du­champ.

Pro­mises (1978)

Pen­dant que d’autres rê­vaient de mettre le feu au sys­tème, Shel­ley n’avait de cesse d’in­ter­ro­ger les rap­ports amou­reux à l’aune du pas­sage à l’âge adulte. Ici, il est ques­tion d’une rup­ture et des amer­tumes af­fé­rentes, en contre­point d’une musique en­jouée si­gnée Steve Diggle. Ce contraste entre une pop in­sou­ciante et des textes blêmes amu­sa beau­coup Shel­ley, don­nant aux dra­gées au poivre leur par­faite tra­duc­tion mu­si­cale.

I Be­lieve (1980)

«I can’t feel the fu­ture but I’m not even cer­tain that there’s a past», «There’s no love in this world any­more», les phrases de cette autre chan­son pé­trie de doutes ont fi­ni de don­ner au punk son vé­ri­table ca­rac­tère dé­bous­so­lé. Trois ans après les pre­miers or­gasmes le constat est la­pi­daire : cette époque fut une longue (mais joyeuse) dé­ban­dade.

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