Lo­me­pal Haut en dou­leurs

Après le car­ton de «Flip», le rap­peur pa­ri­sien re­vient avec un al­bum sen­sible, mu­tant et ca­bos­sé dé­dié à sa grand-mère.

Libération - - MUSIQUE/ -

Il est loin le temps où le rap ef­frayait les pa­rents. Le Pa­ri­sien An­toine Va­len­ti­nel­li, re­bap­ti­sé Lo­me­pal pour son teint ma­la­dif, vit en­core avec sa mère ar­tiste peintre dans le XIIIe ar­ron­dis­se­ment mal­gré le suc­cès de Flip, son pre­mier al­bum sor­ti l’an der­nier : double disque de pla­tine, des mil­lions de vues sur You­Tube et les salles combles (un Olym­pia, une tour­née des Zé­nith à ve­nir dé­jà en par­tie com­plète). Dans la fou­lée, son deuxième disque, Jean­nine, est dé­dié à sa grand-mère dé­cé­dée. Schi­zo­phrène, elle mar­chait nue dans la rue en dé­cla­mant des for­mules ma­giques et s’en­rô­lait dans une secte avant de ten­ter de sau­ver le monde en Inde.

Le chan­teur a hé­ri­té d’une part de cette fo­lie et de ses an­goisses. Des tour­ments qui nour­rissent un rap mé­lan­co­lique dont la pro­fon­deur tex­tuelle s’ins­pire de la chan­son fran­çaise au­tant que de la sé­man­tique ur­baine

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THE STROKES

Room On Fire (2003) Lo­me­pal a beau­coup écou­té le groupe de rock new-yor­kais jus­qu’à adop­ter son mé­lange de failles et d’ar­ro­gance ain­si que son art de la su­bli­ma­tion du désarroi amou­reux. du phé­no­mène PNL. Ap­par­te­nant à une gé­né­ra­tion dé­pour­vue d’oeillères qui hy­bride la va­rié­té et le hip-hop (Ed­dy De Pret­to, Tim Dup, Cha­ton), Lo­me­pal aime sor­tir des cadres. En té­moigne l’ex­cen­trique liste d’in­vi­tés de Jean­nine. On passe ain­si sans complexe d’un duo poé­tique sur l’ami­tié avec l’ico­no­claste Ka­te­rine (Cinq doigts) à un ego­trip avec une autre idole ju­vé­nile, Orel­san (La Vé­ri­té), en pas­sant par une nuit de dé­bauche contée avec le rap­peur bran­ché Roméo El­vis (1000°C). Roi de la pun­chline exis­ten­tielle, Lo­me­pal chante en fait presque tou­jours la même chose : les his­toires de fa­mille et les dés­illu­sions de sa gé­né­ra­tion, entre amours contra­riées et tris­tesse de fins de soi­rée. Des su­jets ba­li­sés mais ma­gni­fiés par les nappes syn­thé­tiques du pro­duc­teur Su­per­poze et la rage très rock des tré­mo­los de Lo­me­pal. Ska­teur, le rap­peur qui n’a pas peur d’ex­po­ser ses bles­sures, a peut-être ain­si ac­com­pli la prouesse du ride par­fait. «Un pied dans les flammes, un autre dans la glace / Sé­duit par les ex­trêmes, j’ai trou­vé ma place », comme le ré­sume le cou­plet du bouillon­nant pre­mier single, 1 000°C.

VIO­LAINE SCHÜTZ LO­ME­PAL Jean­nine (Pi­neale Prod/Grand Mu­sic Ma­na­ge­ment) FRANK OCEAN

Blonde (2016)

A des an­nées-lu­mière du rap ma­cho, un RnB fra­gile qui brise les codes de la vi­ri­li­té. En 2017, Lo­me­pal se dé­guise en femme pour Flip, re­pre­nant le flam­beau de la mas­cu­li­ni­té 2.0. ROMÉO EL­VIS

Mo­rale 2 (2017)

Le frère spi­ri­tuel belge de Lo­me­pal flirte avec le rap, la chan­son et l’electro avec une sou­plesse sty­lis­tique qui reste l’apa­nage de la jeu­nesse.

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