Confi­dences pla­né­taires de Mi­chelle Oba­ma

Libération - - IDÉES/ - ALEXAN­DRA SCHWARTZBROD

Les édi­tions Pen­guin Ran­dom House étaient si convain­cues que les mémoires des époux Oba­ma fe­raient un car­ton qu’elles ont lâ­ché quelque 65 mil­lions de dol­lars pour en ob­te­nir l’ex­clu­si­vi­té. En France, c’est Fayard qui a ti­ré le gros lot, à un coût qui n’a pas été ren­du public mais que l’on dit très éle­vé. L’idée était de pro­fi­ter d’un lan­ce­ment mon­dial or­ches­tré à l’amé­ri­caine, dans ses moindres dé­tails et sur tous les sup­ports nu­mé­riques (Ins­ta­gram, Fa­ce­book, etc.). Mi­chelle Oba­ma a été la pre­mière à dé­gai­ner ses mémoires, Be­co­ming, pu­bliées dans plus de trente langues le 13 no­vembre. De­ve­nir (le titre fran­çais) s’est vite po­si­tion­né en France dans les pre­mières places des ventes de do­cu­ments. Fayard pen­sait en inon­der le marché (et ren­trer dans ses frais) grâce à la ve­nue de Mi­chelle Oba­ma à Pa­ris le 5 dé­cembre. Ve­nue re­por­tée pour cause d’ob­sèques de George Bush.

Est-ce si tarte qu’an­non­cé ?

Raillé dès le pre­mier jour par cer­tains mé­dias, De­ve­nir est en réa­li­té un té­moi­gnage de pre­mière main sur le par­cours d’une jeune Afro-Amé­ri­caine des quar­tiers pauvres de Chi­ca­go que rien ne pré­des­ti­nait à de­ve­nir pre­mière dame des Etats-Unis («je suis une per­sonne or­di­naire qui s’est re­trou­vée em­bar­quée dans une aven­ture ex­tra­or­di­naire», écrit-elle). Et sur­tout sur le quo­ti­dien d’une cam­pagne élec­to­rale, avec ses doutes et ses chausse-trappes. Même le ré­cit de la vie à la Mai­son Blanche est cap­ti­vant pour qui sort tout juste de la sé­rie House of Cards, et aus­si pour les autres. Certes, ce livre fait par­tie d’une vaste opé­ra­tion de com­mu­ni­ca­tion des­ti­née à en­tre­te­nir le mythe Oba­ma, mais soyons hon­nête, il est bien plus que ce­la. C’est d’abord le ré­cit, de l’in­té­rieur, d’une ac­ces­sion à la tête du pays le plus puis­sant de la pla­nète, ce n’est pas rien.

Mi­chelle Oba­ma se livre-t-elle vrai­ment ?

Elle dit beau­coup de choses. Sur le plan per­son­nel d’abord : pre­mières règles, pre­mier bai­ser, pre­mier amour, dif­fi­cul­tés pour avoir un en­fant, Ba­rack contraint de don­ner sa se­mence pour faire une FIV tan­dis qu’elle su­bit un trai­te­ment hor­mo­nal… on n’est pas to­ta­le­ment dans «Oui-oui à la Mai­son Blanche». Elle ne cache rien non plus des dif­fi­cul­tés à main­te­nir une vie de couple quand l’un est da­van­tage dans la lu­mière que l’autre. Ou juste quand le temps et le quo­ti­dien font leur oeuvre. «Même un mariage heu­reux peut-être las­sant», écrit-elle. Cô­té public, on en ap­prend beau­coup sur son rôle. «Il n’y a pas de mode d’em­ploi pour de­ve­nir pre­mière dame des Etats-Unis. Ce n’est pas à pro­pre­ment par­ler un mé­tier […]. Ce n’est pas payé et il n’y a au­cune obli­ga­tion ex­pli­cite. C’est un étrange stra­pon­tin de la pré­si­dence, une fonc­tion qu’avaient oc­cu­pée avant moi plus de qua­rante femmes, cha­cune s’en ac­quit­tant à sa fa­çon.»

Do­nald Trump ap­pa­raît-il ?

Très peu, mais le pas­sage qui le concerne est dé­vas­ta­teur. «De­puis l’en­fance, j’ai tou­jours été convain­cue qu’il fal­lait dé­non­cer les pe­tites brutes, mais sans s’abais­ser à leur ni­veau. Or, pour être claire, nous avions main­te­nant af­faire à une pe­tite brute, à un homme qui, entre autres choses, dé­ni­grait les mi­no­ri­tés, ex­pri­mait ou­ver­te­ment son mé­pris pour les pri­son­niers de guerre, ba­fouait la di­gni­té de notre pays pra­ti­que­ment à cha­cune de ses dé­cla­ra­tions.» • MI­CHELLE OBA­MA DE­VE­NIR Tra­duit de l’an­glais (Etats-Unis) par Odile De­mange et Isa­belle Tau­dière. Fayard, 490 pp., 24,50 €.

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