Gi­lets jaunes ou po­lice : au Ras­sem­ble­ment na­tio­nal, l’op­por­tu­nisme d’abord

Libération - - ÉVÉNEMENT -

Il «condamne» les vio­lences, mais… le Ras­sem­ble­ment na­tio­nal (RN) consi­dère que «le seul res­pon­sable de la si­tua­tion, c’est le gou­ver­ne­ment». Ma­rine Le Pen l’a re­dit, mer­cre­di, au mi­cro de Ra­dio clas­sique : s’il y a eu des exac­tions lors des ma­ni­fes­ta­tions des gi­lets jaunes, plu­sieurs sa­me­dis de suite, le «cou­pable» en est l’exé­cu­tif: «C’est lui qui est en réa­li­té l’au­teur du dé­sordre.»

Les scènes de chaos lors des der­nières ma­ni­fes­ta­tions, l’an­cien boxeur Christophe Det­tin­ger frap­pant un gen­darme mo­bile, des ma­ni­fes­tants s’in­tro­dui­sant de force dans le mi­nis­tère de Ben­ja­min Gri­veaux ? Pour la di­ri­geante du Ras­sem­ble­ment na­tio­nal, qui lance di­manche à Pa­ris la cam­pagne du par­ti d’ex­trême droite pour les eu­ro­péennes, il s’agit d’un «piège qui a été lan­cé par le gou­ver­ne­ment». La dé­pu­tée du Pas-de-Ca­lais, qui «condamne» quand même «les exac­tions comme [le font] la ma­jo­ri­té des gi­lets jaunes», es­time qu’Em­ma­nuel Ma­cron au­rait com­mis «un cer­tain nombre de pro­vo­ca­tions, qui ont ser­vi à hys­té­ri­ser le dé­bat».

L’avis a de quoi sur­prendre, dans un par­ti his­to­ri­que­ment at­ta­ché à l’«ordre» et dont les mi­li­tants sont d’ha­bi­tude plus en­clins à sup­por­ter les po­li­ciers que les anar­chistes. «C’est une stra­té­gie pour ré­cu­pé­rer les voix des gens qui consi­dèrent qu’il y a une sorte de vo­lon­té du gou­ver­ne­ment d’en­ve­ni­mer les choses, en re­fu­sant toute forme de dia­logue qui per­met­trait de ré­soudre la si­tua­tion», ex­plique le po­li­to­logue Jean-Yves Ca­mus.

Dos à dos.

Le Pen dit en ef­fet que «comme [le Pré­sident] ne veut pas être en pre­mière ligne, il met les po­li­ciers en pre­mière ligne. Et le piège est ter­rible : il consiste à je­ter les po­li­ciers contre les gi­lets jaunes, à je­ter de l’huile sur le feu». Puis elle ajoute: «Le pro­blème, c’est que ce sont des Fran­çais d’un cô­té comme de l’autre, qui par­tagent les mêmes es­poirs et les mêmes in­quié­tudes.» Les flics se­raient-ils des gi­lets jaunes qui s’ignorent ? Pas vrai­ment. La pré­si­dente du RN s’adresse ici à «ceux qui consi­dèrent que les po­li­ciers de­vraient dé­po­ser les armes». Ma­rine Le Pen ne veut sur­tout pas mettre forces de l’ordre et gi­lets jaunes dos à dos : elle sait trop bien la manne élec­to­rale po­ten­tielle que les deux re­pré­sentent pour le par­ti qu’elle di­rige. En 2016, 56,2 % des po­li­ciers et mi­li­taires in­di­quaient avoir pré­vu de vo­ter Le Pen au pre­mier tour de la pré­si­den­tielle 2017. Cette an­née-là, le Front na­tio­nal (de­ve­nu de­puis Ras­sem­ble­ment na­tio­nal) avait été le pre­mier à sou­te­nir leur mou­ve­ment de pro­tes­ta­tion. Comme il l’a été quelques mois plus tard pour les gi­lets jaunes, sans tou­te­fois ap­pe­ler à ma­ni­fes­ter, pour «ne pas trop en faire», ex­plique un proche de la di­ri­geante fron­tiste : «Dans d’autres par­tis, cer­tains pensent qu’il faut mettre des gi­lets jaunes pour se les mettre dans la poche, mais ils sont in­dif­fé­rents à ça.»

Son­dages.

Que faire alors ? Ra­con­ter que «le pou­voir veut que po­lice et ci­toyens se tapent des­sus, pour in­car­ner l’ordre. En réa­li­té il in­carne le dé­sordre», que «les ma­ni­fes­tants ne font que ré­pondre à la ré­pres­sion. Ce n’est pas la po­lice qui ré­prime, ce sont les don­neurs d’ordre». Une tac­tique qui semble payer : de­puis le dé­but du mou­ve­ment, pour­tant pro­téi­forme, le RN est le seul à mon­ter dans les son­dages. Il est dé­sor­mais consi­dé­ré comme le par­ti qui in­carne le mieux l’op­po­si­tion, de­vant La France in­sou­mise. Pour la pre­mière fois de­puis le dé­but du quin­quen­nat.

TRIS­TAN BERTELOOT

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