Po­lé­mique

La fi­na­liste de la pré­si­den­tielle de 2007, qui sou­hai­tait unir les par­tis hors France in­sou­mise, aban­donne à force de se prendre des vestes de la part de ses ca­ma­rades. Jouan­no de­mande à Ma­cron de bais­ser son sa­laire

Libération - - FRANCE - Par RA­CHID LAÏRECHE

Fin de l’his­toire : Sé­go­lène Royal ne se­ra pas can­di­date aux eu­ro­péennes. L’an­cienne mi­nistre et fi­na­liste de la pré­si­den­tielle de 2007 l’a an­non­cé ven­dre­di ma­tin sur France In­ter : «J’avais po­sé pour condi­tion, pour ré­pondre à l’ai­mable pres­sion de mes amis, de pou­voir struc­tu­rer et créer une conver­gence et un ras­sem­ble­ment des éco­lo­gistes, de la gauche, des démocrates, de la so­cié­té ci­vile éga­le­ment. Ces condi­tions ne sont pas rem­plies, puis­qu’un cer­tain nombre de par­te­naires ont re­fu­sé, et par consé­quent je reprends ma li­ber­té de ne pas être can­di­date.»

Di­vi­sions.

Une fausse sur­prise. De­puis son re­tour dans le jeu po­li­tique na­tio­nal, cet au­tomne, Sé­go­lène Royal, qui rê­vait de voir toute la gauche sur le même ba­teau, a vu les portes se fer­mer les unes après les autres. Elle a d’abord to­qué à celle de Yan­nick Ja­dot, tête de liste d’EE-LV, prête à lais­ser la pre­mière place. Re­fus. Les dé­cla­ra­tions hos­tiles re­mon­tant dans la presse des autres ca­ma­rades po­ten­tiels l’ont dis­sua­dée d’al­ler plus loin. Les rai­sons de cet échec sont mul­tiples. Les fa­milles di­vi­sées se ren­ferment sur el­les­mêmes sous le re­gard des mi­li­tants et sym­pa­thi­sants qui se dé­so­lent face à la si­tua­tion. Que ce soit les com­mu­nistes, les éco­lo­gistes ou Gé­né­ra­tion·s, le mou­ve­ment de Be­noît Ha­mon, ils sont tous (dé­jà) en cam­pagne. Chaque ego se voit en sau­veur, au risque de lais­ser la gauche en miettes. Ra­phaël Glucks­mann peut en té­moi­gner. Il a lan­cé avec sa bande le mou­ve­ment Place pu­blique, afin d’ou­vrir le dé­bat, réunir la gauche dans les urnes et réa­li­ser un «score à deux chiffres». Ré­cem­ment, il nous confiait ses dif­fi­cul­tés et le sen­ti­ment de se re­trou­ver à chaque réunion – que son mou­ve­ment or­ga­nise –, à un ras­sem­ble­ment «d’al­coo­liques ano­nymes» qui res­sassent les er­reurs et les di­vi­sions du pas­sé. La der­nière en date a eu lieu jeu­di. Les com­mu­nistes, so­cia­listes, Gé­né­ra­tion·s et l’éco­lo­giste Noël Ma­mère étaient pré­sents. Place pu­blique lâche des sou­rires, ex­plique à qui veut l’en­tendre que le ras­sem­ble­ment est tou­jours jouable. Mais la pente est raide…

«Ordre juste».

L’aban­don de Royal n’est pas seule­ment dû aux di­vi­sions. Elle clive. Son in­ten­tion de me­ner une liste aux eu­ro­péennes n’a pas fait sa­li­ver –mis à part les so­cia­listes, qui ga­lèrent à trou­ver une porte de se­cours. Les re­proches sont nom­breux. Le plus fré­quent ? Une fi­gure à gauche: «Com­ment on peut faire confiance et tra­vailler avec une per­sonne qui se­rait prête de­main à de­ve­nir mi­nistre d’Em­ma­nuel Ma­cron ? Ce n’est pas pos­sible.» Ven­dre­di ma­tin, l’ex-can­di­date à la pré­si­den­tielle a ré­pon­du dans Pa­ris Match : «Tout le monde a trou­vé le re­proche qui lui conve­nait. On m’a re­pro­ché aus­si ma vi­sion de l’ordre juste. Je ne se­rais pas suf­fi­sam­ment dans l’op­po­si­tion? Mais les élec­tions eu­ro­péennes ne sont pas une élec­tion na­tio­nale.»

Sé­go­lène Royal ne compte pas dis­pa­raître des ra­dars. Après son suc­cès en li­brai­rie avec son livre, Ce que je peux en­fin vous dire, elle ne s’in­ter­dit rien. Per­sua­dée qu’une par­tie des ci­toyens lui tend les bras, elle pré­vient : «Je conti­nue donc mes com­bats. Croyez-moi, je ne manque pas de ter­rains d’en­ga­ge­ment.» Reste à trou­ver des co­pains et des co­pines pour par­tir à l’aven­ture. • Les dé­buts et fins d’an­née sont l’oc­ca­sion pour cer­tains de de­man­der à leur pa­tron une aug­men­ta­tion. Mais pour Chan­tal Jouan­no, c’est l’in­verse. «J’ai de­man­dé au Pré­sident lun­di soir de re­voir à la baisse mon ni­veau de ré­mu­né­ra­tion […]. Le juste choix lui ap­par­tient», a-t-elle ex­pli­qué ven­dre­di dans le Fi­ga­ro. Ce­la suf­fi­ra-t-il à apai­ser les es­prits, alors qu’elle s’est re­ti­rée de l’or­ga­ni­sa­tion du grand dé­bat après une po­lé­mique sur son sa­laire mais écarte toute dé­mis­sion de la pré­si­dence de la Com­mis­sion na­tio­nale du dé­bat pu­blic ? A ceux qui ré­clament son dé­part, elle ré­torque qu’il s’agit d’une «re­mise en ques­tion éton­nante de l’in­dé­pen­dance» de son ins­ti­tu­tion. «Peut-être est-ce une mé­con­nais­sance par manque d’ex­pé­rience.» Cou­cou Gri­veaux.

«Com­ment on peut faire confiance et tra­vailler avec une per­sonne qui se­rait prête à de­ve­nir mi­nistre de Ma­cron ?» Une fi­gure à gauche

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