Tal­lies L’âge de l’in­no­cence

Le jeune groupe ca­na­dien re­prend de belle ma­nière le flam­beau dream pop-shoe­gaze.

Libération - - MUSIQUE -

L’hy­po­cri­sie

«Je com­prends que cer­taines per­sonnes n’aiment pas cette po­chette, mais c’est une image que je trouve belle, et je ne vois pas pour­quoi quel­qu’un pour­rait en être ou­tré. Il existe une grande hy­po­cri­sie au­tour de l’éro­tisme et de la sexua­li­té, y com­pris dans le mi­lieu de la mu­sique élec­tro­nique. Ap­pa­rem­ment, un DJ a été cho­qué en re­ce­vant l’album et a pré­dit que ça al­lait si­gner la fin de ma car­rière… alors qu’il joue ré­gu­liè­re­ment au Ber­ghain [club tech­no ber­li­nois no­tam­ment ré­pu­té pour ses ba­ckrooms, ndlr]. Il trou­vait que l’image était dé­gra­dante pour la femme, alors qu’il n’y a ni do­mi­na­tion, ni avi­lis­se­ment dans cette pho­to, contrai­re­ment à d’autres po­chettes de disques élec­tro­niques par­fois vrai­ment trash.»

je n’ai ja­mais été cho­qué par l’éro­tisme, on n’a ja­mais eu de su­jet ta­bou dans notre fa­mille. Alors pour moi, le sexe évoque plu­tôt la beau­té et l’art que quelque chose qu’il faut ab­so­lu­ment ca­cher.» SHLØMO Mer­cu­rial Skin (Taa­pion Re­cords)

Même en ces temps trou­blés, on peut avan­cer que le concept de feel good, qui a fait naître de­puis une di­zaine d’an­nées tant de films, disques ou livres cen­sés nous faire «sen­tir bien», ne pro­duit le plus sou­vent que des niai­se­ries aus­si «po­si­tives» qu’asep­ti­sées. L’art est-il vrai­ment fait pour qu’on se sente bien? Lais­sons là ces consi­dé­ra­tions de troi­sième cycle pour écrire exac­te­ment le contraire: le pre­mier album des Ca­na­diens Tal­lies est bon car il fait du bien.

La douce eu­pho­rie que l’on res­sent à l’écoute de ces onze chan­sons aci­du­lées comme des bon­bons au ci­tron est aus­si agréable qu’ad­dic­tive. Ces en­vo­lées oni­riques, se ré­cla­mant de The Sun­days, évoquent cer­tains disques dream pop ou shoe­gaze de la fin des an­nées 80, comme ceux de Coc­teau Twins ou même de My Bloo­dy Va­len­tine dans une ver­sion apai­sée, sont dé­li­cieuses. Tal­lies est né au­tour du couple for­mé par la chan­teuse Sa­rah Co­gan et le gui­ta­riste Dy­lan Frank­lang. Ils se sont ren­con­trés en sui­vant une for­ma­tion d’in­gé­nieurs du son dans une cé­lèbre école d’Ot­ta­wa puis ont re­cru­té le bat­teur Clan O’Neil et le bas­siste Ste­phen Pit­man. Tal­lies a en­suite sui­vi le par­cours ha­bi­tuel des groupes in­dé jus­qu’à l’en­re­gis­tre­ment de ce pre­mier album. Comme beau­coup de leurs confrères avant eux, la pe­tite bande chante l’in­no­cence et les ques­tion­ne­ments de la fin de l’ado­les­cence sans vé­ri­ta­ble­ment ré­vo­lu­tion­ner le genre, ni dans les mots, ni dans l’ha­billage. Certes, on a dé­jà (sou­vent) en­ten­du ces gui­tares qui flottent telle une fine bruine ra­fraî­chis­sante et cette voix su­crée qui ré­sonne en écho, mais Trains in Snow, Mo­ther ou Mid­night sont des frian­dises suf­fi­sam­ment agréables pour qu’on ait en­vie de pas­ser agréa­ble­ment ce dé­but d’an­née en com­pa­gnie des Tal­lies. Feel good, on vous dit.

ALEXIS BER­NIER TAL­LIES Tal­lies (Fear of Mis­sing out/ Ber­tus)

Vous ai­me­rez aus­si

THE LO­TUS EATERS No Sense of Sin (1984)

Groupe d’un seul tube, le dé­li­ca­te­ment mé­lan­co­lique The First Pic­ture of You, en 1983, ces man­geurs de lo­tus de Li­ver­pool jouaient une pop an­dro­gyne aus­si belle que fra­gile. MOOSE …xyz (1992)

De la pop élé­gante et raf­fi­née, mais aus­si par­fois en­tê­tante comme avec le (mi­ni) tube Lit­tle Bird ex­trait de cet album au­jourd’hui ou­blié. LUSH Split (1994)

Deux filles et deux gar­çons d’An­gle­terre jouant dans la se­conde di­vi­sion du shoe­gaze sans être désa­gréables pour au­tant.

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