Hol­lande

Dans le Pas-de-Ca­lais, vante le dia­logue In­vi­té par la pe­tite com­mune de Lespesses, l’an­cien pré­sident de la Ré­pu­blique a poin­té les vio­lences et s’est mon­tré scep­tique vis-à-vis du RIC.

Libération - - ÉVÉNEMENT -

Di­manche ma­tin, dans les ruelles de Lespesses, pe­tite com­mune du Pas-de-Ca­lais, les voi­tures sta­tionnent à la va-vite sur les trot­toirs, sous le re­gard de nom­breux gen­darmes. Cer­tains gi­lets jaunes sont en évi­dence sur les ta­bleaux de bords. Près de la salle des fêtes, un grand cha­pi­teau est po­sé. La mu­sique ré­sonne. Une sorte de ker­messe. Tout est prêt pour ac­cueillir Fran­çois Hol­lande, in­vi­té pour la cé­ré­mo­nie des voeux de la mai­rie.

Un bé­né­vole in­ter­pelle toutes les âmes qui passent sur son son che­min, il pro­pose ca­fé et vien­noi­se­ries. Tout fier, le re­trai­té ra­conte l’his­toire qui tourne par ici ces der­nières se­maines. Le 18 juin, à Lille, le maire de Lespesses, Ar­naud Picque, a réus­si à convaincre Fran­çois Hol­lande dans une li­brai­rie lors d’une séance de dé­di­cace. «Le maire a fait la queue […] avec le livre du pré­sident et lors­qu’il est ar­ri­vé de­vant lui, il lui a de­man­dé de ve­nir pour les voeux et il a ac­cep­té», ra­conte-t-il. Se­lon le bé­né­vole, la pré­sence de l’an­cien lo­ca­taire de l’Ely­sée fait des ja­loux dans le dé­par­te­ment.

10 heures45: Fran­çois Hol­lande ar­rive sous le cha­pi­teau, les pré­sents se lèvent, ap­plau­dissent – même la poi­gnée de gi­lets jaunes–, et la so­no s’em­balle. Le so­cia­liste ne sait pas quoi faire de ses mains. Il ap­plau­dit. Ar­rête. Ap­plau­dit. Lespesses, 400 ha­bi­tants, est heu­reux. Mais Hol­lande sou­haite sur­tout s’épan­cher sur la crise po­li­tique et le «grand dé­bat». De­puis le dé­but de la ré­volte sur les ronds-points, il n’a pas été très vi­sible. Quelques images ont bien tour­né fin no­vembre lors­qu’il a échan­gé en Ar­dèche avec quelques gi­lets jaunes. Mais guère plus.

Elus.

Sur le pu­pitre fleu­ri, en­tou­ré du con­seil mu­ni­ci­pal de Lespesses, l’an­cien chef de l’Etat met très vite un terme aux blagues et évoque du­rant plus d’une de­mi-heure la «pé­riode tu­mul­tueuse» sans ja­mais nom­mer Em­ma­nuel Ma­cron. «Nous ne de­vons pas consi­dé­rer qu’il y a plu­sieurs ca­té­go­ries de Fran­çais. On ne peut pas sé­pa­rer les Fran­çais se­lon le lieu où ils vivent, les villes, les mé­tro­poles ou les ter­ri­toires ru­raux», ex­plique-t-il. Puis, un peu plus loin : «La France est un pays dif­fi­cile à gou­ver­ner. Mais il faut mon­trer de la consi­dé­ra­tion, de la re­con­nais­sance à l’égard des Fran­çais dans leur mode de vie, dans leurs si­tua­tions, dans leurs souf­frances, dans leurs es­pé­rances.»

A plu­sieurs re­prises, Fran­çois Hol­lande sou­ligne l’im­por­tance des élus, des corps in­ter­mé­diaires et des as­so­cia­tions afin de re­prendre le dia­logue, seule is­sue, se­lon lui, pour sor­tir de la crise. «Un grand dé­bat, c’est bien à condi­tion que ça ne soit pas tou­jours les mêmes qui parlent et qu’il y ait des pro­po­si­tions à la fin des dis­cus­sions», ajoute-t-il. Con­seil ami­cal gra­tuit à son or­ga­ni­sa­teur, Em­ma­nuel Ma­cron. Le ré­fé­ren­dum d’ini­tia­tive ci­toyenne, le fa­meux RIC, au coeur des de­mandes des gi­lets jaunes, ne semble pas en­chan­ter l’an­cien pré­sident. «Au­jourd’hui, j’en­tends qu’il faut faire des ré­fé­ren­dums sur tout. Un ré­fé­ren­dum doit être une pro­cé­dure so­len­nelle. Il faut élar­gir la pos­si­bi­li­té de re­cou­rir au ré­fé­ren­dum, mais on ne peut pas consul­ter sur tout et bien­tôt contre tout», ar­gu­mente-t-il. Hol­lande craint que le mou­ve­ment des gi­lets glisse du mau­vais cô­té de la force, à l’image de nom­breux pays du vieux con­tinent di­ri­gés par des «po­pu­listes».

Pe­tits mots.

A la fin de son dis­cours, les ha­bi­tants de Lespesses l’en­tourent. Pho­tos, au­to­graphes, pe­tits mots. La poi­gnée de gi­lets jaunes ob­serve d’un peu plus loin. Fran­çois Hol­lande ex­plique à qui veut l’en­tendre que la vio­lence, no­tam­ment à l’égard des par­le­men­taires et des jour­na­listes, est «dan­ge­reuse pour la dé­mo­cra­tie». Et avant de re­par­tir vers la ca­pi­tale, il se prête à quelques confi­dences. Il pointe le jeu de «cer­taines fa­milles po­li­tiques» souf­flant sur les «braises» à la re­cherche du chaos. Et il ne croit pas que la so­lu­tion po­li­tique passe par une dis­so­lu­tion de l’As­sem­blée na­tio­nale. «Avec qui ? Quelle op­po­si­tion en face?», in­ter­roge-t-il. La peur de l’ex­trême droite, tou­jours.

En conclu­sion, il res­sasse son dis­cours à voix haute : la sor­tie de crise se trouve dans les mains des élus, des syn­di­cats et des par­tis, en grande souf­france de­puis la nais­sance de «Ju­pi­ter» : «La so­lu­tion et le dia­logue passent par là.» Com­prendre : l’an­cien monde. Et bien évi­dem­ment, il en fait par­tie. Mais Ma­cron lui a pré­fé­ré Sar­ko­zy, qu’il a no­tam­ment consul­té en dé­cembre…

RA­CHID LAÏ­RECHE En­voyé spé­cial à Lespesses

(Pas-de-Ca­lais)

gi­lets jaunes pour lan­cer sa cam­pagne eu­ro­péenne.

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