GATEWATCHER : l’in­no­va­tion che­villée au corps

L'Informaticien - - LE BULLET POINT DE… BERTRAND GARÉ - GAëLLE YATAGAN

Oser. Dé­fendre. Convaincre. Fon­cer. Dé­cro­cher des ren­dez- vous, des bud­gets. Ce mot « oser » qui re­vient comme un leit­mo­tiv dans la bouche de Jacques de La Ri­vière, co- fon­da­teur de GATEWATCHER, fait sans nul doute par­tie de l’ADN de la so­cié­té. Car, qu’est- ce qui pré­des­ti­nait en 2015, à la fon­da­tion de la so­cié­té, une équipe de deux per­sonnes à de­ve­nir l’un des fleu­rons des so­lu­tions fran­çaises de dé­tec­tion avan­cée, cou­ron­née en 2016 par le Prix du Ju­ry du FIC et le La­bel France Cy­ber­sé­cu­ri­té ? Rien. Si ce n’est, jus­te­ment, l’en­vie d’oser.

De­vant cette ma­jes­tueuse fa­çade Art Dé­co, toute en marbre et res­tau­rée à l'iden­tique, on se sent un peu per­du… et de fait, on l'est. La pluie me­na­çante de­puis le ma­tin dans le ciel de Pa­ris, l'am­biance conti­nuel­le­ment sur­vol­tée de la ca­pi­tale, rendent l'im­pres­sion­nant im­meuble « Wa­shing­ton Pla­za » en­core plus im­po­sant. Des longs cou­loirs aux éton­nants murs orange aux formes très géo­mé­triques, res­sem­blant à s'y mé­prendre à l'ar­chi­tec­ture an­ti- bruit d'une chambre ané­choïde, de longs cor­ri­dors d'un blanc im­ma­cu­lé, une si­gna­lé­tique lu­mi­neuse à l'en­trée donnent l'im­pres­sion très mar­quée de se trou­ver dans la na­vette de « 2001, l’Odys­sée de l’Es­pace » . C'est à la fois très mo­derne et « tech » . Le pa­tio om­bra­gé, les pas­sages en tra­verses de bois amé­na­gés en plein Pa­ris où cha­cun peut prendre son ca­fé, ap­portent une di­men­sion cha­leu­reuse et une touche bon en­fant et ras­su­rante.

L’in­no­va­tion est le maître mot

Quel che­min par­cou­ru de­puis le pre­mier ren­dez- vous ! A l'époque, Jacques de La Ri­vière avait créé sa so­cié­té et se bat­tait comme un lion pour dé­cro­cher des bud­gets sur un sec­teur dont on parlait en­core peu : la dé­tec­tion des me­naces avan­cées avec une so­lu­tion ci­blant les com­por­te­ments anor­maux via une ana­lyse de si­gnaux faibles sur les flux ré­seaux.

Car créer une en­tre­prise dans le do­maine de la cy­ber­sé­cu­ri­té en 2015, c'est tou­jours le fruit d'une idée au bon mo­ment. Mais c'est aus­si, et sur­tout, le ré­sul­tat d'une convic­tion, et d'une vraie pas­sion de l'in­no­va­tion. Ce mot, peut- être gal­vau­dé au ha­sard des dis­cours mar­ke­ting, s'ap­plique comme nul autre à GATEWATCHER. Pas­ser de deux per­sonnes qui par­tagent la même en­vie, la même pas­sion - la même fo­lie ?- dans le même bu­reau jus­qu'à pas d'heure afin de créer et dé­ve­lop­per une so­lu­tion de sé­cu­ri­té unique en son genre à une en­tre­prise pé­renne de 40 per­sonnes, que d'étapes, de com­bats rem­por­tés haut la main, mais aus­si de mo­ments de doute…

De la chambre d’étu­diant au Wa­shing­ton Pla­za

Jacques de La Ri­vière cache dans son at­ti­tude ré­ser­vée, une vo­lon­té de fer : il faut oser ! « Oser, en 2015, pen­ser à une so­lu­tion qui existe à l'état em­bryon­naire, la dé­ve­lop­per et la mettre en place sur le mar­ché quelques an­nées plus tard. Il faut oser » , « rai­son­ner comme un ha­cker, et se po­ser les bonnes ques­tions. Sa­voir comment pro­té­ger, c'est aus­si sa­voir comment les at­taques se font » . D'où une convic­tion pro­fonde, que son ton af­fable ne masque pas. « Pour oser et avan­cer, il faut aus­si sa­voir se re­mettre en ques­tion » . C'est moins confor­table, mais au fi­nal plus en­ri­chis­sant. A Jacques de La Ri­vière la stra­té­gie, l'of­fen­sif, le dé­ve­lop­pe­ment des mar­chés. A Phi­lippe Gillet, le co- fon­da­teur, di­rec­teur tech­nique, le cô­té plus ex­plo­ra­toire, mais pas for­cé­ment plus tran­quille du dé­ve­lop­pe­ment tech­nique. Là où Jacques de La Ri­vière com­bat, dé­fend, conquiert, Phi­lippe Gillet as­sure le de­ve­lop­pe­ment, la stra­té­gie tech­nique et les Road­maps. Il est très pré­sent au­près de ses équipes. C'est une forme de « mi­cro ma­na­ge­ment » avec des mé­thodes agiles. « Je n'im­pose rien, j'en­cou­rage la créa­ti­vi­té de cha­cun. Par contre, je sais exac­te­ment où je vais dans les

5 pro­chaines an­nées. Faire adhé­rer les clients à notre vi­sion, c'est la plus belle forme de réus­site » . Les deux com­pères se connaissent de­puis long­temps. Ils se sont ren­con­trés pen­dant leurs études à l'ESIEA. Comme tous les « fous » de la tech, Phi­lippe Gillet en­tas­sait des racks de ser­veurs dans sa chambre « au grand déses­poir de ma mère » , confie- t- il avec hu­mour, et pas­sait ses nuits à es­sayer de pous­ser les ma­chines et les sys­tèmes au- de­là de leurs re­tran­che­ments. Tout a dé­mar­ré en re­pre­nant les tra­vaux d'un mé­moire de fin d'étude à l'ESIEA. Ce­pen­dant, à cette époque, la puis­sance de cal­cul et les briques tech­no­lo­giques sont man­quantes. Ce mé­moire est donc une preuve de concept ( POC) et il de­vien­dra pos­sible de mettre en oeuvre ces idées quelques an­nées plus tard. « Ma phi­lo­so­phie est de tout re­mettre en ques­tion, mais de res­ter prag­ma­tique en uti­li­sant ce qui fonc­tionne dé­jà. En ré­su­mé : ne ja­mais ré­in­ven­ter la roue, mais ne pas se bri­der en pen­sant que la roue est le seul moyen d'avan­cer » pré­cise Phi­lipe Gillet. Rien de pire, se­lon lui, qu'un dis­cours mar­ke­ting trop ron­flant qui ca­pote au bout de quelques mois parce que la tech­no­lo­gie n'est pas abou­tie… et les clients non sa­tis­faits. « Pour construire un pro­duit de sé­cu­ri­té, il faut se mettre dans la tête des cy­ber­cri­mi­nels » , pré­cise Jacques de La Ri­vière. C'est cette ap­proche que nous avons choi­sie pour la créa­tion de GATEWATCHER et ses pro­duits de dé­tec­tion d'in­tru­sion.

Des pro­fils di­vers

Ce qui im­plique, de la part des équipes re­cru­tées, un par­tage des va­leurs, que dé­fi­nit d'em­blée Jacques de La Ri­vière : « l'im­pli­ca­tion, l'ou­ver­ture d'es­prit, la convi­via­li­té » . « Nous po­sons énor­mé­ment de ques­tions en en­tre­tien, et cher­chons sys­té­ma­ti­que­ment à sa­voir comment le can­di­dat se com­porte face à un pro­blème qu'il n'a ja­mais ren­con­tré » , pour­suit Jacques de La Ri­vière. Car le sec­teur bouge tel­le­ment vite, le mi­lieu est si pe­tit, et la concur­rence si vive, qu'il faut pos­sé­der une réelle agi­li­té d'es­prit et de com­por­te­ment pour y sur­vivre et y pla­cer ses marques. Chez GATEWATCHER le di­plôme n'est pas un sé­same. D'autres ont des pro­fils plus tra­di­tion­nels mais cette hé­té­ro­gé­néi­té crée une saine ému­la­tion et per­met d'at­ti­rer les meilleurs ta­lents. C'est pré­ci­sé­ment ce qui a in­té­res­sé un pro­fil « fon­ceur » comme ce­lui de Ni­co­las, in­gé­nieur com­mer­cial. De for­ma­tion in­gé­nieur, il est pas­sé par des so­cié­tés de conseil avant de re­joindre GATEWATCHER. « J'ai pas­sé il y a trois ans un en­tre­tien

avec Jacques, et ce­la a mat­ché . Je ne suis pas fait pour les grandes struc­tures » , re­con­naît le jeune homme. « Et puis, être in­gé­nieur com­mer­cial dans la cy­ber, outre l’in­no­va­tion constante du pro­duit, c’est passionnant. Les mar­chés sont am­bi­tieux, dif­fi­ciles, sur des sec­teurs stra­té­giques, et il y a énor­mé­ment de concur­rence, no­tam­ment aus­si avec les ap­proches plus tra­di­tion­nelles des grands groupes. Il faut se ré­in­ven­ter tous les jours, et ce que je fais dans la cy­ber, ce que j’ap­prends, je ne l’au­rai pas fait dans un autre sec­teur. Il faut être agile » re­con­naît- il dans un sou­rire. Le mot ma­gique est lâ­ché. Cette agi­li­té, ce non- confor­misme, c'est aus­si ce que des pro­fils plus confir­més re­cherchent : on ren­contre dans beau­coup d'en­tre­prises, jeunes pousses fran­çaises de la cy­ber­sé­cu­ri­té, des pro­fils qui, sans être se­niors, ont un peu de bou­teille. Ils ont tra­vaillé dans des grandes struc­tures, et ont eu en­vie de voir ailleurs pour trou­ver un peu moins de for­ma­lisme… et plus d'al­lant. En même temps, ces pro­fils plus ras­su­rants sta­bi­lisent la so­cié­té et l'ancrent dans la du­rée. GATEWATCHER a d'ailleurs rem­por­té de nom­breux ap­pels d'offres au­tour de la LPM.

L’agi­li­té & un quo­ti­dien va­rié

Ain­si, Alexandre Viot, in­gé­nieur com­mer­cial « clas­sique » té­moigne « avoir eu en­vie de re­joindre un chal­len­ger et une so­cié­té en train de se mon­ter plu­tôt que de conti­nuer à tra­vailler dans des grandes struc­tures » qui rai­sonnent se­lon lui trop en termes de lo­gique « corp » . C'est aus­si le cas d'Ar­naud qui tra­vaille dans l'équipe de dé­ve­lop­pe­ment, et a pas­sa­ble­ment dé­chan­té du ma­na­ge­ment des En­tre­prises des Ser­vices du Nu­mé­rique « clas­siques » ( ESN), après plu­sieurs an­nées de car­rière. Ayant tra­vaillé plu­sieurs an­nées dans l'in­for­ma­tique in­dus­trielle après un Doc­to­rat de Phy­sique, il use ses com­pé­tences comme in­gé­nieur au for­fait dans plu­sieurs ESN et dé­cide un jour de chan­ger de do­maine et de mode de fonc­tion­ne­ment. « Ce qui me plaît, dit- il, c’est que l’on n’a pas les mêmes contraintes que dans des grands groupes où la hié­rar­chie et le pro­cess bouffent toute l’éner­gie que l’on peut avoir au dé­part d’un pro­jet. Ici, on est en prise di­recte avec les di­ri­geants, on connaît le PDG, on sait quelle est sa vi­sion » . Cette ab­sence d'éche­lon hié­rar­chique « in­ter­mé­diaire » de­vient d'ailleurs, quelles que soient les gé­né­ra­tions, des va­leurs de plus en plus re­cher­chées par les can­di­dats. Ce n'est plus le sa­laire qui joue un rôle fon­da­men­tal, pour l'ob­ten­tion d'un sta­tut so­cial non pé­renne, mais le sens de la mis­sion, du pro­jet, du travail et l'am­biance gé­né­rale. Ce pour­quoi la plu­part des en­tre­prises ren­con­trées créent des beaux es­paces, avec une cir­cu­la­tion fa­ci­li­tée, des points d'échanges in­for­mels, des en­droits où se voir et prendre le ca­fé… Cette cir­cu­la­tion d'idées et de fonc­tion­ne­ment est pri­mor­diale pour une cer­taine ai­sance dans le ma­na­ge­ment.

Quart de fi­na­liste de la Ga­melle Star Cup

En­fin, l'in­évi­table ba­by- foot sur le­quel se dé­foulent tous les soirs, quelques membres de l'équipe, dont les « boss » , pour des matchs achar­nés, fait bien évi­dem­ment par­tie du dé­cor. Être ar­ri­vé en quart de fi­nale de la Ga­melle Star Cup or­ga­ni­sée par l'École 42 est l'une des fier­tés du grand Jacques. De même qu'un mur dans chaque pièce, bap­ti­sé « Ins­pi­ra­tion Wall » sur le­quel les membres des équipes notent leurs idées au fil de l'eau. Les vannes, plu­tôt bon en­fant, fusent. Ce­la tu­toie, ce­la clashe gen­ti­ment, et les confir­més ne sont pas en reste avec les ju­niors, qu'ils re­mettent en place avec le sou­rire. Bref, c'est tout, sauf mé­lan­co­lique. Et ça marche. ❍

Phi­lippe Gillet Jacques de La Ri­vière

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