Im­pa­rable fa­ta­li­té

Lire - - Bd - Tungs­tène par tra­duit du por­tu­gais (Bré­sil) par Marie Ze­ni et Ch­ris­tine Zon­zon, 184 p., Ça et là, 20 Pascal Ory

L’ac­tua­li­té nous le rap­pelle tous les jours : der­rière la fa­çade d’un Bré­sil mé­tis, vo­lup­tueux et mu­si­cal, la vio­lence règne. Vio­lence des rap­ports so­ciaux, dans un pays en­core très in­éga­li­taire, mais aus­si, et pas sans lien avec ce qui pré­cède, vio­lence des gangs. Mar­cel­lo Quin­ta­nil­ha, des­si­na­teur bré­si­lien ins­tal­lé au­jourd’hui à Bar­ce­lone, est de­puis long­temps l’ob­ser­va­teur lu­cide d’une so­cié­té gan­gre­née où rien ne fonc­tionne comme ce­la de­vrait. Son pre­mier ro­man gra­phique en­tre­croise les des­tins de quatre ha­bi­tants de Sal­va­dor de Ba­hia – un dea­ler à la pe­tite se­maine, un ser­gent à la re­traite, un flic et sa com­pagne – em­bar­qués – c’est le mot puisque tout part d’une mi­nus­cule af­faire de pêche à l’ex­plo­sif – dans une his­toire qui, un ins­tant, les dé­passe, avant de re­tom­ber. Quin­ta­nil­ha a toutes les qua­li­tés : la science de l’in­trigue, en forme d’en­gre­nage, la fi­nesse dans l’in­tros­pec­tion psy­cho­lo­gique et, par-des­sus tout, l’art du ca­drage dy­na­mique, des re­tours en ar­rière et du dia­logue réa­liste. Il y a der­rière cette his­toire de rien du tout un déses­poir ra­di­cal : cha­cun est en­fer­mé dans son des­tin. On pense à Al­fred Ca­pus et Jules Re­nard : « Tout s’ar­range, mais mal. »

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.