LA GAUCHE ENTRE DAECH ET BREXIT

Lire - - Jeunesse - Ils ont tué la gauche par 198 p., Fayard, 16 En li­brai­rie le 24 août. His­toire se­crète d’un krach qui dure par 300 p., Al­bin Mi­chel, 19,50 En li­brai­rie le 8 sep­tembre. Alain Jup­pé, l’homme qui re­vient de loin par 240 p., L’Ar­chi­pel, 18 En li­brai­rie le 1

ier, la « gauche » était un mot culte que les fi­dèles ne pro­non­çaient pas sans es­quis­ser une gé­nu­flexion. Au­jourd’hui, ce n’est plus que re­mords et nos­tal­gie. Tra­hie par son peuple et par ses di­ri­geants, on parle d’elle au pas­sé. Ain­si, Pierre Jac­que­main, un de ces dé­çus de la gauche, in­ti­tule-t-il son livre cruel et dé­so­lé : Ils ont tué la

L’au­teur a ap­par­te­nu à des ca­bi­nets so­cia­listes, à la mai­rie de Pa­ris puis au mi­nis­tère du Tra­vail. A peine at-il quit­té ce der­nier poste qu’il s’est mis à écrire un pam­phlet contre ses an­ciens ca­ma­rades pa­trons, pra­ti­quant le sport bien connu dans le monde po­li­tique du cra­chat dans la sou­pière nour­ri­cière.

La pre­mière vic­time de sa co­lère est, na­tu­rel­le­ment, le pré­sident de la Ré­pu­blique : « Fran­çois Hol­lande, écri­til, s’est fait élire sur un pro­gramme de gauche… Il avait toutes les cartes pour faire triom­pher la gauche… Il a tout gâ­ché. » Et plus loin, d’ajou­ter : « Il dit ne me­ner ni une po­li­tique de gauche ni une po­li­tique de droite. Il mè­ne­rait alors une po­li­tique en fa­veur de l’in­té­rêt gé­né­ral. De la pure dé­ma­go­gie… Il s’est em­bour­bé dans une schi­zo­phré­nie [!] qui nuit gra­ve­ment à la po­li­tique, dans le sens noble du terme. Et sur­tout à la gauche. » On re­mar­que­ra que l’au­teur a mis du temps à per­cer la vraie na­ture du chef de l’Etat alors qu’il avait lu un livre dans le­quel Pierre Bour­dieu met­tait en garde contre ce « pur pro­duit de l’ENA se fai­sant élire à Tulle ». Car l’autre bête noire de Pierre Jac­que­main, c’est l’Ecole na­tio­nale d’ad­mi­nis­tra­tion à la­quelle il s’est pré­sen­té sans suc­cès. « A l’ENA, dit-il, on n’in­nove pas. On ap­prend. On ré­cite. On trans­met… Les postes se trans­mettent par hé­ri­tage, via un ré­seau par­fai­te­ment or­ga­ni­sé. »

Mais bien plus que Fran­çois Hol­lande ou l’Enar­chie, c’est My­riam El Khom­ri, mi­nistre du Tra­vail dont il a été suc­ces­si­ve­ment le conseiller stra­té­gie et la plume, que l’au­teur s’acharne à dé­mo­lir : « Elle a aban­don­né la po­li­tique, les idées. La pen­sée. Et la gauche avec… Elle ne met pas le sys­tème en dan­ger. Pis : elle le ren­force et le re­nou­velle. Et c’est tout ce qu’on lui de­mande. » Mais aus­si­tôt il se laisse en­va­hir par le re­pen­tir : « Je dé­nigre… Je dé­nigre… Alors qu’à tra­vers la mis­sion qui m’a été confiée pen­dant plu­sieurs mois aux cô­tés de la mi­nistre du Tra­vail, j’ai plei­ne­ment oeu­vré à l’exer­cice de style. » Et pour fi­nir ce coup de pied de l’âne : « My­riam El Khom­ri est res­pon­sable d’avoir re­non­cé à ses idées au pro­fit d’une loi qui, certes, por­te­ra son nom, mais qui mar­que­ra à ja­mais l’his­toire de notre pays au titre de la contre-ré­vo­lu­tion scel­lée du sceau de la tra­hi­son. » Et cé­dant à une mode, l’au­teur adresse des re­mer­cie­ments à des amis, des pa­rents, des ca­ma­rades. Il y en a deux pages. Seule manque My­riam El Khom­ri. Il est vrai que dans le livre, elle a re­çu son pa­quet !

En cette an­née ter­rible, la gauche au pou­voir af­fronte une dif­fi­cul­té im­pré­vue : le Brexit. La ba­taille va se dé­rou­ler sur le ter­rain ban­caire, les Bri­tan­niques s’ef­for­çant par tous les moyens, ré­gu­liers ou non, de pré­ser­ver ou re­cou­vrer leur su­pré­ma­tie. Marc Roche, jour­na­liste qui a pas­sé l’es­sen­tiel de sa car­rière à la Ci­ty et à Wall Street, pu­blie un nou­veau livre sur l’in­épui­sable su­jet, son cin­quième. « La crise fi­nan­cière, écrit- il, n’a pas dé­bu­té comme tout le monde le croit le 15 sep­tembre 2008 avec la chute de Leh­man Bro­thers, mais un an plus tôt… quand une banque fran­çaise [BNP Pa­ri­bas] a mis le feu aux poudres. » On est bien content d’ap­prendre que la France a joué un rôle dans cette his­toire qui est un cha­pitre de l’His­toire : mal­heu­reu­se­ment ce n’est pas un rôle glo­rieux. Dans ce livre, ré­ser­vé aux ama­teurs de coups de Bourse, l’au­teur dresse une brillante ga­le­rie de por­traits de tous les princes mon­diaux de la fi­nance. On ap­prend au pas­sage que le mé­tier pro­voque chez les plus so­lides – Mi­chel Pé­be­reau, Da­niel Bou­ton – de graves dé­pres­sions ner­veuses. Ah ! Ce n’est pas si fa­cile de culti­ver les re­traites cha­peaux (300 000 eu­ros par an).

Pierre Jac­que­main, Marc Roche,

En at­ten­dant la cam­pagne pré­si­den­tielle et les livres qu’elle ne va pas man­quer de faire pous­ser comme cham­pi­gnons à la ro­sée, le jour­na­liste aqui­tain Bru­no Dive nous donne une bio­gra­phie d’Alain Jup­pé qu’il connaît bien. Trop bien ? Il n’échappe pas aux dou­ceurs de l’ha­gio­gra­phie ni aux cli­chés. Manque sur­tout l’ex­pli­ca­tion de la haine que se portent Jup­pé et Sar­ko­zy. On risque fort pour­tant de vivre pen­dant des mois au rythme des coups de poi­gnard que ces deux-là vont s’échan­ger… jus­qu’à la mort de l’un d’eux.

Bru­no Dive,

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