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n croyait que l’His­toire était « fi­nie ». En 1992, Fu­ku­shi­ma (à moins que ce­la fût Fu­kuya­ma?) l’af­fir­mait dans un livre. L’URSS avait dis­pa­ru, les Russes désar­maient leurs ogives, les mi­gra­tions al­laient créer une di­ver­si­té heu­reuse, les fron­tières s’ef­fa­çaient, le monde al­lait faire ce à quoi les Amé­ri­cains as­pi­raient : des af­faires. Et puis pa­ta­tras ! voi­là que re­vient le pen­chant des hommes à s’entre-tuer. L’His­toire a re­mis son masque de tra­gé­dienne. Les vieilles ci­ca­trices s’ouvrent, on en­tend ça et là s’ai­gui­ser les ci­me­terres, « les 98 plaies de Notre Sei­gneur vont sai­gner à nou­veau », comme di­sait Rim­baud, et les ro­man­ciers ont une fois de plus du pain (de guerre) sur la planche. Ils vont em­poi­gner ce thème qui les ob­sède de­puis L’Odys­sée (un Grec) jus­qu’au Vin de la co­lère di­vine (un Aus­tra­lien) en pas­sant par Le Feu (un Fran­çais) : la guerre.

L’un d’eux a dé­jà com­men­cé. Il est jeune et n’a pas guer­royé, il n’a pas de ré­cit à li­vrer. Quand bien même re­vien­drait-il du front, il se­rait plu­tôt du genre à in­ven­ter les choses. Dans Dé­ser­teur le ro­man­cier Bo­ris Berg­mann, au­teur pré­coce de Viens là que je te tue ma belle, ima­gine la guerre de de­main.

Dans cinq ans, dans vingt ans – peu im­portent les dates puisque l’ave­nir ad­vien­dra – la France a dé­cla­ré la guerre au ca­li­fat. Un ha­cker s’en­gage pour par­ti­ci­per en tant que pro­gram­meur à l’« of­fen­sive der­nier cri » qui com­mence. Le pays lance une « guerre des drones » contre les bar­bus – bien réels, eux. L’état-ma­jor ayant contrac­té une « aver­sion pour les pertes hu­maines », seules les ma­chines vo­lantes se por­te­ront au contact de l’en­ne­mi. Les sol­dats, oc­cu­pés à en­tre­te­nir les « mous­tiques de fer » et les ins­tal­la­tions, res­tent can­ton­nés dans des ca­ser­ne­ments high-tech où ils perdent l’« ha­bi­tude du sang » mais où les au­to­ri­tés mettent à leur dis­po­si­tion le pro­gramme « Di­gi­tal sa­tis­fac­tion » des­ti­né à as­sou­vir vir­tuel­le­ment les be­soins sexuels. Pro­gram­meurs et pi­lotes sont les pièces maî­tresses de cette ar­mée 2.0 où lieu­te­nants et ca­pi­taines ne « foulent plus la boue sombre » (comme le chantent les lé­gion­naires d’avant, c’est-à-dire d’au­jourd’hui). Les sol­dats en­cloî­trés, pri­vés de com­bat, fi­nissent par ja­lou­ser les pro­gram­meurs et leur « es­saim » de ma­chines qui ra­vissent aux hommes toute ex­pé­rience réelle. « Un jour ils pren­dront notre place dans tous les secteurs. Face à eux la lutte des classes est per­due d’avance », croit sa­voir le nar­ra­teur qui fi­nit par dé­cou­vrir la vé­ri­té : cer­tains drones sont do­tés d’une vie au­to­nome. Ces ap­pa­reils, alors qu’ils étaient cen­sés ai­der la troupe à ter­ro­ri­ser les ter­ro­ristes, im­posent leur loi, ma­ni­pulent ceux qui se croient leurs maîtres.

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